Mon plus beau cadeau de Noël

WeihnachtsgeschenkDans moins de 24 heures, ce sera Noël.  Il se sera alors écoulé trois mois depuis que mon épouse a apprise que j’entretenais une relation adultère avec une autre femme.  Et pourtant, je passerai Noël en famille.  Et ce sera un noël magnifique.  Car ce péché est maintenant derrière moi.  Et ma femme m’a pardonné.  J’ai pourtant mérité d’être jeté à la porte, comme bien d’autre fois d’ailleurs.  Mais ma femme a toujours choisi de me pardonner.  Encore et encore.  Depuis plus de 18 ans.

Depuis la fin septembre, bien des gens n’ont pas compris cet entêtement de ma femme à m’aimer et me pardonner malgré l’infidélité et le mensonge.  Elle en souffrait tellement que le conseil qui venait spontanément à la bouche de bien des gens se résumait à la séparation ou au divorce.  D’autant plus que je retournais encore et encore à ma maîtresse, malgré mes bonnes intentions et mes épisodes de repentance.  Leur conseil n’était donc pas tout à fait insensé.  Mais mon épouse marchait au rythme d’un autre tambour.  Elle se reposait sur une sagesse qui n’est pas de ce monde, une sagesse qui défie la logique humaine.  Elle a choisi de m’aimer inconditionnellement et de mener le combat de sa vie, en prière, pour que Dieu me retire des griffes de l’ennemi et me ramène à la maison.

La tentation de me quitter était pourtant très présente.  Et elle était récurrente.  Mais mon épouse avait la conviction que si elle me mettait à la porte, je me perdrais à jamais.  En se séparant, même pour un temps seulement, elle échapperait certes aux souffrances que je lui infligeais.  Mais elle me condamnait probablement à être englouti par le péché qui m’aveuglait.  Elle a donc choisi de se battre à mes côtés.  Même lorsque je ne me battais pas avec elle.  Et même lorsque je me battais contre elle.

Ce n’était pas la première fois qu’elle se battait pour moi.  Ce n’était pas la première fois qu’elle tenait sa position alors que la guerre faisait rage autour d’elle et en elle.  Mais mon épouse a toujours eu le mariage en haute estime, tout comme moi.  Lorsque nous nous sommes déclarés pour la première fois notre amour et avons décidé d’unir nos destinées, la première chose que nous avons établi ensemble était que nous croyions à l’amour éternel.  Et c’est avec cet état d’esprit que nous avons lancé notre bateau au large, ignorant toutefois à quel point un tel engagement pouvait représenter de difficultés et de souffrances.

Jésus a dit que ce que Dieu a unit, l’homme ne doit point le séparer.  Ce qui implique que le mariage est ultimement une oeuvre surnaturelle.  Le mariage survient en accord avec la souveraineté de Dieu.  Si bien que lorsque nous prenons la décision de nous marier, nous ne faisons que consentir à ce que Dieu a déjà déterminé.  Je n’ai pas choisi ma femme et elle ne m’a pas choisi.  Dieu nous a choisis, sachant que nous allions nous compléter et que nos forces et faiblesses allaient servir d’agents de sanctification au fil des années.

Je peux dire en toute honnêteté que si je n’avais pas rencontré mon épouse, si je n’avais pas rencontré CETTE épouse, ma vie aurait fait naufrage.  Jeune adulte, j’étais si profondément dysfonctionnel que j’aurais nécessairement dérivé vers de profondes ténèbres.  J’étais si apte à me mentir, à me justifier, à tout garder à l’intérieur de moi… si bien que j’aurais bien vite connu une ruine humaine et spirituelle magistrale.  Pourtant, je connaissais Jésus lorsque j’ai rencontré la femme de ma vie.  Il aurait pu théoriquement me soutenir directement et me mener à bon port.  Mais il a plutôt choisi d’utiliser l’institution du mariage pour m’amener à la sanctification.  Il a choisi mon épouse comme instrument de choix pour m’aider à guérir mes blessures, vaincre mes péchés et devenir l’homme que j’étais appelé à être.

Pour ma femme, ce n’était pas une petite tâche.  Et au début, elle ne savait pas quelle mission allait lui être confiée.  Elle croyait avoir trouvé un homme charmant, romantique, doux, attentionné.  Mais au fil du temps, elle a vu paraître un homme complexe, changeant, difficile à cerner, renfermé, fuyant l’intimité.  Puis après un temps, elle comprit ce qui arrivait: elle avait marié un homme dépendant.  Et cette dépendance était de nature sexuelle.  L’homme charmant était en fait un homme potentiellement dangereux pour lui-même et pour les autres.  Pas tant au niveau physique que psychologique et affectif.

Ma femme entrait dans la vie adulte avec de sérieuses carences affectives venant de sa jeunesse.  En la plaçant à mes côtés, Dieu lui demandait non seulement de m’aider à surmonter le péché, mais également à surmonter ses propres insécurités, ses propres blessures, son propre sentiment de rejet.  Dans sa parfaite providence, Dieu plaçait une femme avide d’intimité auprès d’un homme avare d’intimité.  Et cela ne relevait pas d’une quelconque cruauté de la part de Dieu.  Ce dernier s’assurait seulement que nos faiblesses permettent notre sanctification.  Ma femme devait apprendre à trouver l’assurance en Dieu plutôt qu’en moi.  Et moi je devais apprendre à sortir de mon château-fort émotionnel pour aller la rejoindre où elle se trouvait.  Cet apprentissage est un processus long et souvent pénible qui n’est pas encore terminé.  Loin de là.  Mais c’est là que se trouve toute la beauté d’un long mariage.  Un long mariage donne à Dieu le temps de perfectionner les saints, de les épurer, de les faire mourir à eux-mêmes pour que ce soit Jésus qui vive à travers eux.

Je peux dire que même si j’ai toujours vu le mariage comme un engagement à vie, je n’ai jamais eu le discernement de mon épouse pour bien le comprendre et pour bien diagnostiquer son état.  De nature solitaire, souvent enfermé dans mon univers intérieur, j’ai toujours été l’élément un peu beta de notre dynamique conjugale et familiale.  Ma femme, dotée de ses antennes hyper sophistiquées, a toujours vu les principaux éléments discordants.  Et à mon plus grand regret, je dois admettre que la majorité de ces éléments discordants venaient de moi, de ma dépendance, de mon immaturité.  Bien entendu, nous étions tous les deux pécheurs.  Mais j’étais particulièrement dysfonctionnel, particulièrement immature, particulièrement apte à prendre de mauvaises décisions.  Et en tant que leader de la famille, ces failles me rendaient responsables de beaucoup de souffrances au sein de notre famille.

Alors tandis que j’ai souvent erré, négligeant le leadership auquel j’étais appelé pour me consacrer à des futilités, ma femme a été contrainte de prendre la barre du bateau, de veiller à ce que les enfants soient bien encadrés, que les finances roulent rondement, que nos responsabilités familiales et sociales soient remplies.  Et par-dessus toutes ces choses, elle devait supporter mes humeurs instables, mes rechutes, mes mensonges, ma colère, mon apitoiement, mes tergiversations, mon manque de leadership, mon absence de soutien moral.  Au bout de quelques années à un tel régime, bien des femmes jettent la serviette.  Mais ma femme est d’une trempe unique.  Malgré sa grande vulnérabilité, elle est en même temps plus forte qu’un chêne.  Il semble que toutes les intempéries n’arrivent jamais à la déraciner.  Elle reste là, beau temps mauvais temps, fidèle à ses engagements, attendant patiemment que je devienne l’homme que Dieu m’appelle à être.

Ma femme a toujours vu en moi le potentiel d’un grand homme de Dieu, d’un homme honorable, qui marche dans la pureté, qui se tient debout auprès d’elle, qui lui prodigue l’affection dont elle a besoin pour s’épanouir.  Elle a donc une foi énorme car j’ai si souvent démontré l’exact opposé.  Mais Dieu lui a donné ce don de voir au-delà des apparences.  Il lui a donné un regard divin qui arrive à transpercer mes murailles et à voir le trésor qui est en moi.  Un diamant brut qui est enfermé dans de solides roches volcaniques.  Et sa vie de couple a été en grande partie consacrée à déloger ce trésor.  Un travail de longue haleine, un travail frustrant, salissant, qui occasionne parfois des blessures, qui mène parfois au découragement.  Mais elle n’a jamais abandonné.

Dans la Genèse, Dieu a déterminé qu’il n’était pas bon que l’homme vive seul.  Il lui a donc offert une femme pour l’aider.  Notre vie de couple est une parfaite incarnation de cette vérité.  Ma femme est d’une aide exceptionnelle.  Non seulement dans les aspects pratiques de la vie courante mais aussi et surtout spirituellement.  En fait, m’a femme ne m’a pas seulement aidé pendant toutes ces années.  Elle m’a sauvée.  Évidemment, je ne dis pas qu’elle m’a sauvée dans le sens rédempteur du mot, car c’est Jésus qui nous sauve.  Mais elle a été à bien des égards l’instrument de Dieu pour m’éviter d’innombrables écueils.  C’était un rôle ingrat car de l’extérieur, les gens n’ont vu souvent qu’une femme tendue, parfois colérique, souvent fatiguée.  Ils ignoraient tout de ce qu’elle vivait.  Et ils ne voyaient à ses côtés qu’un homme affable, souriant, en apparence maître de lui-même.  S’ils avaient pu voir la scène aux rayons-X, ils auraient alors réalisé que cet homme en apparence presque parfait était en vérité un être souvent obsessif, compulsif, rempli de ressentiment, orgueilleux, porté au mensonge et à la manipulation.  Il n’était pas que cela… mais il l’était en partie.  Et cette partie, peu de gens la connaissaient, si bien que la colère et la détresse de mon épouse leur semblait injustifiée.  Je jouais le rôle du bon gars, cherchant en tout temps l’approbation de tous… tandis que ma femme devait, une fois la porte et les rideaux fermés, composer avec ma véritable nature, celle que je ne montrais à personne, ma nature dépendante…

Notre mariage n’a donc jamais été de tout repos.  Il y a eu certes de belles et longues accalmies.  Il y a eu beaucoup de moments de bonheur.  Mais les tempêtes sont toujours revenues à la charge pour secouer notre bateau.  Et j’ai trop souvent quitté la barre pour aller me réfugier dans la cale du bateau et jouer avec mon zizi plutôt que de sauver le bateau du naufrage.  On peut trouver mieux, en terme de leadership.  Mais ma femme n’a jamais renoncé.  Elle aurait pu prendre un canot de sauvetage, y placer les enfants et faire demi tour pendant que je me noyais.  Mais elle a tenu la barre, a affronté les vagues menaçantes, a défié les vents violents, a bravé le tonnerre et la foudre de l’ennemi.  J’ai par conséquent une profonde admiration pour elle.  Elle est une femme d’une force et d’une ténacité exceptionnelle.

En septembre dernier, je me suis amouraché d’une autre femme.  Une personne m’a dit que c’était simplement humain.  Peut-être… car ainsi vont les choses dans le monde: on fait un bout de chemin ensemble, on capitalise sur ce qui nous rapproche, sur nos intérêts communs, sur des projets qui nous rassemblent.  Mais au fil du temps, on vit des déceptions.  On ressent des injustices.  Et on s’éloigne.  De plus en plus.  Jusqu’à ce qu’une tierce personne apparaisse et nous fasse sentir spécial.  Alors on saute la clôture.  Et on va chercher ailleurs ce que nous ne pensons plus pouvoir trouver sous notre toit.  C’est tout à fait humain.  Et tout à fait diabolique.  Car ce scénario est motivé du début à la fin par l’égoïsme.  On prend, puis on jette.  Or, le mariage ne fonctionne pas de cette façon.  Le mariage est un engagement exclusif et définitif.  Le mariage est l’union de deux personnes qui ne font plus qu’une seule chair.

En ouvrant la porte de l’infidélité, j’ai profondément blessé ma femme et mes enfants.  J’ai trahi mes engagements comme je ne l’avais jamais fait auparavant.  J’ai été égoïste, lâche et aveugle.  Je n’ai pensé qu’à moi.  Après avoir été l’objet de l’amour indéfectible de mon épouse pendant presque 20 ans, j’ai craché sur cet amour profond et immense pour étreindre une autre femme.  Ce geste aurait pu marquer la fin de notre mariage.  Ma femme aurait eu toutes les raisons du monde pour me fermer son coeur à tout jamais et mettre fin à notre union.  Mais elle ne l’a pas fait.  Elle a pardonné.  Encore une fois.  Elle m’a tendu la main et m’a invité à reconstruire.  Et dire que j’ai pensé quitter cette femme, ce trésor, ce coeur vaste comme l’univers.  Et dire que je me suis senti justifié de la mépriser parce que j’entretenais le sentiment qu’elle ne me convenait plus.  Moi, l’homme dysfonctionnel et dépendant qui faisait tomber un jugement inique contre la chair de ma chair, qui fermait les yeux sur ses qualités immenses et qui entretenais du ressentiment à cause de ses faiblesses et ses péchés.

Après des combats internes que je n’avais jamais expérimenté de toute ma vie, je suis finalement revenu à la raison. Je suis revenu à ma femme. Grâce au courage et à la ténacité de ma partenaire de vie, j’ai évité le pire.  Et je réalise cette nuit, alors que nous venons de franchir le 24 décembre, que j’aurai demain soir le plus beau des cadeaux de Noël: Une femme et des enfants qui m’aiment malgré toutes mes fautes.  Une famille qui a passé l’éponge sur ma gaffe monumentale.  Ce cadeau est inestimable.  Rien au monde ne pourrait rivaliser avec sa valeur.  Un domaine en campagne?  Une voiture de luxe?  Un studio d’enregistrement?  Un million de dollars?  Tout cela n’est que poussière, comparé à un coeur qui bat pour moi d’un amour divin.  Tout cela n’est que vanité, comparé au pardon que j’ai reçu d’une famille absolument exceptionnelle et magnifique.  Dans les derniers mois, j’ai vraiment faillit tout perdre.  Un instant d’étourderie m’a plongé dans un cycle infernal de dépendance qui a failli tout arracher sur son passage.  Mais par la grâce de Dieu, manifestée à travers mon épouse, le bateau a évité de justesse les récifs.  Il vogue encore dans des eaux peu profondes.  Nous pouvons voir sous la surface les fonds rocheux qui menacent de déchirer la coque de notre bateau si nous ne prêtons pas attention.  Mais nous sommes dans la bonne direction.  Nous quittons la zone de danger pour enfin nous lancer vers la destinée que Dieu a pour nous.  Et je suis cette fois résolu à rester à la barre, à être un homme digne de ce nom, à me soumettre entièrement à la volonté de Dieu et à donner à ma famille tout l’amour qu’elle mérite.

Je te remercie Mélanie pour ce magnifique cadeau de Noël.  Je te remercie de ne m’avoir jamais quitté malgré tout ce que je t’ai fait subir.  Je te remercie de refléter l’amour et la miséricorde de Dieu.  Que le Seigneur me donne la grâce de te le rendre au centuple, d’être un mari aimant, humble, fidèle, honorable et bon envers toi.  C’est le désir le plus profond de mon coeur.  Je veux te combler, te compléter et te saturer de l’amour de notre Père céleste.  Je t’aime!  xxxx

Avec du recul…
9 juillet 2016

Deux semaines après la fin de la première phase d’adultère relatée dans la série Chute et rédemption, le présent article était très important car il visait à honorer ma femme et à verbaliser ouvertement qu’elle était toujours mon choix de vie.  Ce texte voulait souligner aussi que ce choix n’était pas simplement un choix rationnel, fait par devoir ou – pire encore – par dépit.  Je voulais exprimer mon amour sincère pour elle et mon appréciation pour sa fidélité indéfectible envers moi.  Je voulais rétablir sa réputation, la soulager du sentiment de honte qui la tenaillait, lui faire sentir qu’elle n’était pas la femme de deuxième choix, celle qui ne peut rivaliser avec l’autre.

Je pensais vraiment chacun de ces mots.  Mais ces bons sentiments n’étaient cependant pas encore parfaitement consolidés.  Un des aspects les plus graves de l’adultère était de m’avoir entraîné dans une instabilité émotionnelle et mentale sans précédent.  À priori, cet article-ci semble pourtant indiquer que j’avais retrouvé la raison de façon définitive.  Mais il ne s’agissait que d’un de mes innombrables moments de lucidité alternant avec d’aussi nombreux moments de confusion.   Cette nouvelle phase post-adultère allait s’étendre sur des semaines, avec une succession aliénante de hauts et de bas.  J’apprenais ainsi à la dure que certains péchés laissent des séquelles beaucoup plus importantes que d’autres.

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