Chute et rédemption (Confessions)

psg 2014-10-12
Le parc du premier baiser…

Déjà plus de 3 semaines se sont écoulées depuis le dernier baiser relaté à l’ouverture de cette série d’articles.  Depuis ce jour, l’automne a progressé, les feuilles d’automne laissent peu à peu les arbres nus, gris et froids.  Et je marche chaque jour parmi les ruines que ce baiser, cette aventure passionnelle, ont laissés en moi et autour de moi.

Initialement, j’ai cru que ce « coup de foudre » avait frappé sans prévenir.  Mais je n’en suis plus aussi certain.  Un article précédent semble indiquer que j’avais eu dans le passé une sorte de pressentiment à ce sujet.  Ma femme m’a en effet rappelé un texte que j’avais écrit l’an dernier, quelques semaines après avoir fait un premier long séjour à la place Victoria.  J’avais déjà travaillé auparavant à la tour de la bourse, mais cette fois, j’y étais resté pour plusieurs jours afin de parrainer des employés et je logeais donc à l’hôtel Delta situé juste à côté, ce qui m’avait permis de m’intégrer totalement au rythme de vie de cet endroit.  Dans un article sous-titré « Pensez en fonction du Royaume de Dieu », je décrivais mon expérience en ces termes:

« …toute cette activité humaine, toute cette ambiance avait sa propre pulsation. Une sorte de rythme, de chant envoûtant. Je sentais ma propre chair trépigner et vouloir se joindre à ce monde. Certains seraient d’avis qu’il n’y a pourtant aucun mal inhérent à ce que j’ai décrit jusqu’à maintenant. Peut-être. Mais tout cet univers enivrant était dépourvu de Dieu. C’était le domaine exclusif de l’homme, où la beauté, le succès, le luxe, les apparences et le culte du soi représentent pour la majorité les règles indiscutables et fondamentales de la vie. Le monde comporte bien des facettes, tout aussi vaines les unes que les autres, mais pendant ce séjour, j’expérimentais la quintessence de l’humanité sans Dieu.

Ce qui est troublant, c’est que je n’étais pas indifférent à ce monde. Le vieil homme en moi, pourtant crucifié avec Christ, reprenait conscience et remuait. Il entendait la voix du Prince de ce monde, qui disait: « Si tu le veux, tu peux avoir tout cela. Tu peux goûter à la fortune, tu peux être aimé et désiré par ces jolies femmes. Tu peux être quelqu’un. Pense à tes nombreux talents. Tu pourrais être une star! Tu pourrais avoir une belle vie! »

En écrivant ces lignes, je ne savais pas exactement ce que Dieu essayait de me communiquer.  Mais j’exprimais ce que ma sensibilité spirituelle d’alors me permettait de capter, à savoir que:

  1. Ce monde, et ce lieu bien précis, avait une ambiance, une pulsation, un rythme envoûtant.
  2. Une partie de moi était attirée par cette pulsation.  Je pressentais déjà que quelque-chose ou quelqu’un se trouvait en ce lieu et pouvait m’offrir ce que ma nature charnelle recherchait tant, c’est à dire l’amour, l’approbation, l’admiration… l’adoration.

Ce que je comprends de cet article, c’est qu’il avait levé partiellement le voile sur un piège qui était dissimulé là-bas.  Ma visite de l’an dernier m’avait fait ressentir un danger.  Mais à ce moment, l’ennemi n’était encore qu’à l’étape de la mise en scène.  C’était comme visiter un théâtre où le personnel s’affaire à monter les décors pour une méga-production.  Il y avait ça et là des poutres, des rideaux, du matériel d’éclairage et d’effets spéciaux… mais rien que je ne pouvais définir exactement.  Je ressentais seulement la présence de l’ennemi et son désir de se servir de cet endroit pour me piéger.  La rédaction de cet article en 2013 avait été très pénible.  Je cherchais mes mots et j’y avais passé des heures.  J’ai même précisé en introduction – sans savoir exactement pourquoi – que cet article ferait du mal à l’ennemi.  Et c’était peut-être le cas, dans la mesure où je jetais la lumière sur un plan qu’il voulait garder secret.  Sauf qu’il s’agissait probablement d’un plan à long terme… un détail que j’ignorais.  Mon erreur a donc été de croire que j’avais échappé aux griffes de l’ennemi et que je pouvais crier victoire… alors que la véritable frappe de l’ennemi était prévue 418 jours plus tard.  C’était le 8 septembre 2014 que j’allais rencontrer en ce lieu une femme déjà conquise qui allait entrer dans mon univers et tout faire basculer.

Une vulnérabilité insoupçonnée

Une des raisons pour lesquelles je n’étais pas prêt à cette attaque est que je n’ai jamais eu à lutter pour repousser les femmes.  Je ne suis pas un Don Juan,  je dégage peu de charisme ou de sensualité, si bien que les femmes ne se sont jamais bousculées à ma porte.  Je n’ai jamais eu à lutter activement, de toute ma vie, pour empêcher une femme de faire intrusion dans mon petit univers.  L’essentiel de mon combat pour la fidélité et la pureté a donc toujours été de nature passive: Tout ce que j’ai à faire pour rester pur est de ne pas me mettre les pieds dans les plats.  Je n’ai le souvenir que d’un épisode dans le passé où une femme a fait intrusion dans mon univers de façon « agressive ».  C’était il y a bien des années, à une époque sombre de mon mariage où j’étais ravagé par la dépendance sexuelle et que je tentais d’initier des rencontres extra-conjugales.  J’avais alors passé une soirée dans une boîte de nuit de Saint-Hyacinthe.  Après avoir dansé un long moment au son de la musique techno, j’ai été au bar pour demander une bière.  Puis, alors que je regardais les gens danser, une jeune femme est passée devant moi.  Sans s’arrêter, elle a simplement fait glisser son doigt le long de ma poitrine en me fixant intensément dans les yeux puis a continué son chemin.  Une vraie scène de film.  Le message était plutôt clair.  Et il répondait au fantasme que je désirais justement réaliser.  Mais ironiquement, je ne savais pas comment y répondre.  La jeune femme est revenue plus tard et nous avons discuté.  Elle était étudiante à l’université.  Elle était jeune.  Elle était blonde.  Elle avait un corps et un visage parfaits.  Mais j’étais incapable d’aller dans la direction qu’elle voulait aller car je me savais marié et j’étais paralysé par la culpabilité.  La jeune étudiante s’est même placée derrière moi et m’a massé les épaules en me disant que je devais relaxer.  Mais par la grâce de Dieu, je fus incapable de faire le pas et d’aller ailleurs avec cette fille.  Et au bout de quelques tentatives échouées, elle a finalement rejoint un groupe d’amis, réalisant qu’il n’y avait rien à faire avec moi.

Le diable a probablement vu au fil des années qu’il n’arriverait pas à me pousser vers l’adultère s’il me présentait des leurres aussi peu subtils que cette jeune étudiante rencontrée dans cette boîte de nuit.  Ma conscience semblait trop bien gardée, même à l’époque où je fantasmais pourtant sur ce genre d’expériences.  Et puisque des années plus tard, je me suis profondément repenti et que j’ai renoncé totalement au désir de l’adultère, c’était désormais peine perdue pour l’ennemi de mon âme.  S’il voulait utiliser contre mon couple l’arme ultime qui détruit tant de mariages, il devait donc changer de stratégie.  Il devait me mettre en confiance et effacer du décor tout ce qui pouvait ressembler à de la dépendance sexuelle, à de la convoitise, à du péché.  Il devait faire en sorte que le péché soit revêtu d’une apparence de beauté, de grâce et de vertu.  Comme lorsque l’on tend un piège pour attraper un animal et que l’on efface autour toute trace d’activité humaine afin de ne pas alerter son instinct de survie.  Lorsque mon regard a plongé dans le regard de cette collègue de travail en ce matin du 8 septembre dernier, c’est exactement ce qui est arrivé.  Je n’ai pas déshabillé cette femme mentalement car j’en étais incapable.  Quelque chose en elle m’en empêchait.  J’étais charmé non pas par ce qu’elle dévoilait mais par ce qu’elle dégageait.  Elle commandait le respect.  Elle n’était pas habillée de façon à attiser la convoitise.  Aucun décolleté, aucun artifice pour éveiller mes hormones, aucune attitude ou démarche langoureuse.  Elle n’avait que ces yeux émerveillés de me voir.  J’étais donc en confiance.  Je ne voyais aucun danger… ou presque.  Mon coeur a donc commencé à se rapprocher du sien.  J’étais bien  conscient de l’enthousiasme que cette rencontre soulevait en moi et cette réaction éveillait en moi certains soupçons.  Mais l’ennemi est venu tout près.  Il a murmuré ses mensonges à mes oreilles, m’a rassuré, m’a fait remarqué que ce que je ressentais n’avait rien à voir avec le sexe.  Et c’était vrai à ce moment.  En fait, à partir de ce moment précis, ma libido est curieusement tombée à zéro et ne s’est manifestée à nouveau que deux semaines plus tard.  J’avais déjà passé une ou deux journées consécutives de ma vie sans avoir de pensées ou de tentations sexuelles… mais DEUX SEMAINES!?!  C’était impossible.  C’était même surnaturel, me disais-je.  La vérité, c’est que la convoitise, qui prenait habituellement une forme sexuelle, venait de prendre une forme purement romantique.  Et n’ayant jamais ressenti une manifestation émotionnelle aussi violente, j’ignorais ce qui se produisait en moi.  Je ne pouvais diagnostiquer qu’un coup de foudre, un amour interdit qui me consumait entièrement.  Et cette femme partageait la même conviction.  Ma conscience se débattait malgré tout en moi.  Une partie de moi savait que je désobéissais gravement à Dieu.  Mais l’aspect romantique de cette expérience me donnait suffisamment d’arguments rationnels pour faire taire cette conscience.  La stratégie de l’ennemi fonctionnait donc à merveille.

Par cet article, je désire dans un premier temps réaffirmer que tout ce que j’ai vécu avec cette femme à partir du 8 septembre n’a rien à voir avec l’amour, malgré toutes les apparences.  J’ai besoin de le réaffirmer car j’ai vécu un combat déchirant dans les derniers jours à ce sujet.  Plusieurs d’entre vous avez lu les trois premiers articles de cette série et avez été témoin de la progression de ma repentance.  J’ai rédigé le premier article juste après avoir coupé les ponts et considérais alors cette expérience comme de l’amour.  Puis au fil des jours, j’ai reconnu pleinement que cette aventure émotionnelle n’était qu’une manifestation de ma nature dysfonctionnelle.  Sauf que les choses ne se sont pas terminées aussi simplement.  Et c’est ici que vient, dans un deuxième temps, le moment de confession dont parle le titre de mon article…

Déchirements et combat

L’immense défi que présente un adultère paré de sentiments, c’est que pour y mettre fin, il faut être prêt à affronter le deuil de la séparation.  Le lendemain de ma confession publique, j’ai parlé au téléphone à Louis, un frère dans la foi.  Il a prié pour moi et m’a dit, fort d’une expérience similaire qu’il avait traversé avant de connaître le Seigneur: « Jean, c’est certain qu’il va y avoir un deuil à faire ».  Et il avait tellement raison.  La pornographie est une forme d’adultère.  Mais lorsqu’un épisode de porno se termine, il suffit d’appuyer sur un bouton.  On ferme le portable.  On range la tablette.  On file le téléphone dans son étui.  Et tout est fini.  Mais un épisode d’infidélité physique, même s’il ne va pas plus loin que des baisers et des étreintes, ne se termine pas du tout de la même façon.  Il existe un lien affectif, voire spirituel, qui se crée.  Et ce lien doit être rompu totalement pour mettre fin à l’adultère.

Initialement, j’avais fermé tant bien que mal la porte de cette relation.  Mais j’étais encore extrêmement vulnérable.  J’étais pétri de regrets pour avoir été infidèle mais simultanément, j’étais torturé par la douleur de la séparation.  En termes d’addiction, le porno était comme fumer de l’herbe.  Mais cette relation était comme consommer du crack.  Chaque jour passé sans recevoir de messages de ma maîtresse me faisait souffrir.  Mon esprit expérimentait une certaine paix car j’avais renoncé à cette relation que Dieu abhorrait.  Mais ma chair, ma nature humaine, supportait très mal ce silence de la part de celle qui m’avait abreuvé jour et nuit de folles paroles d’amour.

Le 2 octobre, je suis allé au travail en traînant ce coeur divisé qui tentait de récupérer du cataclysme causé par mon péché.  Je devais souvent me ressaisir avant de prendre un appel car je sentais ma gorge nouée.  Puis tout à coup, une notification est apparue à l’écran avec le nom de celle que je tentais de chasser de mes pensées.  Elle venait de m’écrire.  Ou plus précisément d’écrire à l’intention de mon épouse.  Comme je l’ai mentionné dans le second article, ma femme et elle avaient échangé sur Facebook.  Mais son ouverture face à mon épouse a subitement changée et ma maîtresse a brisé le silence qu’elle avait respecté jusque là avec moi, afin de passer un message incisif à sa « rivale ».  J’avais donc ce courriel devant les yeux.  Et ce choix devant mon esprit: lui répondre ou non.  Ma chair a pris le dessus sur ma conscience.  Je me suis dit que si nous nous en tenions au stade de l’amitié, rien ne nous empêchait de correspondre à nouveau.  Alors je lui ai écrit.  Et elle m’a répondu.  Et le lien s’est rétabli.

Le lien n’était toutefois plus le même.  Elle avait été blessée de ce que j’avais écrit sur ce blog.  Elle avait tout lu et croyait que je niais mes sentiments envers elle.  Selon son interprétation des événements, nous nous étions vraiment aimés.  Et nous nous aimions encore.  Tout ne pouvait être réduit et expliqué par de la simple convoitise.  Et je me rangeai rapidement à son avis.  Nous avons donc été pendant quelques jours comme des amoureux qui ne pourraient jamais vivre leur amour par la force des choses et qui allaient donc s’en tenir à une simple amitié.  Mais j’étais énormément frustré par cette nouvelle approche, car au-delà du désir apparent de vouloir préserver notre amitié, ce que je désirais ultimement – sans me l’avouer ouvertement – était de recréer la magie.  Je voulais goûter à nouveau à ses mots d’amour.  Je voulais ma dose de crack.  Mais le ton de ses courriels laissaient filtrer une certaine amertume qui me faisaient penser que plus rien ne serait comme avant.  J’étais donc à nouveau en sevrage.  Et en plus je vivais dans le mensonge car je prétendais à ma femme que plus rien ne se passait au bureau, alors que nous nous étions écrit pendant 4 jours.  J’étais donc perdant sur tous les plans.  Je ne sentais plus de connexion avec mon épouse.  Et je ne sentais plus de connexion avec cette femme.

Les derniers jours se sont détériorés à cause de ma désobéissance.  J’ai sombré progressivement dans une énorme confusion.  D’une part, je regrettais d’avoir rétabli le dialogue avec cette femme.  Et d’autre part, je n’arrivais pas à faire le deuil de cette relation.  Une partie de moi était persuadée que les événements survenus à Montréal n’étaient que la manifestation de ma nature dépendante.  Une autre partie croyait qu’il s’agissait réellement d’amour.  Peut-être du plus grand que j’avais vécu.  Dans cette confusion, j’en vins à m’ouvrir à mon épouse sur ces doutes.  Je lui dis que même si ce que j’avais fait était un péché, de véritables sentiments étaient néanmoins impliqués.  Un amour humain, certes, mais un amour malgré tout.  Ce désaveu de ce que j’avais affirmé dans les deuxièmes et troisièmes articles de ce blog la blessait énormément.  Elle ne comprenait pas ce qui arrivait en moi.  Elle avait été témoin d’une si profonde repentance entre le 29 septembre et le 1er octobre… puis progressivement, cette repentance faisait place au vieil homme en moi, celui qui était froid et distant.  Et ma femme, étant équipée d’antennes hyper-sophistiquées, ne cessait de me demander jour après jour: « Est-ce qu’elle t’a écrit au bureau?  Ou est-ce que tu lui as écrit? ».  Et moi je répondais toujours par la négative.  Mais elle voyait bien qu’un changement s’opérait en moi.  Elle voyait que je m’éloignais d’elle, que j’étais tourmenté intérieurement alors que nous avions vécu, dans les jours suivants ma repentance, une période de grandes joies, d’amour et de complicité.  Ce tourment intérieur était inévitable car je mentais au quotidien et attristais l’Esprit de Dieu en moi.  Et je n’arrivais plus à prier.  Je ne pouvais supporter le regard insistant de Dieu sur moi.  Je descendais au salon le matin, m’assoyais sur le sofa et fermais les yeux et je n’arrivais pas à adresser une seule parole au Seigneur.  Moi qui vivais dans le mensonge, je ne pouvais communier avec Celui qui est Vérité.  Mes arguments rationnels me permettaient de survivre au martèlement de ma conscience tout au long du jour.  Mais dès que je prenais un temps dans la présence de Dieu, sa lumière m’était insupportable.  Ses yeux sondaient mon coeur et je savais bien ce qui s’y trouvait.  Dieu voulait que je lui donne cette idole que je chérissais tant mais je m’y accrochais avec l’énergie du désespoir.  Comment pouvais-je me résigner à abandonner cette « expérience ultime »?

Pendant que je vivais ces déchirements, ma femme poursuivait le combat spirituel.  Elle me lisait de temps à autres des passages de la Bible qui lui parlaient.  Et une partie de moi se crispait d’impatience en l’écoutant.  J’étais tellement dans les ténèbres que la Parole de Vie était comme une menace pour moi.  Puis les tensions augmentèrent significativement le 8 octobre, jour de fête de mon épouse.  En cette journée, nous avons reçu la visite de Yvon, un pasteur, de sa femme Claire et de leurs enfants.  J’ai confessé à Yvon et Claire les événements de septembre… tout en gardant le silence sur les courriels que j’échangeais toujours avec cette femme.  Mais cette fois, ma femme remarqua à quel point le ton de mon discours avait changé.  Ma façon de décrire les événements étaient à nouveau parsemés de termes tels que « amour interdit », « sentiments », etc.  Elle voyait donc que je reculais par rapport aux articles 2 et 3.  J’étais revenu à l’état d’esprit de l’article 1.  J’étais à nouveau enchaîné.  Après le départ de nos amis, elle tenta d’en discuter avec moi mais j’étais sur la défensive et la discussion dégénéra rapidement.  Un jour d’anniversaire plutôt moche et pénible pour la compagne de ma vie.  Alors elle prit la décision d’amorcer à nouveau un jeûne et de solliciter les prières de ses amis chrétiens.

Jeudi soir, la tension atteignit son paroxysme.  Toujours déchiré entre ma conscience et le désir de conserver et idéaliser ce qui m’unissait à cette femme lointaine, je maintenais le discours de l’amour et des sentiments.  Je refusais d’associer cette expérience à de la convoitise.  J’avais l’impression qu’en admettant cela, je trahissais ma maîtresse.  Mais ce déni trahissait quelqu’un de bien plus significatif dans ma vie: ma propre femme.  Et devant mon entêtement à interpréter mes sentiments envers cette femme comme étant une forme d’amour, mon épouse fut plongée dans le plus profond des désespoirs.  La crise conjugale devint magistrale.  Les émotions de ma femme devenaient hors de contrôle et moi, j’étais comme un chaudron sous pression.  J’étais de marbre extérieurement mais je bouillais de colère à l’intérieur et luttais contre un tumulte mental aliénant.  Ma femme tentait de m’exprimer sa colère et son désespoir mais je ne lui permettais pas de s’exprimer librement.  Je lui demandais implicitement de ménager mes propres émotions.  Je l’interrompais continuellement, toujours avec cet air stoïque et rationnel.  À un moment donné, elle empoigna son oreiller et m’asséna rageusement deux coups par la tête.  Rien de douloureux mais ce geste me fit exploser de rage.  Je me levai et lui hurlai par la tête de ne plus jamais faire cela.  Puis je sortis en trombe de la chambre, enfilai mes bottes et un manteau, puis sortis dehors.  Mon plan initial était de disparaître pour plusieurs heures.  Je comptais marcher en ville et dans la forêt… peut-être pendant toute la nuit, jusqu’à l’heure d’entrer au bureau le lendemain matin.  Mais après m’être rendu au premier coin de rue, je fis demi tour car un vent glacial transperçait mes vêtements.  Je décidai donc d’aller me chercher un chandail plus chaud à la maison mais je croisai ma femme et nous retournâmes finalement à notre chambre pour parler.  La discussion fut plus calme.  Je regrettais de m’être emporté avec une telle violence et ma femme regrettait de m’avoir criblé de paroles blessantes pendant notre dispute.  Nous avons fait passablement la paix et je me suis endormi, le coeur et l’esprit dans le chaos le plus total.

Le lendemain soir (vendredi), je suis allé au boulot.  La journée était interminable.  Je n’avais pas eu de courriel de ma maîtresse car notre dernier échange de mardi s’était terminé de façon plutôt abrupte à cause de la frustration que nous vivions tous les deux.  J’ignorais quels étaient ses sentiments.  Je lui ai envoyé un courriel pour lui demander la raison de son silence.  Le courriel ne fut pas lu car elle était absente du bureau. Par contre, en après-midi, je reçu un courriel de ma douce moitié.  Le Seigneur lui avait inspiré de m’écrire un courriel plein d’amour où elle m’exprimait toutes les qualités qu’elle aimait en moi et où elle me transmettait la vision d’amour, de grâce et de miséricorde inépuisable que Dieu avait envers moi.  Ce courriel me chavira.  Ma femme savait que depuis la veille, je m’étais mis à me détester à cause de l’attitude que j’avais eu au cours de la semaine avec elle et surtout de la chicane monstre qui avait éclaté entre nous.  Et ses paroles m’apportèrent un énorme réconfort et raviva davantage mon affection pour elle.  Je suis revenu à la maison le soir avec de meilleures dispositions.  Le vieil homme en moi, qui avait érigé des murailles tout autour de lui pendant des jours et des jours et qui luttait pour préserver son péché, commençait à s’épuiser sérieusement.  La puissance de Dieu et l’intercession des saints venaient à bout de mes dernières résistances.  Mais j’étais toujours fermé à mon épouse.  J’étais épuisé par les derniers jours… que dis-je… par le dernier mois… et je ne voulais que dormir, alors qu’elle avait besoin d’intimité.  Voyant que je me refusais à elle, elle partit écouter des psaumes pendant deux heures.  Puis elle revint dans la chambre, s’agenouilla devant moi et pria sur moi pendant un long moment, tandis que je dormais.  Puis elle se sentit inspirée de prier sur moi en établissant un contact.  Elle vint donc me rejoindre sous les couvertures, posa sa main sur moi et continua de prier pendant près d’une heure, jusqu’à ce que je sorte lentement du sommeil.  Nous nous sommes enlacés, avons échangés quelques mots.  Rien ne fut particulièrement réglé entre nous, mais ce fut un moment de rapprochement.  Fait important à souligner, le silence de ma maîtresse avait provoqué en cette journée un tel sentiment de manque que je m’étais rabattu sur les plaisirs solitaires.  Et pas seulement une fois mais trois fois dans la même journée, ce qui n’était pas arrivé depuis très longtemps.  Nous pouvons reconnaître à cette réaction que tout ce que je vivais n’était que le même problème obsessif-compulsif qui se manifestait sous différentes formes.  Et maintenant que la romance s’était évanouie, il ne me restait plus que le sexe.  Et puisque je devais « rétrograder » des drogues dures aux drogues douces, j’eu recours au sexe compulsif pour compenser le manque laissé par cette relation interdite qui agonisait et me laissait de plus en plus seul avec moi-même et mes regrets.

Le lendemain matin (ce matin), je me suis réveillé en même temps que mon épouse.  Nous avons discuté à nouveau.  Longuement et doucement.  Visiblement désarmé par les prières de mon épouse de la veille, j’étais beaucoup plus ouvert.  Mon esprit émergeait.  J’ai admis que ce que j’avais vécu avec cette femme n’était pas de l’amour.  C’était de la dépendance.  Et finalement, ma femme et moi nous nous sommes unis dans l’intimité.

Dieu n’avait pas terminé son travail avec moi pour cette journée.  Mon ami Louis et son épouse Caroline, qui habitent Montréal, avaient été inspirés par Dieu de venir nous visiter en Gaspésie afin de nous fortifier dans la foi et de nous chouchouter.  Aujourd’hui, nous sommes donc allés les rejoindre chez un ami commun, à quelques maisons de la nôtre.  Nous avons alors discuté de Dieu, des événements qui s’étaient passés.  Et Caroline a suggéré que puisque j’avais confessé mon péché, chacun pourrait confesser un domaine de sa vie où il avait besoin de prière.  Caroline s’est ouverte sur ses tentations, puis Louis sur les siennes, puis ma femme… puis moi.  J’ai précisé que j’avais besoin de prière pour fermer complètement la porte sur cette relation.  Alors nous nous sommes levés et enlacés fraternellement.  Et nous avons prié les uns pour les autres à voix haute pendant un long moment.  Moi pour Louis et vice-versa.  Caroline pour ma femme et vice-versa.  Puis toujours enlacés tous les quatre, nous avons laissé l’Esprit Saint nous inspirer des prières les uns pour les autres.  Une parfaite communion fraternelle.  Un amour qui dépasse ce que les mots peuvent décrire.  Simplement une bienveillance les uns pour les autres.  Ce moment m’a fait pleurer et m’a fortifié.  De retour à la maison, ma femme et moi sommes allés dans notre chambre.  Une question semblait lui brûler les lèvres.  Et c’était le cas: « Est-ce que vous vous écrivez toujours au bureau, toi et elle? »  Cette fois, je lui confessai tout.  Je lui racontai la séquence des événements.  J’avouai aussi que j’avais récupéré les objets qui me reliaient à cette femme, ceux qui avaient été jetés à la poubelle dans les jours précédents: le bracelet de bois de santal et des épices de son pays qu’elle m’avait offertes ainsi que ses lettres d’amour.  Je lui ai dit que j’avais voulu maintenir un lien d’amitié mais que cette fois, je réalisais pleinement la stupidité de cette idée.  Cette relation était « brûlée », elle n’était plus possible.  Je devais mettre une croix définitive dessus.  Je devais mettre un terme à toute communication, peu importe le prétexte.

Lorsque je retournerai au bureau la semaine prochaine, mon premier geste sera de bloquer le courriel de cette femme.  Pour me protéger d’elle et pour la protéger de moi.  Car il n’y a pas que moi et ma famille qui avons été affectés par cette histoire.  Elle en a également souffert.  Je lui ai laissé croire que j’étais l’incarnation du romantisme alors que je ne le suis pas.  Je lui ai fait croire que je lui vouerais un amour éternel alors que je n’étais pas en position ou en droit de faire une telle promesse.  Je lui ai fait croire que je l’aimais alors que je n’aimais que moi-même.  Je lui ai donc menti et l’ai trahi.  Si elle lit ces lignes, je prie qu’elle puisse trouver la force de me pardonner d’avoir bouleversé sa vie de cette façon.  Je la remets entre les mains de Dieu et je prie qu’il se manifeste à elle et lui fasse découvrir un amour qui n’a rien à voir avec ce que je lui ai offert; un amour véritable, infini, inconditionnel, qui transformera sa vie, celui de Jésus.

De mon côté, je retourne aux côtés de celle que j’aime véritablement.  Celle qui m’a donné sa vie, qui m’a supporté au fil des ans malgré le nombre et l’ampleur de mes péchés.  La plupart des femmes auraient fichu le camp bien avant dans pareille situation de couple.  Mais mon épouse a toujours été capable de voir au-delà de mes manquements.  Elle a toujours vu en moi le potentiel d’un grand homme de Dieu.  Et si ce n’était de cette foi indéfectible qu’elle a toujours eu en moi, j’ai la certitude que je ne serais pas ici en ce moment, en train de vous parler.  Je serais entre les griffes de Satan, détruit ou même mort.  La femme que j’ai est une femme forte et exceptionnelle.  Aucune ne se compare à elle.  Dieu savait exactement ce qu’il faisait lorsqu’il l’a placé sur mon chemin il y a 18 ans.  Et j’ai été fou de détourner mon coeur de cette perle pour convoiter une femme qui n’était pas la mienne, qui appartenait déjà à un autre homme sans doute formidable.  J’ai été fou de chercher le bonheur ailleurs que sous mon toit, alors que Dieu m’a déjà tout donné avec abondance.  Cette expérience ressemblait à s’y méprendre à de l’amour.  Mais ce fut le plus grand et le plus déchirant de mes péchés.  Que Dieu me garde et que plus jamais je ne suive les sentiers tortueux de mon propre coeur.

Cette épreuve m’aura appris combien ma femme m’aime.  Elle m’aura appris également la beauté de la famille de Dieu.  Lorsque j’ai confessé publiquement mon péché, ma belle-mère Nicole a pris soin des enfants pendant le week-end afin de nous laisser prendre du temps en couple et faire la mise au point.  Puis des chrétiens qui nous sont chers, Gabriel et Mélanie, sont venus chercher nos enfants pour deux jours malgré leur horaire hyper-chargé.  Et au fil des jours, pleins de gens nous ont fortifiés par leurs prières et leurs mots d’encouragement.  Et ce weekend, Caroline et Louis sont venus prier avec nous.  Et demain, ils nous ont même préparé une soirée spéciale chez Éric, notre frère dans la foi.  Un « souper chic » où Caroline nous servira un repas élaboré, juste pour nous deux, pendant que Louis, Éric et deux autres amis, viendront à la maison pour faire une soirée cinéma avec les enfants.  Cette épreuve nous aura aussi permis de réaliser que beaucoup de gens vivent ou ont vécu des déchirements semblables aux nôtres.  En confessant mon péché ouvertement, ça a donné l’occasion à beaucoup de nos amis de s’ouvrir sur leurs propres épreuves.  C’est pourquoi je continue de vous raconter toutes ces choses.  Même si une partie de moi aimerait conserver l’image du « bon chrétien », je sais que ce réflexe n’est pas de Dieu mais de l’ennemi.  Car en fait, il n’y a pas de « bons chrétiens ».  Comme Jésus l’a dit, seul DIEU est bon.  Oui, Dieu fait une oeuvre dans notre vie.  Oui, il nous transforme à l’image de son fils Jésus.  Oui, je crois toujours en la sanctification et je la vois opérer au quotidien en moi.  Mais tout comme les grands hommes de la Bible, comme Abraham, Jacob, Moïse, David, Pierre et tous les autres, il nous arrive de commettre des péchés horribles.  Et c’est ce qui m’a fait tomber en amour avec la révélation du Dieu de la Bible.  Car ce Dieu nous prend tels que nous sommes.  Et il nous amène là où il veut que nous soyons.  Il n’exige pas que nous soyons des parangons de vertu pour nous accepter dans son royaume.  Il prend des hommes et des femmes brisés, souillés par le péché, et les restaure jour après jour à son image.  Et après ce que je viens de vivre en septembre, mon seul désir est de répondre à cette infinie miséricorde par une consécration plus sérieuse que jamais auparavant.  Je veux être tout à Dieu, comme il est tout à moi.  Je veux le servir et l’honorer et ne laisser de place à aucun compromis.  Je veux être le reflet de sa fidélité et de son amour.  Je veux que ma vie soit un chant à sa gloire.

Seigneur, je te remercie pour ta patience et pour ce que tu as fait pour moi, particulièrement dans les derniers jours.  Malgré mes égarements, malgré mon endurcissement et mon attitude rebelle, tu m’as poursuivi sans relâche jusqu’à ce que je renonce complètement à cette idolâtrie qui ravissait mon coeur.  Ce coup porté par Satan était très sérieux.  Il a même faillit être fatal.  Autant pour ma femme que pour moi.  Dans les derniers jours, j’étais si confus que j’en étais même venu à douter de toi et de ta Parole.  Mais tu m’as secouru.  Tu m’as extirpé des plus profondes ténèbres et m’a rétabli dans la vérité.  Ce matin, alors que je priais, à genoux devant toi, je ressentais à nouveau ta présence.  Et je me disais que dans tout ce chaos, je me trouvais au seul endroit stable de tout l’univers, c’est-à-dire sur Toi, le Rocher, le Fondement de mon existence et de toute vie.  Et je me sentais en sécurité.  Et je savais que tu allais triompher.  Je suis honoré d’être ton fils.  Je suis honoré de porter ton nom.  Je t’aime Seigneur.  Je t’aime.  Gloire à ton nom.

Je vous laisse sur cette chanson de Impact qui fait parfaitement écho aux sentiments que j’ai pour Dieu ce soir…

 

Avec du recul…
2 juillet 2016

En résumé, l’article précédent a été écrit le 1er octobre.  J’y exprimais mon besoin de parvenir à une véritable repentance.  Le lendemain, 2 octobre, je prenais la décision de rétablir les liens avec ma maîtresse.  Étais-je donc hypocrite?

À cette étape-là de mon combat, c’est ce que notre entourage commençait à présumer, ce qui est tout à fait compréhensible.  En apparence, un passage aussi rapide de la repentance à l’infidélité ne pouvait être le résultat que d’un esprit malhonnête et fourbe.  Et pourtant, je peux attester que mon désir de repentance ne pouvait être plus profond et sincère.  Je voulais de tout coeur marcher dans les voies de Dieu.  Ce deuxième dérapage montre donc que le problème ne venait pas de mon insincérité mais de mon impuissance.  J’étais incapable de me dégager du piège de l’ennemi.  Cette impuissance confirme les paroles du roi Salomon.  En parlant de la femme vers laquelle un homme commettait l’adultère, il disait:

… sa maison penche vers la mort, et sa route mène chez les morts: Aucun de ceux qui vont à elle ne revient, et ne retrouve les sentiers de la vie.  (Proverbes 2.18-19)

J’étais donc précisément dans cette situation.  Je m’étais engagé sur une route qui menait vers la mort spirituelle et je n’arrivais plus à trouver les sentiers de la vie.  Je savais que je devais retrouver ces sentiers mais j’étais perdu dans un labyrinthe qui m’amenait tantôt vers la lumière, tantôt vers les ténèbres.  Ma propre volonté pesait donc désormais très peu dans la balance.  J’aurais pu exercer ma volonté au tout début de la tentation, dès le matin du 8 septembre.  Mais maintenant que j’avais cédé, j’étais perdu et n’arrivais plus à m’en sortir malgré toutes mes bonnes intentions.  J’avais besoin du secours de Dieu.  En concluant cet article, je pensais être enfin délivré du péché.  Je voyais devant moi la lumière.  Mais ce n’était qu’un moment de répit.  Les pires moments de ma vie étaient encore à venir.

psg 2014-10-12

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