7- De la pornographie à la criminalité (partie 2)

Il est difficile d’établir une corrélation entre la pornographie et les crimes sexuels en se basant uniquement sur les données statistiques fournies par les autorités officielles.  En parcourant les chiffres fournis par la GRC (Gendarmerie Royale du Canada) et le FBI (Federal Bureau of Investigation), j’ai remarqué par exemple que depuis 1995, année où Internet a commencé à être utilisé à grande échelle, l’incidence de viols par 1000 habitants n’augmente pas mais tend plutôt à diminuer pour la plupart des états, provinces et territoires.  Toutefois, ces chiffres ne concernent que les viols qui ont été signalés aux autorités policières.  Ils ne concernent ni les viols passés sous silence (ces derniers représentent selon plusieurs organismes, environ 90% des cas) ni les autres formes d’abus et agressions sexuelles.  Et bien sûr, ces chiffres n’incluent pas les viols et agressions commis en territoire étranger, comme dans le cas du tourisme sexuel dont nous avons parlé dans l’article précédent.

Ces statistiques semblent donc indiquer à première vue que la prolifération de la pornographie sur Internet n’a pas d’impact notable sur la criminalité.  C’est d’ailleurs ce que des études commandées par les gouvernements canadiens et américains ont conclut dans les dernières années.  Certains y ont même vus une preuve que la pornographie n’est pas néfaste mais positive pour les moeurs, puisqu’elle agirait comme exutoire aux instincts agressifs.  C’est entre autres la conclusion à laquelle en est venu Anthony d’Amato, professeur en droit de la Northwestern Law School de Chicago.  Dans un document intitulé Porn Up, Rape down (Porno à la hausse, viol à la baisse), D’Amato soutient cette thèse de la catharsis, selon laquelle la pornographie permet d’évacuer les tensions sexuelles et l’agressivité.  En lisant ce document, j’ai été frappé par l’analyse simpliste qu’expose cet homme pourtant éduqué: Il juxtapose simplement les statistiques concernant le développement de la porno avec les statistiques du déclin des viols et il s’écrie: Voilà!  Nous obtenons une courbe inversement proportionnelle!  Donc, le porno diminue la criminalité!  Cette analyse ne tient pas compte des innombrables variables qui affectent le taux de criminalité du pays, variables que D’Amato mentionne sans toutefois y accorder d’importance.  Mentionnons entre autres:

  • La diminution des crimes associés à la consommation du crack et de la cocaïne;
  • les femmes qui sont de plus en plus éduquées à éviter les situations à risque;
  • les nombreux violeurs potentiels qui sont déjà en prison;
  • l’éducation en milieu scolaire qui enseigne aux garçons que « non » veut vraiment dire « non ».

Et nous pourrions ajouter bien d’autres facteurs.  Dans des études faites auprès de femmes victimes d’agressions sexuelles, il en ressort que celles qui ne rapportent pas les faits à la police restent souvent silencieuse parce qu’elles craignent la réaction des autorités policières ou du système judiciaire.  Et à une époque où la confiance des citoyens envers les autorités est de plus en plus minée par les innombrables scandales et injustices, on se doute que les victimes sont de moins en moins enclines à se confier à ces autorités.  Donc, il serait tout à fait possible qu’il y ait dans les faits une hausse du taux de crimes sexuels parallèlement à une baisse dans les statistiques officielles.  Mais rien ne nous permet de le démontrer pour l’instant.

Catharsis?

La théorie de la catharsis ne fonctionne pas car elle ne tient pas compte des mécanismes obsessifs-compulsifs de la dépendance sexuelle.  Il est vrai que la consommation de pornographie, accompagnée de masturbation, offre sur le moment un soulagement indiscutable.  Mais il en va de même pour la dose d’héroïne que le toxicomane s’injecte.  Dans les deux cas, cet épisode compulsif doit-il être vu de façon favorable pour autant?

Si la dépendance ne consistait qu’à vivre d’un « fix » à l’autre de façon régulière et prévisible au fil du temps, la compulsion pourrait être vue scientifiquement comme un moyen d’extérioriser les tensions.  Mais comme nous l’avons vu au début de cette série d’articles, la dépendance implique l’accoutumance et l’accoutumance implique la progression.  Un épisode de pornographie et de masturbation apporte du soulagement dans le moment présent.  Mais ce bref soulagement hypothèque le futur car le corps et l’esprit en demanderont toujours plus, soit en fréquence ou soit en perversité.  Et graduellement, l’individu perd la maîtrise de soi afin d’étancher cette soif insatiable de sensations.

J’ai déjà relaté que ma dépendance a débuté à l’adolescence de façon tout à fait « banale » en feuilletant la section lingerie des catalogues Sears.  Mais 15 ans plus tard, à l’approche de la trentaine, j’avais des fantasmes de viols et parcourait les annonces d’escortes dans les journaux.  Alors même que j’étais marié, j’essayais de me figurer de quelle façon je pouvais me payer les services d’une prostituée sans que personne ne le sache.  Je ne l’ai jamais fait pour différentes raisons, mais je ne suis qu’un cas parmi des millions d’autres personnes qui connaissent la même progression.  Certains demeureront toujours dans les limites de la légalité, du moins extérieurement.  Mais d’autres franchissent la barrière afin d’extérioriser les images pornographique dans le vrai monde.  Ils deviennent alors des clients de la prostitution (finançant ainsi les proxénètes, gangs de rues et groupes criminalisés), des pédophiles, des agresseurs sexuels ou des prédateurs sexuels.

J’ai entendu prêcher à quelques reprises des pasteurs qui oeuvrent au sein des prisons et à qui de nombreux détenus se confient.  La quasi-majorité des hommes emprisonnés pour des crimes sexuels avouent être de grands consommateurs de pornographie.  Ces aveux diffèrent de certaines recherches officielles sur le sujet, qui soutiennent souvent le contraire.  On peut supposer que les informations diffèrent, selon qu’on approche un détenu au nom d’une agence gouvernementale qui recueille des chiffres, ou qu’on approche ce même détenu en tant que guide spirituel qui s’intéresse réellement à l’homme et à la source de ses difficultés.

Dans une célèbre entrevue réalisée par le docteur James Dobson, le tueur en série Ted Bundy, qui a assassiné sadiquement aux moins 30 femmes, fait le lien entre sa consommation de pornographie et ses comportements déviants.  Voici un extrait de l’entrevue réalisée dans les heures précédant son exécution sur la chaise électrique:

  • Question : Pour résumer, vous êtes accusé d’avoir tué de nombreuses femmes et jeunes filles.
  • Réponse : Oui, oui.
  • Question : Ted, comment cela est-il arrivé? Vous avez été élevé dans ce que vous considérez avoir été un foyer sain. Vous n’avez pas été maltraité physiquement, ni sexuellement, ni psychologiquement. Quels ont été les éléments de votre comportement qui a entraîné tant de chagrin pour tant de personnes?
  • Réponse : J’ai grandi dans un foyer merveilleux avec deux parents chrétiens attentionnés et aimants. Nous allions régulièrement à I’église et il n’y avait à la maison ni jeu, ni tabac, ni alcool, ni bagarres. Mais, à l’âge de 12 ou 13 ans, j’ai rencontré la pornographie douce hors de la maison, dans les rayons d’une épicerie locale et d’un drugstore. De temps à autre, je touchais, au moyen d’un livre pornographique trouvé dans quelques poubelles, à ce qui était plus dur, plus descriptif, plus explicite. La plus pernicieuse sorte de pornographie implique la violence sexuelle. Le mariage de ces deux forces, tel que je ne le connais que trop bien, amène à une conduite qui est vraiment trop horrible à décrire.
  • Question : Maintenant, parlez-moi de ce processus. Qu’est-ce qui s’est passé dans votre esprit à cette époque?
  • Réponse : Cela est arrivé par étapes, graduellement. D’abord je suis devenu un fervent de la pornographie et je l’ai considérée comme une sorte de pente, je voulais voir des sortes de matériels toujours plus violents, plus explicites, plus descriptifs. Comme une drogue, vous conservez une excitation insatiable jusqu’à ce que vous atteigniez le point où la pornographie ne peut aller plus loin. Vous atteignez ce point où l’on saute le pas, quand vous vous demandez si le fait de passer à l’acte à ce moment-là, vous apportera plus de plaisir que seulement de le lire et de le regarder.
  • Question : Combien de temps êtes-vous resté à ce stade?
  • Réponse : Je peux dire deux ans environ. Je luttais contre un comportement criminel et violent à cause de fortes inhibitions pour lesquelles j’avais été conditionné dans mon entourage, dans ma paroisse, dans mon école. Les barrières étaient constamment mises à l’épreuve et assaillies par une imagination qui était grandement nourrie par la pornographie.
  • Question : Vous rappelez-vous ce qui vous a poussé à franchir ces barrières? Vous souvenez-vous de votre décision de le faire?
  • Réponse : Je ne peux pas prétendre que je suis une victime sans défense. Nous sommes en train de parler d’un maillon indispensable dans l’enchaînement d’une conduite qui a conduit aux meurtres. C’est comme si quelque chose s’était cassée net, que je savais ne plus pouvoir le contrôler plus longtemps, que ces barrières que j’avais apprises étant enfant ne suffisaient plus pour me retenir.
  • Question : Ted, après avoir commis votre premier meurtre, quel a été son effet émotionnel sur vous?
  • Réponse : J’étais comme sortant d’une sorte de transe horrible, ou de rêve. Je ne voulais pas trop le dramatiser, mais je me réveillais le matin, et, avec un esprit clair et tout mon fond moral et ma sensibilité éthique intacts à ce moment-là, j’étais horrifié d’avoir été capable d’une telle chose.
  • Question : Vous n’aviez vraiment pas connu cela avant?
  • Réponse : Au fond, j’étais une personne normale. J’avais de bons amis, je vivais une vie normale, sauf pour cette seule part, petite, mais très puissante, très destructrice, que je gardais très, très secrète. Il faut que les gens réalisent que je n’étais pas une brute, je n’étais pas un pilier de bars. Les personnes comme moi ne sont pas des sortes de monstres nés. Nous sommes vos fils, et nous sommes vos maris, et nous avons grandi dans des familles régulières.  La pornographie peut atteindre et saisir brusquement un gosse de n’importe quelle famille aujourd’hui. Aussi attentifs que mes parents aient été, elle m’a arraché à ma famille il y a trente ans.
  • Question : Vous croyez vraiment que la pornographie dure, et le chemin qui y mène, la pornographie douce, cause des ravages dont on ne parle pas à d’autres personnes et entraîne le viol et le meurtre d’autres femmes par le processus que vous avez décrit?
  • Réponse : Je ne suis pas un expert en sciences sociales et je n’ai pas fait d’études, mais j’ai vécu dans une prison maintenant depuis longtemps et j’ai rencontré un bon nombre d’hommes qui étaient poussés à commettre des violences exactement comme moi.  Et, sauf exception, chacun d’eux avait été profondément influencé et conditionné par une accoutumance à la pornographie. Il n ‘y a pas de doute sur ce point. L’étude même du FBI sur les homicides en série montre que le trait commun de ces meurtriers en série est la pornographie.

_______

Naturellement, je ne suis pas en train d’affirmer que la pornographie fait de nous tous des tueurs en série comme Bundy.  Mais son témoignage illustre bien le caractère progressif de la dépendance.  Beaucoup de personnes consommeront de la pornographie pendant toute leur vie sans commettre le moindre geste illégal.  Mais pour beaucoup d’autres, qui ont des dispositions asociales, dysfonctionnelles, agressives ou autres, la pornographie peut devenir, pour utiliser les mots de Bundy, le maillon indispensable vers des comportements criminels.  Et même si peu de gens en arrivent au meurtre, des millions d’entre nous exploreront le large spectre des comportements qui sont moralement et légalement répréhensibles: attouchements sexuels, pédophilie, détournement de mineures, prostitution, voyeurisme et exhibitionnisme, harcèlement sexuel, etc.  D’autres choisiront également d’exploiter cette industrie qui génère des milliards de dollars, en devenant proxénètes, en s’improvisant cinéastes porno ou en devenant eux-mêmes des acteurs ou actrices de l’industrie.

Si le lien entre la pornographie et la criminalité risque de demeurer un sujet controversé, il reste que pour ceux d’entre nous qui expérimentons ou avons expérimenté la dégradation morale que ce « divertissement » provoque en nous, la question ne se pose même pas.  Et même si les données statistiques et expérimentales ne permettent pas de démontrer clairement au grand public le lien de cause à effet entre les deux, il faut souligner l’une des thèses rapporté dans un rapport publié en ligne par le Parlement du Canada, :

« en général, la pornographie entretient, au sujet de la sexualité et des femmes, des mythes qui rendent la violence et l’asservissement plus acceptables à l’ensemble de la société. De ce point de vue, les distinctions entre les différents types de pornographie sont injustifiées, car les représentations pornographiques s’inscrivent dans un continuum : les consommateurs deviennent insensibles et blasés face à la pornographie « douce », dont la distribution généralisée rend plus acceptable la pornographie « dure », présumée plus nuisible, et en encourage même la production… »

Ce point de vue a été corroboré par le comité Fraser, dans une étude menée en 1985 qui indiquait ce qui suit:

« Le Comité a résolument soutenu que la pornographie représente et renforce des attitudes et des activités allant à l’encontre de l’égalité des hommes et des femmes et qu’elle présente comme étant normales et louables des images avilissantes, ce qui a pour effet « de perpétuer des mensonges sur [la] nature humaine [des femmes] et de nier leurs aspirations à l’égalité et à la plénitude de leurs droits humains… »

Ce rapport du Parlement demeure toutefois très vague sur les conclusions à tirer de ces hypothèses car tout au long de l’exposé, on tente en quelque sorte d’établir un fondement moral qui pourrait justifier d’éventuelles mesures législatives, tout en prenant soin d’exclure l’existence de lois morales universelles.  Et c’est ici l’absurdité dans laquelle tombent toutes les autorités modernes: elles essaient d’établir des balises tout en s’accrochant au relativisme moral, ce qui équivaut à tenter d’effectuer des mathématiques uniquement avec des lettres de l’alphabet.  Nous n’obtenons jamais de réponse absolue en excluant les absolus de l’équation.  En refusant ainsi de nommer mal ce qui est mal et bien ce qui est bien, la justice est court-circuitée et nous nous dirigeons inexorablement vers une libéralisation progressive des lois et des abus et injustices de plus en plus fréquents.  Mais nous, en tant que représentants de Dieu, avons le devoir de tenir ferme et de ne pas céder à cette indifférence et à protéger la vertu, l’honneur et la valeur exceptionnelle inhérente de tout être humain.

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