Chute et rédemption (L’envers de l’histoire)

psg 2014-09-30

L’article précédent, écrit seulement quelques heures après un épisode adultère, a suscité beaucoup d’intérêt, de réactions et de partages.  Seulement, il était écrit « à chaud »… tout juste après une repentance mêlée de tourments intérieurs qui me laissaient toujours dans une certaine confusion.  Vous y avez lu la véritable histoire de ce qui s’est passé, mais il s’y est glissé beaucoup d’erreurs.  Non pas sur les faits mais sur l’interprétation des faits.  Deux jours après ce premier jet, il est temps de revisiter les événements, mais à la lumière de la vérité et d’une repentance plus profonde.

Je désire exprimer ma grande reconnaissance à Monique, une soeur en Jésus que j’ai connu via Internet, et qui a servi d’amorce à cet article-ci.  Ce matin, j’ai remarqué qu’elle m’avait envoyé un courriel pendant la fin de semaine.  Elle avait lu la confession de mon adultère mais avait des réserves sérieuses sur le ton de mon article.  Je me permets de citer ici le passage le plus important de son courriel:

« Pardonne-moi ma réaction, mais j’ai l’impression que tu ne reconnais pas encore toute la vérité sur cette expérience passionnelle : Il n’y avait pas une miette d’amour là où tu crois encore qu’il y en avait.  L’ange de lumière, Satan, veut que tu donnes encore de la noblesse à ce qui n’était qu’égoïsme et idolâtrie.  En te lisant (je sais que tu es encore anéanti par cette chute, comme un écorché vif… je sais), j’ai eu tout le temps le sentiment que tu n’étais pas encore complètement d’accord avec le Seigneur : Dieu veut que tu détrônes cette personne le plus vite possible. Il veut panser cette plaie le plus vite possible.  Les sentiments, quand ils sont assez puissants pour sacrifier tout ce qui a une vraie valeur, sont tout aussi laids que la pornographie. »

Ici, j’attribue ces paroles à Monique mais elles venaient en fait de l’Esprit Saint.  Une douche froide pour ma chair encore brûlante de ses péchés récents.  Ma première réponse à son courriel en a été un d’acquiescement… tout en prenant soin de préciser que j’avais vraiment aimé cette maîtresse.  Sinon… disais-je, je ne vivrais pas cette peine d’amour…

Puis après le souper, ma femme et moi avons discuté.  Elle ressentait des vagues de tristesse monter en elle.  Elle voyait bien que malgré ma décision de ne plus retourner en arrière, j’étais toujours en train de lutter pour me détacher de cette femme.  Elle se disait blessée et insultée lorsque je disais que les sentiments que j’éprouvais pour cette femme étaient de l’amour.  Mais était-ce vraiment de l’AMOUR?  Ou Monique avait-elle raison?

Soudain, j’ai pressenti que j’allais devoir encaisser le dur choc de la réalité.  Je croyais toujours avoir vécu une idylle amoureuse.  Je croyais avoir vécu quelque chose qui, malgré le fait que Dieu l’interdisait, avait quelque chose de spécial, de noble, de pur… un amour interdit.  Mais la vérité me poursuivait depuis hier, me tenaillait le coeur et me privait de la paix de Dieu.  Je ne savais pas quelle était cette douleur que j’avais à la poitrine, alors que j’avais tout confessé.  Je devais en fait admettre que ce que j’avais expérimenté n’avait rien à voir avec l’amour.  C’était de l’égoïsme et de l’idolâtrie.

J’identifie deux motifs majeurs qui m’ont empêché d’admettre cette vérité en rédigeant l’article précédent.  D’abord, je ne voulais pas admettre totalement que ce que j’avais vécu n’était qu’une manifestation de ma dépendance; ensuite, je me doutais que ma maîtresse lirait l’article (car elle connaissait mon blog) et je ne voulais pas qu’elle se sente blessée en apprenant qu’elle n’avait été que l’objet de ma dépendance, qu’il n’y avait pas d’amour véritable dans notre aventure.

Mais voilà.  J’ai été dans un processus addictif du début à la fin.  Ou, pour revenir à notre terminologie biblique, un pécheur.  Un grand pécheur.  Reprenons donc la séquence des événements, à la lumière de la vérité:

Bombe H sur la Tour de la Bourse?

Initialement, j’ai présenté ma rencontre avec cette femme inconnue sous une forme Shakespearienne.  Un regard insistant, un sourire timide.  Et voilà nos deux protagonistes séduits.  Mais prenons le temps de voir les choses avec un peu plus de réalisme.  D’une part, nous avions une femme qui vivait des difficultés conjugales.  Une femme passionnée et romantique qui n’arrivait pas à expérimenter ce romantisme avec l’homme qui l’aimait depuis longtemps.  D’autre part, il y avait moi, le dépendant sexuel et affectif, qui avait rechuté la veille, qui était las de la routine quotidienne et qui était épuisé par une année particulièrement difficile émotionnellement.   Puis la rencontre se produisit.  Deux personnes cultivant une certaine insatisfaction, mais qui trouvèrent dans les yeux de l’autre la possible réalisation d’un fantasme.  Un fantasme pas même sexuel… mais romantique.  Et dès lors, le rituel de la séduction commença.  Et dès lors, les deux devinrent des pécheurs complices.

Nous le savions tous les deux.  Nous étions tous les deux mariés.  Nous avions une conscience pour nous rappeler que de s’intéresser à une personne du sexe opposé comportait un risque.  Et que de pousser l’intérêt au-delà du cadre de la camaraderie professionnelle allait exiger des compromis.  Mais nous étions envoûtés l’un par l’autre.  Nous voulions nous abandonner à l’autre.  Nous voulions désirer l’autre et être désiré par l’autre.  Nous avons rapidement apposé l’épithète  de « coup de foudre » à ce que nous vivions.  Puis nous avons appelé ces sentiments de l’amour.

Mais voilà la vérité:  Le seul vrai amour, c’était celui que cette femme avait pour son mari et celui que j’avais pour ma femme.  Ce que nous ressentions elle et moi n’était pas de l’amour mais de l’attirance.  Aussi romantique, passionnée et chaste semblait-elle au départ, cette attirance n’était pas de l’amour mais de la convoitise.  Nous voulions ultimement nous perdre dans les bras d’un(e) inconnu(e).  Nous voulions convoiter une personne qui appartenait déjà à quelqu’un d’autre, ce qui est un péché destructeur et abominable.  Ce n’était donc pas de l’amour.  Ça en avait les apparences, les sentiments, les effets… mais ce n’était pas de l’amour.

Nous n’avions pas le droit de nous donner l’un à l’autre.  C’était de la folie.  Mais cette folie était si grisante.  Ma maîtresse m’écrivait: « Tu es l’air que je respire.  Tu es ma vie, mon bonheur »… et j’étais à la fois enivré par ces mots et choqués par eux car je savais que seul son mari avait le droit de les entendre.  Et moi je lui répondais que j’allais l’aimer à jamais, que notre amour était pur et spirituel, unique, voire même voulu par Dieu (!!!).   Nous alimentions tour à tour cette transe émotionnelle en déployant tout le génie de notre poésie, en multipliant les compliments, en exprimant un amour hors de proportion qui n’était en fait qu’un feu de paille entre deux individus trompés par leur convoitise.  Notre intelligence, notre imagination et notre passion se sont retournés contre nous.  Nous avons créé un scénario de rêve dont nous étions les héros.  Honnêtement, nous aurions pu prendre la totalité de nos gestes et des innombrables échanges amoureux que nous avons eus et transposer le tout au cinéma et nous aurions obtenu un chef d’oeuvre épique de romance.  Mais une romance qui n’a rien à voir avec la réalité.  Tout semblait parfait, de la première journée à la dernière.  Chaque mot, chaque geste, chaque regard soutenu ou détourné, chaque baiser, chaque moment d’euphorie, chaque moment de mélancolie…

Mais cette relation était une trahison constante.  Elle nous obligeait à mentir et à dissimuler.  Elle n’avait rien de romantique.  Même si nous nous embrassions dans le doux vent d’automne, même si nous pouvions presque entendre des anges chanter au-dessus de nos têtes… la réalité derrière les caméras, c’est qu’à quelques kilomètres de cette scène de prétendu amour, nos partenaires et nos enfants subissaient à leur insu la pire trahison de leur vie.  Ils croyaient à tort que nous étions simplement au travail, fidèles et respectueux des liens de notre mariage.  Mais nous avions basculé dans un monde parallèle où nous étions consumés l’un par l’autre.  Et cette passion purement charnelle nous dévorait de plus en plus.  Nous nous sommes touchés après seulement quelques jours.  Nous nous sommes embrassés la semaine suivante… et finalement nous en venions à parler, à mots couverts, de contacts plus intimes… et nous nous disions qu’au fond, c’était une bonne chose que je parte après deux semaines… car sinon… qui sait…

Il s’agissait d’une idolâtrie nombriliste.  Nous cherchions à assouvir nos convoitises avec l’autre, au prix du respect que nous devions à nos familles et des voeux sacrés de notre mariage.  Était-ce de l’amour?  Je l’ai cru… jusqu’à aujourd’hui.  Je vous l’ai dit dans un article récent: je suis un mulet spirituel.  Je suis souvent lent à saisir.  Et je me réjouis d’avoir des frères et soeurs dans la foi ainsi qu’une épouse qui me rappellent à l’ordre et me montrent gracieusement mes péchés.  Grâce à eux, je comprends maintenant que ce n’était pas de l’amour mais un contrat implicite d’utilisation réciproque.  Cette femme m’utilisait comme son mystérieux inconnu romantique venant de très loin, je l’utilisais comme la belle inconnue exotique qui jetait son dévolu sur moi plutôt que sur les autres.  Nous aimions être adulés et désirés.  C’était de l’amour-propre déguisé en amour de l’autre.

Lorsque vint le temps de partir, la mystérieuse inconnue me dit qu’elle allait attendre mon retour comme on attend une nouvelle saison.  Mon retour à Montréal serait le retour de son bonheur.  J’étais devenu pour elle une idole qui éclipsait la réalité de son véritable amour, de l’homme qui vivait à ses côtés et qui lui avait donné des enfants.  Et lorsque je me retrouvai loin d’elle, condamné à ne pouvoir la rejoindre que par courriel, je lui écrivit que la vie entière semblait être devenue une salle d’attente, en attendant le moment où j’allais pouvoir lui parler.  Elle était également devenue pour moi une idole qui éclipsait la réalité de mon véritable amour, de la femme merveilleuse qui vivait à mes côtés depuis presque vingt ans.  Nous ne dormions et ne mangions plus.  Nous étions captifs du péché, enivrés par l’infidélité, déconnectés de notre réalité quotidienne.  Nous n’aimions pas l’autre.  Nous nous aimions nous-mêmes.  Le diagnostic est terrible, froid et cruel, mais il est vrai: Nous ne nous sommes jamais aimés.  Dès la première journée, la relation a été contaminée par la convoitise.  Et la convoitise a mené au péché.  Et le péché a mené au déchirement des coeurs.

Le coeur a-t-il toujours raison?

Notre société sans Dieu cherche toujours à se trouver des repères stables et dignes de confiance pour que nous puissions trouver notre chemin sans l’aide d’un Être Supérieur.  Étrangement, le coeur fait partie de ces repères que l’homme s’est trouvé et dans lequel il place sa confiance.  On dit aux gens: Écoute ton coeur!  Suis ton coeur!  Le coeur a ses raisons!  Comme si le coeur de l’homme possédait une science et une sagesse indiscutables, comme s’il bénéficiait de l’immunité et que ses élans ne pouvaient jamais être remis en question.  Pourtant, Dieu n’a pas une très haute estime du coeur humain:

Le coeur est tortueux par-dessus tout, et il est méchant: Qui peut le connaître? (Jérémie 17.9)

Tous les deux, nous pensions pouvoir initier et entretenir cette relation car en apparence, il s’agissait d’amour.  Et qui peut empêcher un coeur d’aimer?  Qui serait contre l’amour?  Personne ne l’est.  Surtout pas Dieu.  Mais encore faut-il que cet amour soit un amour véritable.  Le coeur peut simuler bien des choses, y compris l’amour… car le coeur est tortueux et méchant.  Et nous en avons ici un exemple, lorsque deux personnes choisissent de trahir leur amour véritable pour plonger dans ce fantasme passionnel qui n’est rien d’autre que de l’égoïsme et qui ne produit comme fruit ultime que le deuil, la souffrance et le déchirement.

J’aurais pu aimer cette femme.  En lui offrant l’amour inconditionnel et pur de Jésus.  Mais je ne l’ai pas aimé.  Je me suis aimé.  J’ai ignoré son mariage et le mien pour m’abandonner à cet élan tortueux de mon propre coeur méchant.  Alors voilà.  Aucun amour véritable.   Aucun romantisme véritable.  Que de la poudre aux yeux.  Que des mensonges de Satan.

Et maintenant?

Tranquillement, l’histoire se termine bien malgré tout.  Ma femme et moi, nous nous sommes réconciliés.  Ma femme a pardonné à la mystérieuse inconnue qui a faillit lui ravir mon coeur.  Elle lui a pardonné à un point tel qu’elle s’est mise à discuter avec elle sur Facebook et en est même venue à discuter de Dieu et à l’encourager à se rapprocher de son mari.  Ma maîtresse est redevenue la femme de son homme.  Je suis redevenu l’homme de mon épouse.  Nous avons faillit perdre énormément en confondant l’amour et la convoitise.  Nous avons faillit tout perdre sur un coup de tête.  Mais nous redécouvrons respectivement la valeur et la beauté de ceux que Dieu a VÉRITABLEMENT placé sur notre chemin il y a très longtemps.  L’amour véritable ne met jamais en péril le trésor d’une famille unie.  L’amour véritable unit davantage la famille et nous apprend le contentement, l’action de grâce et la reconnaissance pour ceux qui nous côtoient.  L’amour véritable fortifie le mariage et nous rapproche de nos enfants.  L’amour véritable est vrai, il marche dans la lumière et il n’entraîne jamais de honte.

J’ai passé plus de deux semaines à marcher contre la volonté de Dieu pour « suivre mon coeur ». Ma conscience s’en portait tellement mal que je devais prendre des médicaments contre l’anxiété le matin et le midi pendant mes deux semaines à Montréal, alors que je ne prends généralement ces médicaments que lorsque je visite le dentiste ou que je vis des stress très intenses.  Je devais me geler pour supporter le martèlement continuel de ma conscience.  Lorsqu’une brebis s’égare, Jésus la poursuit sans relâche.  Et c’est ce ce qui est arrivé.  Avec ma cervelle de brebis, je m’étais dirigé vers un attirant pâturage.  Mais ce pâturage n’était pas le mien.  Et mon Berger m’a ramené en lieu sûr avant que je ne sois déchiré par des bêtes sauvages.  Ce soir, j’écris ces mots avec la conscience en paix.  L’oppression que je ressentais à la poitrine hier est disparue.  Je viens de jeter par terre les dernières illusions qui me tenaient rattaché à cette femme et qui m’empêchaient d’expérimenter une complète repentance.  Je goûte en ce moment à la paix de Dieu.  Quel moment magnifique!

Je peux maintenant tourner la page.  Il reste beaucoup de travail à faire pour panser les blessures de mon épouse et de mes enfants.  Mais je sais que la grâce de Dieu apportera la guérison et que Dieu se servira de ces événements pour en retirer une grande gloire.  Ma femme se surprend de voir comment la puissance de Dieu l’aide à traverser cette épreuve. Il y a des hauts et des bas… la joie fait parfois place à la tristesse ou la peur… mais nous sommes sur la bonne voie.  Dieu est bon avec nous.  Gloire à son saint nom!

Avec du recul…
30 juin 2016

Cet article était définitivement un pas dans la bonne direction.  Après avoir rompu les liens physiquement avec ma maîtresse, je les rompais maintenant mentalement en admettant que ce qui m’unissait à elle n’était pas de l’amour.  Toutefois, mon erreur fut de ne pas prendre conscience de la fragilité de cette prise de conscience.  Je ne réalisais pas pleinement que je venais de vivre une relation obsessionnelle de trois semaines qui avait eu l’effet d’une puissante drogue sur moi.  Je m’étais « shooté » à l’adultère jusqu’à en perdre la raison.  En cette soirée du 30 septembre, j’étais peut-être en mesure d’atteindre un degré appréciable de lucidité… mais j’ignorais que ma chair et mon coeur n’allaient pas tout simplement lâcher prise et accepter que je mette un terme à cette relation sans discuter.  Je venais de goûter à quelque chose qui était beaucoup plus grisant que la pornographie ou les fantasmes.  Et ma nature compulsive allait bientôt réclamer sa prochaine dose, sous peine de me plonger dans un état lamentable.  Bref, j’étais solidement accroché mais je l’ignorais.  Ça ne signifie pas que j’étais impuissant devant mes pulsions, que j’étais victime de ma faiblesse.  Ça signifie plutôt que j’aurais dû faire preuve d’une EXTRÊME vigilance et ne pas croire naïvement que mon coeur allait suivre docilement la même direction que ma tête…

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