Chute et rédemption (au bord du gouffre)

PSG 2014-11-20Le 12 octobre dernier, je révélais dans le quatrième article de cette série que j’avais cédé à la tentation de reprendre contact avec ma maîtresse et qu’il m’avait fallu passer par de nombreuses tribulations pour en arriver à me repentir à nouveau et revenir à la raison.  Ce nouveau cycle d’aveuglement a duré environ 10 jours, pendant lesquels j’ai communiqué avec cette femme par courriel au bureau, à l’insu de ma femme.  Mais ma femme ressentait que je m’éloignais progressivement d’elle et elle a fait appel à de nombreux amis, de nombreux frères et soeurs dans la foi, qui se sont mobilisés pour intercéder auprès de Dieu afin que je sois délivré de cet aveuglement.  J’avais tenté de rétablir les liens avec ma maîtresse en me présentant cette décision comme un simple désir de maintenir l’amitié, alors que mon désir profond était de goûter à nouveau à cette passion délirante des premières semaines.  Mais je n’arrivais plus à vivre dans le mensonge et j’en suis venu à confesser ma faute et à reprendre la décision de couper les ponts définitivement.   À la fin de cet article du 12 octobre, je déclarais donc mon intention de bloquer l’adresse courriel de ma maîtresse dès mon retour au bureau.  Et c’est ce que j’ai fait.  La bataille était donc gagnée.  Mais pas la guerre.

Ce qui suit démontrera que toute cette histoire complètement folle qui a débutée le 8 septembre dernier n’était pas qu’une histoire d’infidélité, de faiblesse humaine.  Il s’agissait (et il s’agit toujours) d’un combat spirituel très violent qui fait rage dans le domaine spirituel.  Un combat que je ne suis pas le seul à vivre car l’adultère est l’un des pièges les plus répandus et les plus dangereux que l’ennemi utilise contre ceux qui marchent avec Dieu.  Et des millions d’hommes posent leur pied dans ce piège et doivent ensuite composer avec les conséquences désastreuses d’un tel choix.  J’ai sous-titré cet article « au bord du gouffre » car c’est véritablement là que je me suis retrouvé dans les derniers jours.  Mon âme a faillit périr.  J’ai fait face, pendant un moment interminable, à la perspective de la damnation.  De telles paroles peuvent sembler étranges de la part de celui qui, sur ce blog, prêche avec fougue le radicalisme de l’idéal évangélique.  Mais j’ai sérieusement failli me perdre à jamais.  Je le savais.  Et ma femme le savait.  Et si ce n’était pas de celle qui partage ma vie depuis plus de 18 ans, si ce n’était du combat qu’elle a livré à genoux, dans la prière, votre frère n’aurait plus été trouvé digne d’être appelé « frère ».  Il aurait été emporté loin de vous tous, loin de la lumière, pour plonger dans des ténèbres éternelles.  Je pèse ici mes mots.  Je ne crois pas exagérer ou interpréter de façon incorrecte la nature de ce qui m’est arrivé.  L’Esprit de Dieu m’a lui-même convaincu de l’extrême gravité de ma révolte.  Il m’a révélé que je risquais mon éternité.

Alors que s’est-il passé après cet article du 12 octobre?

Le 12 octobre était un dimanche.  Le lendemain était le jour d’Action de Grâce.  Nous avons profité de ce jour de congé pour aller en forêt avec des amis chrétiens.  Puis nous avons été chez nos amis Yvan et Tiffany pour un temps de fraternité et d’étude biblique.  J’ai profité de l’occasion pour prendre à part mes frères dans la foi et leur demander de prier pour moi.  Je leur ai révélé ma faiblesse des derniers jours et mon intention de bloquer l’adresse courriel de ma maîtresse dès mon retour au bureau et de supprimer toutes les conversations que j’avais eu avec elle.  Ils ont donc prié avec moi pour que je sois délivré de tous les liens qui m’unissaient à cette femme, à qui je donnerai désormais le nom fictif de Thalia pour les besoins de cet article.  Ce jour d’Action de Grâce était un jour très étrange.  Je goûtais à la joie de la repentance, mais expérimentais simultanément un deuil profond vis-à-vis cette relation que je n’avais pas réussi jusque là à abandonner complètement.  Néanmoins, dès mon retour au bureau le lendemain matin, je fis ce que j’avais à faire.   Pour m’assurer que je n’allais pas changer d’idée, j’avais convenu la veille d’appeler mon frère Éric dès que le courriel de Thalia serait bloqué et que les courriels échangés seraient supprimés.  Et c’est ce ce que je fis.  La victoire semblait se confirmer.

Ce mardi, mon coeur commença toutefois à traverser des moments d’oppression énorme.  Je pensais que la repentance et les gestes concrets que j’avais posé pour mettre fin à cette relation allaient me procurer la paix que je ne trouvais plus depuis le début de septembre.  Mais le sentiment de tristesse du jour précédent ne faisait qu’empirer.  Même chose pour le mercredi.  Même chose pour le jeudi.  En ce jeudi 16 octobre, je publiais l’article précédent, cherchant toujours à mettre de l’ordre dans mes idées et sentiments, cherchant toujours à consolider en moi ce désir de demeurer fidèle à ma femme et à Dieu.  Mais le vendredi 17 octobre, je me sentais suspendu au-dessus du néant.  J’avais débuté la semaine avec la conviction que j’allais mettre fin à une relation adultère destructrice.  Je terminais maintenant la semaine en ayant le sentiment que j’avais fait une erreur énorme et que j’avais renoncé à l’amour de ma vie.  Cette transition invraisemblable fut possible car j’étais obnubilé par la souffrance du deuil.  Et plutôt que de m’en remettre à Dieu pour qu’il me délivre, je me complaisais à un certain degré dans cette souffrance.  C’était comme si le deuil en lui-même avait quelque chose d’envoûtant, comme s’il était une autre facette de la pseudo-romance que je vivais avec cette femme.  Cette complaisance affectait ma capacité à entrer en relation avec Dieu et me rendait simultanément vulnérable aux mensonges de l’ennemi.  Dieu palliait à ma léthargie spirituelle en inspirant continuellement à ma femme de me lire des passages de la Bible mais l’ennemi parlait plus fort et se servait de mon état d’esprit divisé pour fausser mon jugement.  Si bien qu’en ce vendredi, j’écrivis à Thalia.  Cette fois, je renonçai à jouer la comédie et à appeler ça de l’amitié.  Je lui fis une déclaration d’amour, lui dis que je ne pouvais me passer d’elle.  À mon grand soulagement, elle me répondit.  Elle me fit part de ce qu’elle vivait, de son désir de communiquer à nouveau avec moi, mêlé au désir de se protéger.  Elle était elle-même déchirée par le deuil et ne voulait pas souffrir encore une fois.  Après quelques échanges de cette teneur, la journée se termina sur une note d’espoir.  Elle semblait m’avoir pardonné de lui avoir fait de la peine.

Depuis la fin septembre, nous n’avions communiqué jusque là que par courriel au bureau.  Mon épouse avait bloqué le compte Facebook de Thalia et puisqu’elle connaissait les mots de passe de toutes mes adresses courriel, la seule façon sûre pour moi d’entretenir une relation secrète était de m’en tenir au bureau.  Mais le dimanche 19 octobre, je créais à la maison un compte Facebook secret, après avoir préalablement créé une adresse courriel secrète.  Puis je fis une demande d’amitié à Thalia sur Facebook, qu’elle accepta dans l’heure suivante.  Nous avons alors poursuivit les discussions du vendredi précédent.  Et en l’espace de peu de temps, la relation passionnelle des premiers jours était rétablie.  En fait, elle était rétablie et « améliorée ».  Notre passion l’un pour l’autre avait redoublé d’ardeur.  C’était comme suivre un régime alimentaire strict puis de succomber soudainement à un biscuit… pour se rendre compte 20 minutes plus tard que l’on a englouti le sac de biscuits au complet.  De la même façon, nous étions maintenant avides l’un de l’autre.  Nos déclarations d’amour étaient encore plus folles.  Et l’aspect du désir physique était maintenant omniprésent dans nos propos.

Mon concept du compte Facebook secret fonctionnait très bien.  J’opérais toujours en secret et effaçais à mesure toutes les traces, ce qui me permettait de discuter avec Thalia, parfois même juste à côté de ma femme qui travaillait à son ordinateur.  Ce long laps de temps sans interruption extérieure permit à cet esprit d’infidélité de m’accaparer totalement et de jeter par terre mes dernières résistances.  Je ne vivais que pour cette femme mystérieuse.  Je ne pouvais plus dormir une nuit complète sans me réveiller la nuit et vérifier mes messages.  Mon temps de prière matinal habituel avait été remplacé par mon temps avec Thalia.  Chaque minute libre que je trouvais, que ce soit à la maison ou au bureau, était consacré à elle.  Ou bien je discutais avec elle « live » ou bien je lisais les nombreux messages qu’elle m’avait laissé ou lui en écrivais pour plus tard.  Sinon, je relisais nos conversations précédentes et m’en délectais, savourant chacun de ses mots passionnés, me représentant mentalement les scènes sensuelles qu’elle évoquait de plus en plus régulièrement.

Dans la mouvance de ce désir physique grandissant, Thalia m’envoya des photos sensuelles d’elle-même et je fis la même chose.  Je pouvais parfois me réveiller à 1h00 du matin et trouver de nouvelles photos d’elle… puis je reposais ma tête sur l’oreiller, avec l’esprit et le corps totalement imprégné, voire même possédé par cette femme.  Je pouvais même sentir physiquement son corps contre le mien.  Nous n’étions plus seulement dans le domaine de l’imagination…. nous étions en contact avec quelque chose de plus spirituel… avec quelque chose d’occulte.  Une fois, au bureau, je fus même persuadé d’avoir senti distinctement son parfum.  Sérieusement.  Nous étions pris dans quelque chose qui nous dépassait largement.  Nous étions tous les deux entre les griffes d’un ennemi très puissant.

Plusieurs d’entre vous avez probablement de nombreux questionnements en ce moment.  Vous vous demandez peut-être comment l’auteur de ce blog dédié à la pureté sexuelle peut être en train de vous raconter un épisode de débauche morale récente qui contredit en tous points ce qu’il a toujours cru et enseigné.  Comment une telle chose est-elle possible?

Je me suis posé moi-même la question pour obtenir finalement cette réponse: Celui qui est fidèle dans les petites choses le sera dans les grandes.  Et celui qui est infidèle dans les petites choses le sera dans les grandes.  Le péché ne montre son visage monstrueux que tardivement.  Il s’assure avant tout de nous avoir séduit et amené à la captivité avant de révéler sa vraie nature.  Remarquez bien la progression que l’ennemi a utilisé pour m’amener à cet aveuglement.  Il a fallu d’abord qu’il me convainque de renoncer à de petits principes.  Puis il s’est attaqué à de plus grands principes.  Puis, comme vous le verrez par la suite, il s’est finalement attaqué aux principes directeurs de ma vie, à mes valeurs fondamentales, et à ma relation avec Dieu.

Évidemment, tout cela n’a été possible que par une vie spirituelle carencée.  Au moment de rencontrer Thalia, Dieu n’était pas le centre de ma vie.  Le trône était donc vacant pour y mettre toute autre chose ou toute autre personne.  Un homme de Dieu affermi aurait plus difficilement succombé au charme d’une inconnue.  Mais personnellement, j’étais tiède.  Alors quand j’ai rencontré Thalia, je l’ai rapidement hissée sur le trône de ma vie.  À preuve, mon heure de prière était remplacé par une heure avec elle.  Il est difficile de mieux illustrer le principe de l’idolâtrie.  Je la vénérais.  Je lui disais qu’elle était ma vie, mon bonheur, ma joie… des paroles qu’un homme ne devrait adresser qu’à Dieu.  Je ne passais plus de temps avec mes enfants, ne m’intéressait plus à rien d’autre qu’à cette femme.

L’adultère gagnait ainsi rapidement du terrain, à mesure que Thalia et moi renoncions à nos principes.  J’étais pourtant rongé par la culpabilité.  Mais l’attraction pour cette femme était plus forte que tout.  Et à chaque fois que nous étions aux prises avec notre conscience, nous nous disions que nous nous aimions et que c’était la chose la plus importante, la seule chose dont nous pouvions être certains.  Thalia était néanmoins préoccupée pour moi et me demandait si je faisais taire ma conscience pour elle.  Alors je lui répondais que j’étais en « pourparlers » avec ma conscience.  Mais en vérité, j’étais dans une lutte violente avec elle.  Et plus grave encore, j’étais dans une lutte violente avec Dieu.

Retour en octobre.  Comme mentionné plus tôt, nos conversations prenaient une tangente de plus en plus sensuelle, érotique et parfois explicitement sexuelle.  De plus, l’échange de photos ne faisait qu’enflammer notre imagination et nous pousser à désirer l’autre sexuellement.  Nos propos se voulaient toutefois anodins, en ce sens que lorsque nous nous imaginions dans un contexte d’intimité sexuelle, c’était un jeu mental, sans nécessairement l’intention de passer aux actes.  Nous avions toujours des principes directeurs, tels que le besoin de protéger nos familles respectives.  Mais comme l’exprime si bien la chanson Slow Fade, que j’ai partagé il y a quelques années, « La distance qui sépare ton esprit de tes mains est plus courte que tu ne le crois; prends garde, si tu crois te tenir debout… car tu pourrais être en train de t’enfoncer ».

À la fin octobre, je demandai un transfert de deux jours aux bureaux de Québec car notre fils avait des rendez-vous médicaux dans cette ville.  Je n’étais donc qu’à environ 250 km de ma maîtresse, ce qui était relativement près.  Une rencontre aurait été possible… mais rien de tel n’arriva.  Toutefois, cette courte proximité se fit ressentir car ma maîtresse me fit parvenir une carte par courrier interne.  Une carte qu’elle avait imprégnée de son parfum, à laquelle elle avait jointe une tablette de chocolat fin.  Je profitai de mon heure de dîner pour l’appeler.  Tous mes sens étaient à ce moment dans un état d’euphorie… mon odorat, mon ouïe, tout mon être était saturé de sa présence et rêvait de s’unir à elle intimement.  Dans les jours suivant mon retour, j’ouvris fréquemment l’enveloppe parfumée pour humer le parfum de Thalia, les yeux fermés, le coeur rempli d’émotions.  Je n’avais plus aucun repère.  Toute ma vie était dirigée par cette obsession.

Puis un bon matin, au bureau, Thalia m’écrivit un courriel qui m’ébranla complètement.  Elle me demandait de la raisonner car elle disait ne plus être capable d’attendre mon retour à Montréal.  Elle me demanda des informations sur les trajets de train et autobus, sur les hôtels de la région.  Dès ce moment, je compris qu’elle venait elle-même d’outrepasser officiellement un de ses principes directeurs.  Elle désirait provoquer une rencontre le plus tôt possible et elle était prête à parcourir les 1000 km qui nous séparaient pour y arriver.  Et le choix de ses mots indiquait que ce ne serait pas seulement pour s’échanger des baisers.  Puis elle me réécrivit et exprima la confusion et le vertige qu’elle éprouvait, disant qu’elle craignait que dans l’éventualité d’une rencontre, nous ne voudrions plus revenir en arrière et voudrions même abandonner ceux qui nous étaient les plus chers.  Je lui exprimai les mêmes craintes, puis elle me réécrivit que nous devions nous calmer et mettre les freins, que nous étions en train de perdre la raison et que  nous ne pouvions pas être égoïstes au point de sacrifier nos enfants.  Elle ajouta que tout ce qu’elle désirait, c’est que nous puissions être ensemble et faire l’amour.

Alors que nous commencions à envisager une rencontre, j’appris que ma famille et moi allions devoir passer bientôt presque deux semaines à Québec pour une intervention chirurgicale que mon fils devait subir.  Soudain, le destin semblait nous sourire.  J’appris la nouvelle à Thalia et très rapidement, le plan fut mis en place.  Dès que j’aurais les dates, je l’avertirais.  Elle donnerait alors à son mari un prétexte pour aller travailler aux bureaux de Québec alors qu’en fait elle prendrait congé et louerait une chambre d’hôtel là-bas pour un ou deux jours.  De mon côté, je prendrais à l’avance un jour ou deux de vacances à l’insu de ma femme, partirais le matin pour aller travailler mais changerais ma trajectoire pour aller rejoindre Thalia à l’hôtel.  Une fois ce plan diabolique établi, il devint pour nous deux l’ultime fantasme, auquel nous faisions référence jour et nuit.  Nous rêvions de ce moment d’intimité.  Nous décrivions ce que nous ferions, le plaisir que nous allions procurer à l’autre.

Le 8 septembre, Thalia et moi avons mis le pied dans un piège.  Cette rencontre semblait être une parfaite histoire de romance.  La convoitise sexuelle était complètement absente du scénario.  Ce que je ressentais pour cette femme ne pouvait être selon moi que de l’amour.  Je me sentais tendre, affectueux, épris d’elle.  Les jours défilaient sans que je ne sois attaqué par la moindre pensée sexuelle.  Mais deux mois plus tard, j’étais dans une toute autre disposition d’esprit.  Je convoitais cette femme d’une façon obsessive.  Le désir sexuel était si puissant qu’il était pénible, douloureux à supporter.  Sans que je m’en rende compte, le diable venait de placer devant moi la possibilité de réaliser l’ultime fantasme que j’avais entretenu dans un sombre chapitre de mon passé; celui de me retrouver dans les bras d’une autre femme que la mienne.  Une femme qui était de plus séduisante, passionnée et pleine de désirs pour moi.  Mais le prix à payer était énorme, exorbitant.  Je savais que pour me rendre jusqu’à ce jour, j’allais devoir rejeter Dieu.  Car il frappait avec insistance à la porte de mon coeur.  Et face à mon entêtement, il utilisait ma femme pour triturer ma conscience jour après jour.  Elle ignorait ce qui se tramait dans son dos mais elle savait que le coeur de son mari n’était pas revenu à elle.  Alors elle discutait avec moi, me partageait des versets bibliques, me demandait de regarder des films inspirants avec elle… FireproofCourageous… et compagnie.  Plus ma femme tentait de me ramener à elle, plus je me crispais.  Plus elle espérait me voir revenir à Dieu, plus j’éprouvais de l’antipathie pour Lui.  Pendant des semaines, ce combat prenait l’allure d’un drame.  Ma femme était déconcertée car malgré ses prières, je semblais de plus en plus distant.  Elle ne pouvait s’empêcher de croire que je lui mentais toujours, mais je dissimulais soigneusement toutes les preuves.  Nos conflits se multipliaient et notre demeure était marquée par une atmosphère de guerre.  À tout moment, ma famille risquait de marcher sur une mine explosive.

Tandis que ma femme cherchait la façon de me retrouver, je m’enfonçais de plus en plus dans les flammes de l’enfer, enchaîné à cet esprit d’adultère qui me faisait miroiter sans cesse ce jour ultime où j’allais retrouver ma maîtresse à Québec et passer une journée de romance et de sexe.  Ce qui rendait cette tentation puissante est qu’elle n’était plus un simple fantasme, mais un rendez-vous fixé dans le monde réel, avec une femme réelle.  Elle m’écrivait récemment qu’elle avait commencé à prendre des contraceptifs… car nous n’avions évidemment pas l’intention de nous protéger.  Nous disions nous aimer et ne voulions aucun « obstacle » entre nous.

À cette étape, Dieu sonnait l’alarme en moi avec une insistance que je n’avais jamais expérimenté auparavant.  Jour après jour, il mettait en moi la conviction que j’étais en train de mettre en jeu mon salut.  J’étais sur le point d’échanger sa gloire éternelle pour un péché qui allait m’anéantir définitivement et qui allait également briser Thalia.  Cette décision de passer à l’acte allait nous lier d’une telle façon que nous allions divorcer émotionnellement de notre famille et vouloir passer à l’étape suivante, celle du divorce véritable.  Nous nous écrivions d’ailleurs que si nous étions destinés à vivre ensemble, c’est ce qui allait arriver.  Une partie de nous luttait férocement contre cette perspective.  Mais la passion que nous avions l’un pour l’autre restait insensible à cet instinct de survie familiale.

Ma femme ne pouvait que tenter de deviner ce qui arrivait en moi.  Mais Dieu le savait.  Il voyait la finalité de ma décision.  Alors il accomplit quelque chose de surnaturel en mon épouse.  Alors qu’elle avait tenté pendant des semaines de me raisonner, de me ramener à elle de toutes ses forces, souvent avec des cris et des larmes, elle atteignit finalement les limites d’elle-même.  À bout de ressources, tourmentée par le désespoir et les tentations de s’enlever la vie, elle rendit les armes et s’abandonna complètement à Dieu.  Elle expérimenta un brisement et une repentance que je n’avais jamais vu de toute notre histoire de vie commune.  Son attitude changea drastiquement vis-à-vis moi.  Elle renonça à son « droit » d’être en colère contre moi et adopta un coeur de serviteur, tout en maintenant une certaine distance émotionnelle car elle ressentait le besoin de se protéger, ne sachant plus qui était l’homme avec qui elle habitait.  Ou plus exactement en sachant que cet homme était celui qu’elle avait déjà connu il a dix ans, un homme secret, menteur, manipulateur, dépourvu de vertu, très éloigné de Dieu.

La nouvelle attitude de ma femme me déconcerta.  Jusque là, les conflits des dernières semaines avaient toujours dégénérés en crises où mon épouse pleurait, haussait le ton, et proférait des paroles blessantes sous l’influence de la colère et de l’amertume qui l’habitaient.  Mais cette situation, même si elle était pénible et souffrante, me convenait au plus haut point car elle me fournissait des arguments pour apaiser ma conscience et justifier mon infidélité.  Toutes ces crises me galvanisaient contre toute repentance et propulsaient mes désirs vers Thalia.  Je ne voulais plus de mon couple, de cette relation qui me heurtait jour après jour.  Ce que je voulais, c’était cette femme lointaine qui me semblait parfaite.  Je savais bien qu’elle avait ses défauts.  Mais ses qualités éclipsaient tout le reste.  L’imaginer suffisait à me remplir d’un profond sentiment de bien-être et à oublier tout le reste.

Ainsi donc, le changement d’attitude de ma femme me plaça dans une position encore plus précaire face à Dieu.  Je venais de perdre mes principaux arguments rationnels pour faire taire ma conscience.  Et cette dernière devint alors insupportable.  Ma femme me regardait dans les yeux avec amour, alors que je lui mentais et sacrifiais l’avenir spirituel de ma famille sur l’autel de la convoitise.  Je tenais Thalia au courant de la situation, lui disant que ma femme changeait et que je me sentais maintenant comme une crapule.  Elle me partageait qu’elle arrivait elle-même de moins en moins à regarder son mari dans les yeux.  Mais notre passion était plus forte que notre culpabilité.  Nous avions l’impression erronée de goûter pour la première fois à l’amour véritable, un amour unique, dévorant.  Honnêtement, depuis ma plus tendre enfance jusqu’à cette rencontre, toutes les chansons d’amour du monde m’avaient laissé plutôt indifférent.  Je les trouvais clichés, simplistes, sans profondeur.  Mais soudain, elles prenaient une signification qui me laissait pantois.  Thalia me partageait des chansons d’amour et à chaque fois, c’était une révélation.  Je me souviens de l’une des dernières chansons qu’elle me partagea, Addicted to You, de Avicii.  Je pouvais difficilement trouver des mots plus représentatifs de ce qui nous arrivait:

Je ne sais juste pas comment c’est arrivé
J’ai baissé ma garde…
J’avais juré ne plus tomber en amour à nouveau
Mais je suis tombé solidement

J’imagine que j’aurais dû voir les choses arriver
Mais j’ai été pris par surprise
Je ne regardais pas où je mettais les pieds
Et je suis tombé dans tes yeux

Tu es venue dans mon monde insensé comme une vague fraîche et purifiante
Et avant même de comprendre ce qui m’avait frappé, tu coulais déjà dans mes veines

Je suis accro de toi
Accroché  à ton amour
Comme une drogue puissante
Dont je n’ai jamais assez
Perdu dans tes yeux
Me noyant dans ce bleu…
Hors de contrôle
Que puis-je y faire?
Je suis accro de toi!

Minuit souffle par la fenêtre
Et danse à travers la chambre,
M’hypnotise…
Et je plane avec ce parfum

Je ne pourrais désormais plus vivre sans toi
Oh, je sais que j’en perdrais la raison
Je ne pourrais supporter une nuit sans toi, bébé
Je ne pourrais en supporter la douleur

Je suis accro de toi
Accroché  à ton amour
Comme une drogue puissante
Dont je n’ai jamais assez
Perdu dans tes yeux
Me noyant dans ce bleu…
Hors de contrôle
Que puis-je y faire?
Je suis accro de toi!

Pourquoi toutes ces chansons m’avaient-elles laissé indifférent jusque là?  Parce que je ne m’étais jamais livré totalement à mes émotions au point d’en perdre le contrôle.  Ces sentiments humains s’opposaient ouvertement à l’amour véritable, à l’amour divin, qui nous commandait de revenir à nos famille et à mettre fin à cette histoire démente.  Mais nous étions tous les deux hors de contrôle, comme le dit la chanson.  Accros l’un de l’autre.  Intoxiqués par une drogue plus puissante que le crack.

À titre de comparaison, l’amour que j’ai pour ma femme a débuté jadis de façon passionnée mais aussi saine, romantique, douce, comme une fleur qui éclot doucement.  Et cet amour était en accord avec la volonté de Dieu.  Au fil des années, il s’est enraciné profondément et en est devenu presque immuable, comme un chêne immense planté près d’une rivière.  À l’opposé, ce que j’expérimentais avec Thalia était dès le départ une vague, un tsunami émotionnel dévastateur.  Il ne cadrait pas avec nos propres valeurs.  Cette émotion fulgurante se moquait en fait de nous-mêmes et poursuivait sa course malgré nos objections.  Nous en étions le victimes plutôt que les bénéficiaires.  Et le nombre de victimes était sur le point de se multiplier.  De ce constat, peut-on associer de telles émotions à de l’amour?  Au yeux du monde, peut-être.  Mais en réalité, cet « amour » s’apparentait plutôt à de la haine.  Des émotions qui détruisent tout sur leur passage n’ont aucun dénominateur commun avec l’amour.

Bientôt, je fut placé devant un choix.  Ou bien j’écoutais ma conscience ou bien je la faisais taire à jamais.  Je n’arrivais plus à « discuter » avec elle.  Je n’arrivais plus à rationaliser quoi que ce soit.  La nouvelle attitude de ma femme me confrontait plus que jamais à ma rébellion.  Auparavant, j’étais à mes propres yeux l’homme qui fuyait sa relation de couple désastreuse et trouvait du réconfort auprès de sa maîtresse.  Maintenant, j’étais le salaud qui ignorait totalement les efforts de réconciliation de son épouse pour poursuivre dans le péché.

Le 7 novembre, ma femme trouva des indices sur mon ordinateur portable, confirmant les doutes qu’elle avait.  Elle m’attendit sur l’heure du diner et voulut en discuter.  Je lui mentis et lui offris une explication boiteuse qui ne la convainquit pas.  Mais puisqu’il s’agissait d’indices et non de preuves, la discussion s’acheva ainsi.

Jeudi le 13 novembre, elle trouva cette fois un ensemble de preuves tangibles et me confronta.  Ne pouvant plus nier, je déclarai à ma femme que j’avais effectivement menti et qu’en réalité, j’aimais Thalia plus qu’elle.  Cet aveu, en plus d’être extrêmement blessant pour ma femme, était cette fois dépourvu de la moindre repentance.  En fait, je commençais à éprouver de la haine pour ma femme et pour Dieu.  Malgré tout, ma femme conserva son calme.  Elle m’avait manifesté un amour inconditionnel et une humilité sans bornes dans les derniers jours et conservait la même attitude malgré ma méchanceté.  Elle me demanda si j’étais conscient d’être en train de mettre mon âme en jeu en persistant dans le péché, ce à quoi je répondis par l’affirmative, mais d’un air indifférent.  Ne sachant plus comment composer avec cet homme endurci auquel elle faisait face, elle me demanda si j’étais capable de continuer de l’aimer malgré cette liaison avec Thalia.  Elle tentait de sauver sa famille mais ne savait plus de quelle façon aborder le problème.  Elle était momentanément prête à me laisser vivre une vie polygame pour éviter l’éclatement final de notre cellule familiale.  Cette disposition à me laisser libre de pécher m’enthousiasma dans une certaine mesure mais nous savions tous les deux que cette solution n’était pas viable.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, ma femme ne ferma pas l’oeil un seul instant.  Elle sollicita l’aide et les prières de ses amis chrétiens.  Et le matin, elle m’annonça qu’elle avait finalement laissé à Thalia un message d’avertissement sur Facebook, laissant planer la possibilité prochaine de tout révéler à son mari.  Mon rêve ridicule de pouvoir vivre une vie polygame, ne serait-ce que pendant un certain temps, vola en éclat.  Et cette fois, j’étais absolument furieux.  Je voyais ma femme comme l’obstacle à mon bonheur, le grain de sable dans l’engrenage de mon univers fantasmagorique.  De quoi se mêlait-elle?  Pourquoi violait-elle constamment mon univers privé?  Dans cet instant de colère, je changeai le mot de passe de tous mes comptes, désactivai mon blog temporairement et me dirigeai vers le sous-sol pour passer mon « temps de dévotion » à ma maîtresse.  Dieu poussa alors mon épouse à s’agenouiller dans le couloir et à prier.  Elle ressentit alors la crainte de Dieu comme rarement auparavant, et dans un même souffle, elle eut la conviction qu’elle devait intercéder pour moi du fait que j’avais perdu la crainte de Lui.  Puis elle alla dans sa chambre et ouvrit les psaumes, comme elle le faisait régulièrement depuis qu’elle avait appris mon infidélité.  Et ce matin-là, elle était rendue à ce passage:

Car ce n’est point par leur épée qu’ils se sont emparés du pays, ce n’est point leur bras qui les a sauvés; mais c’est ta droite, c’est ton bras, c’est la lumière de ta face, parce que tu les aimais.  O Dieu! tu es mon roi: Ordonne la délivrance de Jacob!  Avec toi nous renversons nos ennemis, avec ton nom nous écrasons nos adversaires.  Car ce n’est pas en mon arc que je me confie, ce n’est pas mon épée qui me sauvera;  mais c’est toi qui nous délivres de nos ennemis, et qui confonds ceux qui nous haïssent.  Nous nous glorifions en Dieu chaque jour, et nous célébrerons à jamais ton nom. (Psaumes 44.3-8)

Suite à cette lecture, ma femme resta au lit, sachant très bien que je discutais au sous-sol avec sa rivale.  Elle mourrait d’envie d’aller me rejoindre mais elle avait la conviction que Dieu lui demandait de rester là, ce qui la condamnait à agoniser, seule et en silence.  De mon côté, je racontais à Thalia ce qui s’était passé dans les dernières heures et comment notre relation était à nouveau compromise.

L’avant-midi, alors que j’étais au travail, ma femme m’écrivit un courriel où elle me partageait des passages bibliques.  Simultanément, Thalia m’envoya un courriel où elle me faisait part de sa réponse aux avertissements qu’elle avait reçu de ma femme pendant la nuit sur Facebook.  Je répondis froidement aux partages bibliques de ma femme et lui transmis simplement la réponse de Thalia, qui disait en gros qu’elle allait porter plainte à la police pour harcèlement si ma femme poursuivait ses menaces.  Ma femme, en prenant connaissance de cette réponse, se mit en colère et m’écrivit que c’était maintenant assez.  Elle allait écrire au mari de Thalia.  Tandis qu’elle débutait la rédaction de son message à ce dernier, elle eut à nouveau la conviction que Dieu la sommait de se calmer et de ne rien faire de tel.  Mon épouse m’écrivit alors à nouveau pour me dire qu’elle s’était ravisée.  Presque simultanément, je lui transmettais un autre message que je venais de recevoir de Thalia, où cette dernière disait que si ma femme révélait la vérité au mari de ma maîtresse, cette dernière allait aussitôt devenir célibataire et nous allions, elle et moi, terminer ensemble.  Ma femme fut dévastée par cette réponse.  Elle avait l’impression que nous nous étions ligués contre elle.  Elle me répondit qu’elle m’aimait même si j’étais méchant avec elle.  De son côté, elle appela son amie Tiffany pour lui confier son extrême souffrance.  De mon côté, je demandais à mon employeur un congé pour l’après-midi car la pression était devenue insupportable.  J’étais à la croisée des chemins et je ne pouvais plus me concentrer sur mon travail.

Après le dîner, je suis resté à la maison.  Nous avons discuté longuement.  J’ai tenté de convaincre ma femme d’accepter ma relation avec Thalia.  Mais naturellement, elle ne pouvait se résoudre à une telle ineptie et me répéta à plusieurs reprises que si je ne renonçais pas à cette relation, elle allait tout dire au mari de Thalia.  Pourquoi ne l’avait-elle pas encore fait?  D’une part parce que cette stratégie impliquait probablement de faire voler en éclats la famille de cette femme.  De plus, si Thalia était rejetée par son mari, il était alors plus tentant pour moi de tout balancer et d’aller la rejoindre.  Il s’agissait donc d’une arme à double tranchant.  Finalement, voyant que mon épouse ne démordait pas, je lui dis qu’elle avait gagné.  Puis je suis allé m’enfermer dans la salle de bain avec ma tablette pour dire à ma maîtresse qu’il était inutile de s’entêter et qu’il valait mieux tout arrêter avant que sa famille ne soit détruite.  Après s’être échangés nos adieux, je revins vers ma femme et lui dit que malgré ce que je venais de faire, mon coeur allait toujours appartenir à Thalia.  Je suis parti m’étendre dans mon lit avec les larmes aux yeux et ma femme m’a rejoint pour me consoler et prier sur moi.  Je l’ai alors repoussé et me suis endormi.  À mon réveil, mon attitude envers mon épouse exprimait de la haine et il s’en suivit une autre crise monstre.  Ma femme était dans une colère immense, tandis que je manifestais une complète indifférence envers ce qu’elle vivait.  J’étais plus froid que le marbre, plus dur que le diamant.  Plus rien ne semblait pouvoir m’atteindre.

Après s’être calmée à l’écart et avoir prié chez un ami chrétien, ma femme est revenue plus sereine.  Devant mon attitude toujours aussi fermée, elle est partie écrire son journal intime et m’a laissé seul avec ma colère.  Plus tard, elle entreprit de me parler plus calmement.  Je lui suggérai que nous achetions du vin et elle accepta.  Ma femme et moi avons repris la discussion, cette fois dans le calme.  Le vin nous aidait à nous détendre et à aborder le problème avec un peu plus de recul.  Je démontrais plus d’ouverture d’esprit.  Nous avons donc expérimenté un certain rapprochement.  Puis nous sommes allés au lit.

Dans la nuit, je jetai un oeil à mes messages.  Thalia avait rompu le silence, malgré nos adieux, pour me dire qu’elle venait de terminer à elle seule une bouteille de mousseux et que ça aidait à mieux supporter la souffrance.  J’étais aussi sous l’effet du vin et sourit en voyant qu’elle n’avait pas renoncé à moi malgré tous les risques que ça impliquait pour elle.  Cette brève séparation ne semblait être finalement qu’un processus protocolaire car ni moi ni elle n’avions l’intention de couper totalement les ponts.  Nous étions accros et n’avions plus d’égards aux conséquences et aux personnes qui pourraient en être blessées.  Cette fin de semaine du 15 au 16 novembre fut donc l’apogée de ma révolte.  Je continuai d’écrire à ma maîtresse dès que j’en avais l’occasion.  Et je commençai à rejeter consciemment et définitivement Dieu.  Je me rappelais de l’époque où, étant catholique, je vivais dans une vie de totale corruption tout en étant extérieurement religieux.  Et je me surpris à me demander de quelle façon je m’y prenais, car je voulais répéter cet exploit.  Je voulais revêtir une apparence de parfaite moralité tout en vivant dans l’adultère.  Cette fin de semaine, je pris la décision de divorcer mon coeur de ma conscience.  Pour m’aider, je me suis mis à écouter sur Youtube des discours et débats de Sam Harris, Christopher Hitchens et Richard Dawkins, de célèbres et virulents athées.  J’étais maintenant prêt à sacrifier mon âme.  J’étais prêt à sacrifier ma femme.  J’étais prêt à sacrifier mes enfants.  J’étais prêt à tout.  Quand ma femme avait appris en septembre que j’avais eu une aventure avec Thalia, elle lui avait écrit et l’avait implorée de couper les ponts si elle m’aimait vraiment, de peur qu’elle ne réveille en moi ma nature sombre.  Et dans le nouveau message d’avertissement qu’elle lui avait envoyée dans la nuit de jeudi à vendredi, elle avait réitéré cette supplique, précisant que cette nature avait déjà commencé à se manifester.  Mais Thalia ne croyait pas en cette notion du côté sombre car elle ne connaissait de moi que l’homme romantique, attentionné, aimant, dévoué.  Et moi, je tournais en dérision les inquiétudes de ma femme.  Je plaisantais même avec ma maîtresse, lui disant que ce côté sombre que ma femme craignait était en fait mon propre petit côté arabe.  Mais dans les faits, j’étais véritablement en train de devenir un autre homme.  Je me perdais.  J’étais au bord du gouffre.  Si bien que dimanche, alors que ma femme désirait prier pour que Dieu m’aide à briser définitivement tous les liens affectifs qui pouvaient subsister avec Thalia, elle eu la vive impression que Dieu lui demandait plutôt de prier pour le salut de mon âme.  Car c’était maintenant le véritable enjeu.  Depuis vendredi soir, ma femme avait également la conviction qu’elle devait se lever en même temps que moi à chaque matin, peu importe l’heure où je me levais et peu importe le manque de sommeil qu’elle avait accumulé, car ces matins étaient des moments cruciaux.  Il la poussa à maintes reprises à s’agenouiller et à prier pour moi, à me partager sa Parole.

Je ne pouvais plus supporter ces assauts du Ciel.  J’éprouvais une haine démoniaque pour tout ce qui était en lien avec Dieu.  Mais j’osais rarement m’objecter, même si ma femme était devenue absolument accaparante, qu’elle ma talonnait partout dans la maison, qu’elle me criblait de versets selon ce que Dieu lui inspirait de faire.  De plus, je n’arrivais presque jamais à avoir du temps de solitude pour discuter avec Thalia.  Ma femme avait modifié drastiquement son horaire quotidien et en avait évacué pratiquement tous ses loisirs, tels que ses séries télé du soir, lesquelles constituaient habituellement pour moi des moments privilégiés pour discuter avec Thalia.  De plus, mes enfants survenaient toujours à l’improviste, juste au « mauvais » moment, de façon providentielle.  Malgré tout mon aveuglement et ma révolte, je reconnaissais pleinement que Dieu agissait à la façon d’un joueur d’échecs, qu’il plaçait ses pièces tour après tour, de façon mathématiquement irréprochable, de façon à me mettre échec et mat.  Je savais que je luttais contre Dieu lui-même.  Je savais que ma femme n’était plus que son instrument et qu’elle accomplissait sa volonté.  Le samedi soir, elle passa même un très long moment pour me demander systématiquement pardon pour tous les péchés qu’elle avait commis contre moi au cours de notre vie de couple.  Et elle ne le faisait pas simplement par devoir.  Ses yeux étaient tendres et reflétaient un coeur brisé et contrit.  Des larmes coulaient de mes yeux en voyant son amour inconditionnel.  Et une partie de moi considérait la situation de façon détachée et lucide et réalisait que j’étais vraiment devenu fou en espérant gagner contre Dieu.  Et ce qui démontre que cet « amour » pour Thalia n’était en fait qu’une expression de ma dépendance sexuelle, c’est que lorsque je considérais de remettre les armes, je ne pouvais m’empêcher de penser à ce rendez-vous que Thalia et moi avions prévu à Québec.  Et je ne pouvais renoncer à cette expérience.  L’ultime fantasme que j’avais entretenu  il y a longtemps était sur le point de se réaliser.  Alors je préférais courir vers ma perte plutôt que de renoncer à la rencontrer à nouveau et à avoir des rapports sexuels avec elle.

Il ne restait en moi qu’une minuscule flamme.  Mon esprit agonisait en moi pendant cette fin de semaine.  Mes temps de prière se résumaient à un silence total devant Dieu.  Dimanche matin, tandis que je sortais de mon supposé temps de prière, qui n’avait été en fait qu’un temps de discussion avec Thalia, suivi d’un bref moment de chants, ma femme remarqua que j’avais les yeux brillants, qu’elle semblait y voir la présence de Dieu.  Je confirmai ses impressions en lui disant que j’avais passé un moment merveilleux avec Dieu.  Mais l’instant d’après, je lui avouai qu’il n’en était rien, que c’était le vide total.  Et ce l’était.  Vraiment.  La Bible nous donne un passage très révélateur à ce sujet:

…la désobéissance est aussi coupable que la divination, et la résistance ne l’est pas moins que l’idolâtrie et les théraphim. (1 Samuel 15.23)

Non seulement ma désobéissance systématique était-elle aussi coupable que la divination, mais elle entraînait également des effets similaires.  Je n’étais plus moi-même.  Je semblais me transformer en démon.

Dans la nuit de dimanche dernier, ma femme fut réveillée au milieu de la nuit et sentit une impulsion très insistante pour qu’elle se mette à genoux et se mette en prière.  Elle résista un peu, compte tenu de son sérieux déficit de sommeil, puis s’exécuta finalement à contre-coeur.  Après un bref moment, son attention fut dirigée vers les mots de passe de mes courriels et de Facebook que j’avais récemment changé.  Ma femme avait remarqué que je me référais à un papier enfoui dans mon porte-feuille à chaque fois que j’avais à entrer mes nouveaux mots de passe car je ne les avais pas mémorisés.  Elle eut alors la conviction que Dieu lui demandait d’aller dans mon porte-feuille, de prendre les mots de passe et de les copier.  Ma femme obéit puis, se rendant à son ordinateur, découvrit mon compte Facebook secret.  Le mot de passe de ce dernier n’étant pas inscrit sur le bout de papier, elle fit une demande de réinitialisation et arriva ainsi à accéder à mon compte Facebook et à lire plusieurs bribes des conversations que j’avais eu avec Thalia dans les dernières semaines.

Je me réveillai vers 3h30 du matin et réalisai que j’étais seul dans le lit.  Je ne m’en formalisai pas et me dis que ma femme devait être en train de prier ou d’écrire à l’ordinateur.  Alors je pris mon Ipad et tentai d’accéder à mon compte Facebook.  Mon mot de passe ne fonctionnait plus.  Je pensai aussitôt au papier que j’avais laissé dans mon porte-feuille.  Je me levai, fouillai dans mes poches, et remarquai que mon porte-feuille n’était pas dans la poche habituelle, ce qui confirmait mes soupçons.  Je rejoignis ma femme à son bureau, lui demandai d’un air innocent ce qu’elle faisait, ne sachant pas avec certitude si elle avait percé mon secret.  D’un air tout aussi innocent, elle me répondit qu’elle écrivait.  Toutes les fenêtres à l’écran était masquées.  Je lui souhaitai alors bonne nuit et retournai me coucher.  Je ne pouvais admettre qu’elle ait fait ça.  Alors je tentai à nouveau d’accéder à Facebook, pour remarquer cette fois un message qui m’informait que le mot de passe avait été modifié à 2h00.  Il n’y avait maintenant plus de doute.  Je retournai voir ma femme et lui demandai d’admettre qu’elle avait fouillé dans mes poches.  Elle me le confirma et m’expliqua alors qu’elle avait fait une sauvegarde des 3400 messages que Thalia et moi avions échangés au cours du dernier mois (sur Facebook seulement!!!).  Dans un même élan, elle m’informa que je n’allais plus l’accompagner à Québec ou Montréal.   J’étais vraiment bouillant de ressentiment envers elle.  Elle s’attaquait maintenant à mes plans les plus précieux.  Je descendis au sous-sol et racontai l’impasse à Thalia.  Elle se connecta dans les cinq heures du matin et lut mes messages.  Nous avons d’abord eu le réflexe de nous préparer à nouveau aux adieux.  Puis ma maîtresse nous a invité à respirer; au fond, nous n’avions pour l’instant qu’à laisser tomber Facebook et à nous en tenir aux courriels au bureau.  Son plan de match me semblait sensé.  Nous avons donc clos la conversation et j’ai chanté quelques chants à la guitare.  Ma femme se sentit alors inspirée de venir me rejoindre et de chanter avec moi.  Puis elle remonta pour me faire un café.  Je feignais de prendre les choses avec philosophie, mais j’étais absolument révolté.  Avant de remonter en haut, je pris même mon Ipad et visionnai du porno.

Je suis remonté ensuite, me suis assis à côté de ma femme, chacun sur notre chaise berçante.  Ma femme attendait de voir ce que j’allais dire.  Elle me dit qu’elle n’allait rien révéler au mari de Thalia.  Elle me réitéra qu’elle m’aimait malgré tout et qu’elle allait continuer de m’aimer, même si je partais et vivais pendant 10 ans avec une autre femme.  J’étais à la croisée des chemins.  Ce lundi matin, 17 novembre, était le matin où j’allais choisir entre Mélanie et Thalia, entre une vie de famille et une vie de couple avec ma maîtresse (quoique cette alternative n’était même pas assurée), entre les voies de Dieu et les voies du monde, entre la lumière et les ténèbres, entre l’amour et l’égoïsme, entre la vie et la mort.  J’étais au bord du gouffre.  Je n’avais plus qu’à faire un pas et me laisser tomber dans le vide.

Je crois qu’en ce moment précis, un combat sans précédent faisait rage dans les cieux.  Et je crois que la somme des prières de tous ceux et celles qui étaient avec nous dans ce combat allait jouer maintenant un rôle crucial dans l’issue de ce dernier.  Le diable avait joué ses meilleures cartes.  En quelques semaines, il avait disposé devant moi plus d’atouts que dans les 4o dernières années.  Il venait de miser le tout pour le tout.  Et son plan était clair: me neutraliser et me faire taire à jamais afin que je cesse d’enseigner la Parole de Dieu.  Je ne veux pas paraître mégalomane et orgueilleux en parlant de la sorte.  De toute façon, je ne retire aucune fierté personnelle à rédiger ce blog.  Je suis simplement conscient que notre vie s’inscrit dans la trame d’un combat titanesque entre la lumière et les ténèbres, que nos victoires et nos défaites dépassent de loin le cadre de ce que nous pouvons percevoir.  Nos choix ont un impact éternel, pour nous et pour des dizaines, des centaines, des milliers, et potentiellement des millions de vies humaines.  Car une seule personne qui prend la décision de s’en remettre totalement à Dieu et de lui obéir en toutes choses peut révolutionner un pays entier.  Un chrétien radical est une menace terrifiante pour l’empire de Satan.  Et je crois qu’en ces jours critiques qui viennent de passer, je n’avais plus affaire à de simples démons, à des esprits impurs.  J’étais aux prises avec des principautés et dominations.  Et j’étais simplement incapable de survivre à leurs attaques répétées.  J’étais presque mort, ne tenant plus que par la grâce de Dieu.

J’ai regardé ma femme.  Cette fidèle partenaire des 18 dernières années.  J’ai croisé ses yeux qui me regardaient simplement avec l’amour de Jésus.  Des yeux qui auraient dû être remplis à raz-bord d’amertume et de colère, compte tenu de tout ce que je lui avais fait subir depuis septembre… compte tenu de tout ce qu’elle venait de lire sur mon profil Facebook.  Beaucoup de ses proches lui avaient d’ailleurs conseillé de divorcer.  Et le conseil n’était pas mauvais en soi car j’avais fourni à mon épouse amplement de motifs pour me mettre à la porte.  Et si elle avait fait ce choix, Dieu aurait compris.  Tout le monde aurait compris.  J’aurais compris.  Mais elle avait eu une promesse de Dieu.  Le Seigneur lui avait donné la conviction, dès le jour 1 de ce drame, qu’il était en contrôle de la situation.  Elle s’est donc raccrochée à cette espoir de restauration.  Et dans les moments de découragement, Dieu lui a rappelé qu’il avait ma vie entre ses mains.  Elle était donc là, devant cet homme menteur, adultère et insensible, et continuait de lui témoigner cet amour inconditionnel venant d’une âme consacrée à Dieu.  Cette âme me semblait soudainement si belle.  Et je me sentais si vil.  Je pris la parole et lui offrit un échange.  Elle supprimait de son ordinateur toutes les conversations entre Thalia et moi dont elle avait fait une sauvegarde.  Et moi je supprimais à mon tour tout ce qui était en lien avec Thalia, mon compte Facebook, mon adresse courriel… tout… et je faisais mes adieux définitifs à ma maîtresse.  Ma femme accepta et vit mon visage changer.  Je commençai à pleurer.  Puis je me plaçai à genoux devant elle et lui demandai pardon à travers mes larmes.  Nous nous sommes enlacés longuement.  Je goûtais enfin à la paix qui m’avait quitté depuis un temps interminable.  Puis je suis descendu au sous-sol afin de demander pardon à Dieu.  Je  lui parlai peu mais me couchai face contre terre, inondant le plancher des mes larmes silencieuses.  Lorsque je remontai en haut, mes deux adolescentes s’étaient levées.  Je les enlaçai tour à tour et leur demandai pardon pour le mal que j’avais fait à notre famille depuis toutes ces années.  Ma femme reconnut là que ma repentance n’était pas une mise en scène.  Je supprimai tout de mon ordinateur.  Je désintégrai à coups de marteau une clé USB sur laquelle j’entreposais toutes les photos et conversations entre moi et Thalia.  Je fis passer sa lettre parfumée dans la déchiqueteuse et jetai les lambeaux à la poubelle, pour ensuite mettre les poubelles au chemin.  Je brisais à nouveau mes chaînes.

Une fois au bureau, j’ai demandé à Thalia de ne pas m’écrire car je devais lui rédiger un message important pendant l’avant-midi.  Je voulais m’assurer qu’elle ne soit pas blessée en m’écrivant des mots d’amour auxquels j’aurais répondu par une lettre d’adieux.  Et je voulais du même coup me protéger de la tentation de revenir sur ma décision qui, quoique sérieuse, demeurait fragile.  Elle respecta ma demande et je lui envoyai un courriel en fin d’avant-midi, où je lui fis part de mon choix de rompre définitivement.  J’étais conscient de la douleur que ce courriel allait lui causer.  Elle avait acceptée de m’ouvrir à nouveau son coeur le 17 octobre, malgré la peur de souffrir.  Elle m’avait déjà écrit: « Fool me once, shame on you.  Fool me twice, shame on me » (Si tu me trompes une fois, honte à toi.  Si tu me trompes deux fois, honte à moi).  Or, je la trompais maintenant une troisième fois.  Je brisais mes promesses à nouveau.  Mais peu importe le choix que j’allais faire en ce lundi matin, un coeur allait être brisé.  Et j’ai décidé que ce coeur n’allait pas être celui de celle qui m’avait donné sa vie il y a presque deux décennies.  J’ai écrit à maintes reprises à Thalia dans le passé en lui disant que je lui avais donné mon coeur.  Elle-même m’avait dit ces mots en ce matin-même, ajoutant qu’elle voulait aussi me donner son corps.  Mais nous ne pouvions donner à l’autre ce que nous ne possédions même pas.  Car notre coeur et notre corps appartenait déjà à la personne que nous avions marié.  Et ultimement, ils appartenaient à Dieu.

J’ai mis ma maîtresse à l’aise de répondre à mon courriel si elle le désirait.  Je l’informai que je ne comptais pas bloquer son adresse ou même son compte Facebook (je pris cette décision en sachant que ces mesures étaient de toute façon inefficaces).  Je précisai cependant que j’allais transmettre à ma femme une copie de tout  ce qu’elle allait m’écrire, tout comme je transmettais ce courriel d’adieux en copie conforme à ma femme.   Thalia ne répondit que le lendemain midi.  Elle me fit ses adieux brièvement, me souhaitant d’être heureux et de ne jamais oublier ma valeur.  Je devinais la douleur derrière chaque mot.  Et je lui répondis que ces jours étaient très difficiles pour nous deux mais qu’ils étaient inévitables, ajoutant que ce qui arrivait était juste et bien pour nous tous.  Ce sont là les derniers mots que nous nous sommes échangés.  C’était hier midi.  Le 18 novembre.  71 jours après avoir échangé nos premiers mots à la Tour de la Bourse.

Si vous avez réussi à passer à travers ce récit au complet, laissez-moi d’abord vous exprimer mon admiration car à notre ère informatique, la mode est aux textes brefs et concis.  Or, vous êtes en train de lire en ce moment un texte de plus de 10 000 mots.   Je me doute cependant que parmi ceux qui auront eu la patience de tout lire, plusieurs en ressentent en ce moment une certaine perplexité et se demandent comment un homme de Dieu – si j’en suis un – peut en arriver à une condition spirituelle aussi grave.  Comment peut-on concilier le titre de chrétien avec la sommes des erreurs et horreurs monumentales que j’ai commis pendant ces 71 jours de folie?

Je me suis posé la question.  Et avant que je ne doute de mon salut, le Seigneur m’a gracieusement rappelé l’infidélité du roi David.  Une histoire qui a commencé comme la mienne, par un simple regard:

Un soir, David se leva de sa couche; et, comme il se promenait sur le toit de la maison royale, il aperçut de là une femme qui se baignait, et qui était très belle de figure. David fit demander qui était cette femme, et on lui dit: N’est-ce pas Bath Schéba, fille d’Éliam, femme d’Urie, le Héthien? Et David envoya des gens pour la chercher. Elle vint vers lui, et il coucha avec elle. Après s’être purifiée de sa souillure, elle retourna dans sa maison. (2 Samuel 11.2-4)

Un simple regard a déclenché une réaction en chaîne.  Car non seulement Bethsabée (ou Bath Schéba) était-elle déjà mariée, mais en plus, elle était la femme d’Urie, un des hommes les plus influents de David, un de ses meilleurs guerriers.  Cet événement aurait pu n’être qu’un moment de faiblesse dans la vie exemplaire d’un homme de Dieu.  Mais il constitua plutôt pour lui un piège terrible. Bethsabée devint enceinte.  David tenta de camoufler l’affaire en rappelant Urie de la guerre et en l’incitant à coucher avec sa femme.  Mais Urie était d’une telle loyauté qu’il se coucha plutôt à la porte de la maison royale, expliquant ensuite à David qu’il ne pouvait se résoudre à s’adonner aux plaisirs de la vie tandis que ses compagnons d’armes dormaient dans des tentes et donnaient leur vie pour le royaume.  David tenta de l’enivrer afin qu’il aille vers Bethsabée mais il n’alla pas vers sa femme malgré tout.  Voyant que ses stratégies ne fonctionnaient pas, David prit l’ignoble décision d’envoyer Urie au front  de  façon à ce qu’il périsse par l’épée.  Sa machination fonctionna et Bethsabée se retrouva veuve et en deuil, suite à quoi David la prit sous son toit.

Nous sommes donc passés, en quelques semaines, d’un regard de convoitise à un meurtre.  Une leçon importante, cruciale, sur la nature destructrice du péché.  Mais aussi une leçon sur les  hommes que Dieu se choisit afin de glorifier son nom.  Car malgré le péché de David, Dieu accomplit ce que le prophète Nathan lui avait prophétisé dans 2 Samuel 7.  Et cette prophétie n’était pas la moindre.  Elle annonçait que de la descendance de David allait venir le Messie.  Son péché ne l’a donc pas disqualifié.  Et malgré ce meurtre, nous lisons toujours les Psaumes que David a écrit.  Pourquoi?  Parce que la vie en Dieu, la vie chrétienne, n’est pas fondée sur nos exploits spirituels ou notre vertu.  Elle est fondée sur la grâce.  Elle est fondée sur un Dieu saint qui, dans sa miséricorde incompréhensible, utilise de vils et inutiles serviteurs pour révéler la richesse de ses bontés.

Je ne crois donc pas que les 71 derniers jours me disqualifient en tant qu’enseignant de la Parole.  Je ne crois pas que les 71 derniers jours empêcherons Dieu d’accomplir la destinée qu’il a pour moi, pour mon mariage et ma famille.  Je crois toutefois que les 71 derniers jours me rappellerons à jamais que si Dieu accomplit quelque chose en moi, ce ne sera pas grâce à mes mérites ou à ma stature spirituelle.  Car j’ai manifesté un degré de corruption qui m’interdisent à jamais de juger qui que ce soit ou de m’élever au-dessus de qui que ce soit.  Je ne suis rien.  Je suis néant.  Et je ne suis vivant, en ce moment, que grâce à la patience infinie de Dieu.  Il aurait pu à tout moment me foudroyer, faire cesser mon coeur de battre, me jeter dans un étang de feu et de souffre et ça aurait été pure justice.  Et les anges auraient chanté les louanges du Seigneur pour cette justice.  Mais il en a été autrement.  J’ai échappé à la destruction.  Grâce à Dieu.  Mais aussi grâce à tous ceux qui ont prié pour moi et m’ont exhorté.

Cet article devant se terminer un jour, je vais clore pour l’instant.  Mais je ne peux le faire sans rendre hommage à mon épouse.  Si ce n’était de son combat acharné, je sais que j’aurais péri.  Je le savais et elle le savait.  Mais elle a été au-delà de ses propres limites pour que je sois sauvé.  Bien des fois, elle a voulu me mettre à la porte pour m’envoyer réfléchir.  Mais à chaque fois, elle avait la conviction que si elle le faisait, j’allais me perdre à jamais.  Alors elle a tenu bon.  Elle a résisté jusqu’au sang.  Elle a prié, jeûné et pleuré toutes les larmes de son corps.  Et Dieu a tenu sa promesse.  Au dernier moment, il m’a sauvé in extremis du saut de la mort.  Je me sens en ce moment très petit et vulnérable.  Mes vêtements sentent encore le souffre.  Mon âme tremble à la perspective de ce que j’ai risqué.  Mais je me sais en sécurité.  Dieu m’affermira et me relèvera.  Puis il accomplira ses desseins à travers moi.  A travers un coeur brisé et contrit, conscient de son extrême faiblesse et de son absolue dépendance vis-à-vis Dieu.

Cet article m’a pris une journée entière à rédiger.  Je voulais montrer la face cachée de la vie chrétienne, celle que nous montrons rarement aux autres lorsque nous franchissons les portes d’une église.  Je voulais que vous sachiez que si vous traversez des moments particulièrement difficiles, vous n’êtes pas seul.  Et si vous marchez en ce moment dans la rébellion, vous n’êtes pas le premier chrétien à prendre cette voie.  Mais vous ne devez pas attendre pour vous en remettre au Maître.  Quelle que soit votre condition actuelle, vous devez reconnaître sa souveraineté et tout lui abandonner.  Toute autre option n’est pas une option pour nous, qui avons été rachetés par le sang de  Jésus.  Toute autre option ne peut mener qu’au désastre et à une ruine éternelle.   Et rien ni personne en ce monde n’a assez de valeur pour justifier le rejet de Dieu.  Il est tout.

Je vous laisse sur le psaume que David écrivit après s’être repenti de son adultère et du meurtre d’Urie.  Je n’ai jamais aussi bien compris un psaume de toute ma vie.  Puisse-t-il résonner éternellement dans mon coeur afin de me garder à l’avenir de retourner au même péché.

O Dieu! aie pitié de moi dans ta bonté; Selon ta grande miséricorde, efface mes transgressions; Lave-moi complètement de mon iniquité, et purifie-moi de mon péché. Car je reconnais mes transgressions, et mon péché est constamment devant moi. J’ai péché contre toi seul, et j’ai fait ce qui est mal à tes yeux, en sorte que tu seras juste dans ta sentence, sans reproche dans ton jugement. Voici, je suis né dans l’iniquité, et ma mère m’a conçu dans le péché.  Mais tu veux que la vérité soit au fond du coeur: Fais donc pénétrer la sagesse au dedans de moi!  Purifie-moi avec l’hysope, et je serai pur; Lave-moi, et je serai plus blanc que la neige.  Annonce-moi l’allégresse et la joie, et les os que tu as brisés se réjouiront.  Détourne ton regard de mes péchés, efface toutes mes iniquités.  O Dieu! crée en moi un coeur pur, renouvelle en moi un esprit bien disposé.  Ne me rejette pas loin de ta face, ne me retire pas ton esprit saint.  Rends-moi la joie de ton salut, et qu’un esprit de bonne volonté me soutienne! J’enseignerai tes voies à ceux qui les transgressent, et les pécheurs reviendront à toi.  O Dieu, Dieu de mon salut! délivre-moi du sang versé, et ma langue célébrera ta miséricorde.  Seigneur! ouvre mes lèvres, et ma bouche publiera ta louange.  Si tu eusses voulu des sacrifices, je t’en aurais offert; Mais tu ne prends point plaisir aux holocaustes.  Les sacrifices qui sont agréables à Dieu, c’est un esprit brisé: O Dieu! tu ne dédaignes pas un coeur brisé et contrit.  Répands par ta grâce tes bienfaits sur Sion, bâtis les murs de Jérusalem!  Alors tu agréeras des sacrifices de justice, des holocaustes et des victimes tout entières; alors on offrira des taureaux sur ton autel.  (Psaumes 51.1-19)

 

Avec du recul…
6 juillet 2016

Cet article relate une nouvelle phase de l’adultère où ma nature de péché a gagné énormément de pouvoir, jusqu’à transformer ma personnalité et m’amener à un niveau de défiance envers Dieu que je n’avais jamais expérimenté de ma vie.  Cet épisode montre à quel point il est dangereux d’abuser de la grâce de notre Sauveur.  S’il nous ramène à lui après une phase rétrograde mais que, par manque de vigilance, nous retombons dans le même péché, notre condition est généralement pire.    Ainsi, nous voyons que de septembre à novembre, chaque dérapage m’amenait dans des ténèbres toujours plus épaisses.

La nouvelle rupture avec Thalia relatée dans cet article-ci résultait encore une fois d’une repentance sincère.  Toutefois, mon âme avait été tellement affaiblie par l’adultère que je n’allais pas réussir à tenir debout très longtemps.  Très peu de temps après cette nouvelle rupture, Thalia et moi allions nous envoyer des messages codés via Facebook et le journal interne du bureau.  Rien n’était donc réglé.  Pendant des jours, j’allais osciller constamment entre le désir de tout arrêter et le désir de communiquer avec cette femme.  Pendant mes bons moments, je me ruais vers l’ordinateur pour écrire un article destiné à fortifier mes bonnes intentions.  Dans mes mauvais moments, je sentais le vieil homme en moi reprendre le contrôle de mes pensées et mes émotions.

Las du silence et désirant provoquer les choses, je rédigeai à la fin novembre un article manipulateur (que j’allais ensuite supprimer) où je m’en pris à moi-même, sachant que ma maîtresse lisait mon blog. Et l’article eut l’effet escompté. Elle m’écrivit le 1er décembre au bureau pour me rassurer, précisant que le deuil était difficile pour elle également. Les journées suivantes se déroulèrent avec une succession de courriels remplis de sous-entendus de moins en moins subtils.  Le 8 décembre, je songeais à m’ouvrir un nouveau compte Facebook secret.

Heureusement, mon épouse eut le soir-même une conviction inébranlable et inspirée de Dieu que je lui mentais. Je commençai par nier… mais la conviction que Dieu lui donnait était tellement forte qu’elle insista inflexiblement, me précisant que Dieu savait tout.  Réalisant qu’elle ne bluffait pas, je finis par avouer que je discutais de façon « innocente » au bureau avec Thalia. Mon épouse fut dévastée. Malgré tout, j’essayai de la persuader que je pouvais toujours garder un lien « sain » et « professionnel » avec cette femme. Mais évidemment, je me mentais à moi-même car je voulais plus que cela.

Toujours le même soir, mon épouse me demanda si je voulais bien regarder malgré tout un sermon comme nous avions prévu de le faire. Elle me laissa le choix du sermon.  J’ignore quelle mouche me piqua à ce moment mais j’arrêtai mon choix sur « Be a person of intergrity – honesty », de Francis Chan.  Le sermon eut l’effet d’un poignard qui me lacéra le coeur. Une fois qu’il fut terminé, je commençai par tenter de marchander avec Dieu, refusant obstinément de mettre un terme définitif à ma relation adultère. Mais voyant ma femme s’effondrer devant mon total aveuglement, j’en vins à reconnaître que la fin était inévitable. Après avoir consolé ma douce moitié, je m’assis à l’ordinateur et rédigeai l’article Épisode d’adultère: Le mot de la fin, que je publiai tard dans la nuit. Encore une fois, l’écriture m’aidait à vaincre l’énorme confusion qui me tourmentait depuis le 8 septembre. Et cette fois, je mis toute la gomme et rédigeai un article percutant, ne ménageant pas les sentiments de Thalia, à qui je n’avais encore rien dit de ma nouvelle décision.

Lundi 9 décembre, Thalia apprenait notre rupture par l’entremise de mon article, qu’elle découvrit aux petites heures du matin. Elle fut blessée et en colère et lorsque j’arrivai au bureau un peu avant 8 heures, je trouvai un courriel d’elle qui exprimait son indignation et où elle prétendait que nos conversations précédentes étaient tout à fait anodines. Je lui répondis d’une façon incisive qu’elle se mentait à elle-même et que de toute façon, je ne l’aimais pas et ne l’avais jamais aimé.  Elle n’allait répondre qu’indirectement via Facebook un peu plus tard, en disant à mon épouse des mots blessants à mon égard. Puis ce fut le silence radio total. Un silence qui allait durer des mois. Cette fois semblait la bonne. Et c’est ici que devait se terminer la série Chute et Rédemption.

Les prochains articles, même s’ils ne sont pas inclus dans cette série, y sont néanmoins reliés puisqu’ils revisitent le thème de l’adultère sous plusieurs angles.  Je savais que je devais me livrer à une profonde introspection pour ne pas retourner en arrière.  Même si ma décision du 9 décembre semblait sérieuse, je n’étais plus dupe.  Je réalisais que je pouvais dériver en très peu de temps vers de dangereuses rationalisations.  Je devais donc renouveler mon intelligence par la Parole de Dieu et en arriver à un rejet radical et catégorique de ce péché dévastateur.  C’était une question de survie.  Les prochains articles renferment donc de nombreuses et précieuses prises de conscience.

Mais malheureusement, comprendre quelque chose n’est parfois pas suffisant.  Malgré mes intentions de plus en plus fermes au fil des semaines, une autre phase d’adultère m’attendait dans le futur, encore plus grave cette fois.  Comme mentionné au tout début de cette série, cette prochaine phase a été initialement couverte par la série Cinq mois de ténèbres mais a été révisée et jointe à la présente série.  Vous pouvez donc connaître la suite des événements en cliquant sur le lien suivant: « Chute et rédemption (Deuil, chaos, rechute et dérapage)« 

Avec du recul, je comprends mieux pourquoi cet article-ci n’a pas marqué la fin définitive de mon aventure.  Nous pouvons toujours lire, tout au long du texte, les propos d’un homme qui peine à dissimuler son admiration pour sa maîtresse et qui semble décrire sa propre femme comme un choix de second ordre.  Dans les faits, ma femme est pourtant une femme exceptionnelle, elle est MA femme idéale à moi.  Infiniment plus que Thalia.  Mais j’avais encore de la difficulté à le réaliser.  D’autant plus que mon attitude exécrable envers mon épouse la poussait constamment au bout de ses propres limites et l’entraînait dans des gouffres émotionnels insupportables.  L’infidélité n’était que l’ultime manifestation d’un problème de longue date, qui était celui de la dépendance sexuelle avec laquelle ma femme avait dû composer pendant toute notre vie de couple.  Il s’agissait donc pour elle d’un domaine sensible, émotif, associé à de nombreuses blessures.  Ma relation avec Thalia venait d’ouvrir à nouveau ces blessures en plus d’en créer d’encore plus profondes.  Et pourtant, je m’offusquais de son émotivité.  Je la trouvais hyper-réactive.  Cette brutale insensibilité venait du fait que ma relation avec Thalia était simultanément une relation avec l’esprit de ce siècle.  Je n’arrivais plus à voir et comprendre la détresse de ma femme car ma seule préoccupation était d’être compris et accepté par elle.  Ma repentance était donc sincère.  Mais l’obsession de moi-même et les divers mécanismes de la dépendance n’étaient définitivement pas enrayés.  Un travail en profondeur était nécessaire en moi.  Et je n’étais pas encore rendu à cette étape.  Je devais visiblement atteindre le fond du baril avant qu’un changement profond et durable puisse survenir.

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