Dieu est-il contre le plaisir? (5 de 6)

L’article précédent nous a permis de nous rappeler que le chrétien est sous l’égide de la grâce. Il n’obéit plus à une myriade de prescriptions et d’interdictions extérieures (ce qui ferait du christianisme une religion comme une autre) mais à l’Esprit de Dieu en lui, en accord avec les Saintes Écritures.  Sa volonté étant unie à celle du Père, il sait différencier le bien du mal et il prend plaisir à marcher dans la justice… même s’il est souvent tenté de faire le mal et qu’il y succombe parfois.

Grâce à cette étroite union avec Dieu, nous sommes en mesure de déterminer la place que doit occuper le plaisir dans notre vie.

J’ai entendu récemment une anecdote amusante.  On demandait à un pasteur ce qu’il pensait du comportement de Jésus face à la nourriture.  Était-il un ascète ou un épicurien?  Le pasteur répondit: « Jésus mangeait, mangeait et mangeait encore, puis arrêtait lorsqu’il était à une bouchée de la gloutonnerie ». Cette vision de Christ, fidèle à la révélation biblique, devrait nous inspirer dans notre attitude face au plaisir.

La vie en Christ est une vie de liberté. Nous ne devons pas nous placer sous le joug d’une religiosité humaine qui nous culpabilise pour chaque bon moment de la vie. Cela va à l’encontre de l’esprit des évangiles.

Une déclaration étonnante de Paul

Dans sa lettre aux corinthiens, l’apôtre Paul y va d’une déclaration qui mérite une attentive considération:

Tout m’est permis, mais tout n’est pas utile ; tout m’est permis, mais je ne me laisserai asservir par quoi que ce soit. (1 Corinthiens 6.12)

Tout m’est permis! Exit la vision d’une foi austère et oppressive! Le chrétien n’est plus sous la loi et la menace du châtiment. Il marche dans la liberté des enfants de Dieu.

Mais cette déclaration de Paul ne peut être comprise que par celui qui est né de nouveau.  Car celui qui vit encore dans ses péchés verra dans ce passage un laisser-passer pour le vice.  Son coeur étant incliné au mal, il se dira: « Parfait! Je peux faire ce que je veux maintenant » et il utilisera la Parole pour justifier sa perversité.

Lorsque Paul dit que tout lui est permis, il jette par terre le légalisme juif et introduit la vie vécue selon la grâce de Christ, où le plaisir n’est plus une source de condamnation mais une opportunité de rendre grâce.  Il invite l’homme à se détourner des lois externes qui caractérisaient l’ancienne alliance, pour se tourner vers la loi gravée par Dieu en son coeur lors de la nouvelle naissance.

Mais étrangement, l’homme a de la difficulté à s’abandonner à cet esprit de liberté. Il cherche toujours à remplacer la loi de Dieu, écrite sur son coeur, par des préceptes extérieurs, des traditions religieuses, des prescriptions et interdictions humaines qui le guideront dans le droits chemin.  Ainsi, l’homme renonce à sa liberté et remplace l’oeuvre sanctificatrice de Dieu en lui pour lui substituer un légalisme religieux qui le prive de sa joie et de l’expérience humaine que Dieu désire lui offrir.

L’homme agit ainsi pour maintes raisons, dont la principale est l’orgueil.  En effet, lorsque l’homme renonce à ses propres efforts de réforme et se soumet plutôt à l’oeuvre de Christ qui habite en lui, il perd tout mérite.  Il n’est plus le héros de son propre salut. Il n’est plus le « chercheur spirituel », le maître, le grand homme de courage qui vainc le péché.  Il devient simplement un enfant qui obéit à son père avec humilité.  Toute prétention spirituelle s’effondre alors. Et c’est pourquoi il sera continuellement tenté de faire de sa vie spirituelle un exploit religieux, ce qui implique de se donner des règles humaines auxquelles il peut souscrire et par lesquelles il pourra s’attribuer des médailles à la vue de tous. Il réussira dans une certaine mesure. Mais il perdra dans la foulée sa propre liberté. C’est pourquoi Paul dit ceci:

Si vous êtes morts avec Christ aux rudiments du monde, pourquoi, comme si vous viviez dans le monde, vous impose-t-on ces préceptes : Ne prends pas ! ne goûte pas ! ne touche pas ! préceptes qui tous deviennent pernicieux par l’abus, et qui ne sont fondés que sur les ordonnances et les doctrines des hommes ? Ils ont, à la vérité, une apparence de sagesse, en ce qu’ils indiquent un culte volontaire, de l’humilité, et le mépris du corps, mais ils sont sans aucun mérite et contribuent à la satisfaction de la chair. (Colossiens 2.20-23)

Une des erreurs de l’Église a été d’abandonner la liberté de la grâce pour revenir au joug de la loi.  En obligeant les croyants à jeûner, à donner la dime et à respecter telle ou telle tradition religieuse, les leaders religieux ont usurpé le rôle de l’Esprit Saint.  Plutôt que d’amener le croyant à la repentance qui mène vers la sainteté, ils ont fait de la sainteté une oeuvre humaine, imposée par une structure religieuse légaliste et parfois totalitaire. De ce fait, des gens se croyant sauvés ont été en enfer.  Et plusieurs de ceux qui ont été sauvés en dépit de ce légalisme ont vécus une vie marquée par la peur et la culpabilité.

Nous voyons encore des traces de ce joug légaliste dans notre culture. J’entends souvent des gens dire, en goûtant un bon dessert, que c’est « un vrai péché ». Quel est le rapport entre un dessert et le péché?  Comme si la jouissance était désapprouvée de Dieu et que ce dernier ne pouvait que condamner notre bonheur!  Quelle méprise vis-à-vis des intentions de notre Père céleste qui nous aime et qui désire que nous goûtions au bonheur!

À ce stade-ci de notre réflexion, nous pouvons être perplexes. Si nous sommes vraiment libres et que tout nous est permis, cela signifie-t-il que le péché n’existe plus? Cela ne vient-il pas en contradiction avec la doctrine chrétienne en général? Où sont donc les balises? Dieu est-il pour tous les plaisirs? Comment déterminer ce qui est bien ou mal? C’est ce que nous verrons dans le prochain article, lequel apportera une conclusion finale à cette série.

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