Chute et rédemption (Deuil, chaos, rechute et dérapage)

 

psg 2015-09-16

Note aux lecteurs

Cet article constitue la suite de la série Chute et rédemption publiée entre le 27 septembre et le 20 novembre 2014, où j’y relate les débuts d’une relation adultère.  Dans ce septième article de la série, j’explique de quelle façon cette relation, qui s’était terminée l’hiver précédent, a repris trois mois plus tard.  Dans les deux prochains articles, je relaterai ensuite comment l’adultère est passée de l’infidélité émotionnelle à l’infidélité complète, puis comment cette infidélité a failli mener à l’éclatement final de mon mariage.  En dépit de ces événements, vous serez témoin de la grâce de Dieu qui a été plus forte que la faiblesse humaine et qui a permis à notre mariage de survivre et d’être restauré.

Jean jr. Landry, 14 juillet 2016

Deuil, chaos, rechute et dérapage

Ceux qui me connaissent savent qu’un long silence de ma part n’est pas bon signe. Et de fait, les derniers mois ont été marqués par une longue période d’aveuglement, de mensonges et de ténèbres. Je croyais que l’épisode d’infidélité qui avait débuté le 8 septembre de l’an dernier était une histoire du passé. Je croyais que les adieux faits à ma maîtresse en décembre dernier marquaient mon retour à la raison. Et c’est ce que les apparences semblaient confirmer.  Mais un problème demeurait: même lorsque je me repentais sincèrement, ma pensée était contaminée par une très subtile tendance à entourer l’adultère d’une aura de beauté.  Par conséquent, malgré le fait que la rupture du 9 décembre avait entraîné des blessures de part et d’autre, rien n’était réglé pour autant.  À quelque part, tout au fond de nous, un lien demeurait profondément ancré.

La phase la plus douloureuse du deuil se déroula pendant le temps des fêtes.  Ce fut une période étrange où j’émergeais lentement des trois derniers mois de délire.  La veille de Noël fut plus ou moins réussie et je me couchai très tôt.  J’étais assailli par la nostalgie, que j’avais tenté de noyer dans le vin rouge jusqu’à en avoir la nausée.  J’avais pourtant publié un article le jour-même pour affirmer haut et fort mon amour pour ma femme et ma famille.  Mais mes pensées et mes émotions étaient en dents de scie.  À certains moments, j’étais pleinement convaincu et décidé à suivre les voies de Dieu.  Puis dans l’instant d’après, j’étais plongé sans préavis dans un profond désarroi et n’avais plus qu’une seule envie: écrire à Thalia.

Je croyais être victime de cette dualité intérieure mais en vérité j’en étais la cause directe car je n’avais pas été jusqu’au bout de la repentance.  J’étais irrésolu.  Une partie de moi désirait toujours le péché.

Approchez-vous de Dieu, et il s’approchera de vous. Nettoyez vos mains, pécheurs; purifiez vos coeurs, hommes irrésolus. Sentez votre misère; soyez dans le deuil et dans les larmes; que votre rire se change en deuil, et votre joie en tristesse. Humiliez-vous devant le Seigneur, et il vous élèvera. (Jacques 4:8-10)

Dans ce passage, l’expression « homme irrésolu » vient du terme grec dipsychos, qui veut dire littéralement un esprit double, un esprit divisé (double-minded, en anglais).  Et c’est exactement dans cet état que je me trouvais.  Une partie de moi voulait marcher dans la droiture.  Une autre partie voulait de cette femme.  Dans les versets ci-dessus, Dieu appelle un tel homme à sentir sa misère, à s’humilier devant Dieu.  Mais ce n’est pas ce que j’ai fait.  Je me suis complu dans la nostalgie de cette relation.  J’ai entretenu cet esprit divisé.  Je n’ai pas purifié mon coeur.  J’ai accepté cette dualité.

Ce n’est donc pas avant tout la repentance ou la grâce de Dieu qui me gardaient de rechuter.  Il y avait un peu de ça, mais j’étais aussi retenu en grande partie par les derniers propos de Thalia.  Je me disais qu’elle devait me détester et c’est ce qui me permettait de tenir bon.  Alors je laissais les vagues d’émotions se succéder au fil des jours et des semaines sans prendre position fermement pour la vérité. Oui, j’avais des élans de ferveur spirituelle, mais j’étais contaminé par l’amour du péché.  Et cette contamination empoisonnait ma vie entière.  À preuve, je relatais dans un article du 24 janvier (qui n’est plus en ligne) que ma vie ressemblait à une sorte de montagne russe diabolique dont les boucles et les virages avaient été savamment calculés pour infliger les pires émotions fortes possibles: Crises conjugales monstres, colère, pleurs, repentance, rechutes, haine de moi-même, destruction, reconstruction, confusion, doutes, foi, prière, vide spirituel, ferveur.  Ce chaos n’était pas seulement attribuable au deuil de ma relation avec Thalia ou aux conséquences naturelles de mon péché.  Il prenait naissance dans cet esprit divisé qui n’acceptait pas de renoncer entièrement au mal.  Et pour un enfant de Dieu, de telles dispositions créent des conflits internes énormes.

Mais finalement, le temps et la prière firent leur oeuvre et le détachement commença à s’effectuer.  Je revenais à la vie normale.  Je me rapprochais de mon épouse, de mes enfants et surtout de Dieu. Après une période extrêmement sombre où je détestais la vie, je recommençais à expérimenter la présence de Dieu comme je ne l’avais pas expérimenté depuis des mois.  Il y avait de l’espoir à l’horizon.

Malgré les progrès notables que je pouvais observer dans ma vie spirituelle, j’étais cependant conscient de ma vulnérabilité.  Je le savais car mon épouse allait régulièrement visiter le profil Facebook de Thalia afin de déceler dans ses publications des signes qu’elle avait enfin tourné la page.  Elle le faisait pour se rassurer… mais lorsqu’elle voyait quelque chose qui l’inquiétait, elle me le partageait parfois afin de m’inciter à être vigilant.   Mais c’était une grave erreur car à chaque fois que Thalia manifestait par langage codé qu’elle éprouvait toujours des sentiments pour moi, une partie de moi se délectait littéralement de ces bribes d’informations.   Mon épouse ignorait tout de cette réaction intérieure car je feignais l’indifférence.  Et c’est ainsi que je sombrais de plus en plus dans l’hypocrisie.   Le passage suivant du Psaume d’Asaph était pour moi:

Et Dieu dit au méchant: Quoi donc! tu énumères mes lois, et tu as mon alliance à la bouche, toi qui hais les avis, et qui jettes mes paroles derrière toi! Si tu vois un voleur, tu te plais avec lui, et ta part est avec les adultères. Tu livres ta bouche au mal, et ta langue est un tissu de tromperies. (…)  Voilà ce que tu as fait, et je me suis tu. Tu t’es imaginé que je te ressemblais; mais je vais te reprendre, et tout mettre sous tes yeux. Prenez-y donc garde, vous qui oubliez Dieu, de peur que je ne déchire, sans que personne délivre.  (Psaumes 50.16-22)

C’est pendant cette période que je rédigeai la série d’articles sur le sexe (qui n’est plus en ligne), qui était initialement issue de bonnes intentions mais dans laquelle j’en vins à glisser de très subtils messages codés à  l’intention de Thalia.  La série elle-même devint de plus en plus motivée par le désir d’affaiblir la résistance de Thalia.  Je savais qu’elle était sensible au romantisme et à la sensualité et une partie de moi, insoumise à l’autorité de Dieu, jouait sur ces cordes sensibles pour l’inciter à ouvrir à nouveau la porte.  Et je demande pardon à Dieu et aux lecteurs pour avoir ainsi usé de ce blog comme plate-forme pour inciter au mal.  Même si le contenu de ces articles était en grande partie juste théologiquement, l’esprit dans lequel il était rédigé était malsain et corrompu.

Le juste montre à son ami la bonne voie, mais la voie des méchants les égare.  (Proverbes 12.26)

Celui qui égare les hommes droits dans la mauvaise voie tombe dans la fosse qu’il a creusée; mais les hommes intègres héritent le bonheur.  (Proverbes 28.10)

Si j’avais aimé Thalia de l’amour de Dieu, je l’aurais laissé vivre son deuil et lui aurais montré la bonne voie, en paroles et en exemple.  Mais je l’ai plutôt incitée à l’égarement.  J’ai ainsi démontré que je n’avais d’amour que pour moi-même.  Et ce faisant, je me suis creusé une fosse dans laquelle j’allais éventuellement tomber moi-même.

J’espérais de plus en plus arriver au bureau le matin et trouver un courriel de sa part.  Et à chaque fois, rien.  Souvent, une voix semblait alors me dire en esprit: « J’ai fermé la porte.  Ne l’ouvre pas« .  J’avais la certitude que cette parole me venait de Dieu.  Elle me fut répétée à plusieurs reprises.  Si je tenais le coup, Thalia n’allait plus m’écrire et elle finirait par tourner la page.  Tout comme moi.  Mais je n’avais pas renoncé totalement à elle.  Je ne m’étais pas entièrement repenti de mon péché d’adultère.  Une partie de moi y voyait encore quelque chose de bon, de délectable, de désirable.  Et l’ennemi me fournissait des tonnes d’arguments.  Il enrobait cette relation de romantisme, de mystère et de magie pour que je morde à nouveau à l’appât.  Il pointait du doigt plusieurs signes qui semblaient indiquer qu’elle était la femme de ma vie.  Je ne peux m’empêcher de penser ici à cette chanson de Beautiful Eulogy, Signs and symbols, dont un des passages se traduit ainsi: « Ne trouves-tu pas intéressant que ton auto-interprétation [des signes et des symboles] coïncide la plupart du temps avec les désirs profonds de ton coeur?  Plutôt pratique, n’est-ce pas? »

Par le passé, j’ai souvent écrit sur ce blog que la transparence et l’honnêteté étaient essentiels à notre victoire sur le péché.  Mais comme vous le voyez, j’ai renié ce principe en dissimulant les desseins pervers de mon coeur.  L’ennemi a donc commencé à gagner du terrain. J’ai dérivé lentement.  Parfois, je disais à ma femme que j’éprouvais encore des sentiments pour Thalia.   Mais ces aveux lui causaient une peine énorme et elle ne pouvait concevoir que je puisse éprouver des sentiments pour une autre femme.  Alors je finis par me taire et laisser ce cancer me ronger.  En partie pour ménager les émotions de ma femme.  Mais surtout, je le crains, pour permettre à ce péché de subsister en moi.

J’aurais dû imiter le roi David, qui disait à Dieu:

Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon coeur! Éprouve-moi, et connais mes pensées! Regarde si je suis sur une mauvaise voie, et conduis-moi sur la voie de l’éternité!  (Psaumes 139.23-24)

Mais j’étais incapable de m’approprier ces paroles car je ne désirais pas tout mettre en lumière.  Je voulais arracher à Dieu un pan de ma vie et le placer sous ma propre juridiction.  Comme allait le dire plus tard une amie chrétienne à mon épouse: « Jean est en train de reprendre la vie qu’il avait donné à Christ ».  Quelle justesse.

Du chaos à la rechute

C’est dans la première semaine de mars que je tombai dans la fosse que je m’étais creusé.  Je décidai d’envoyer un courriel à Thalia.  Lundi le 2 mars, si je me souviens bien.  Nous étions à quelques jours des 3 mois de silence complet alors je me disais que nous nous étions suffisamment détachés émotionnellement pour que je puisse lui écrire sans danger.   Mon prétexte était de lui demander pardon pour les paroles blessantes que je lui avais dit en décembre.  Il s’agissait d’un désir sincère car je regrettais les mots que j’avais utilisé quelques mois plus tôt pour mettre fin à notre relation.  Mais ce désir de réparation était profondément contaminé par le désir de renouer avec elle.  J’en étais plus ou moins conscient.  Il s’agissait d’un désir qui flottait tout juste sous la surface d’un océan de déni.  Je ne me suis donc pas dit ce matin-là: « Écrivons à Thalia et poursuivons cette folle aventure ».  Non!  Je me suis dit: « Je lui ai fait de la peine.  Je dois réparer. »  Malgré la lumière rouge qui clignotait à quelque part en moi.  Malgré cette voix insistante qui me disait: « J’ai fermé la porte.  Ne l’ouvre pas ».  Oh mais je n’estimais pas ouvrir de porte.  Je voulais seulement demander pardon.

Outlook indiqua que Thalia avait lu mon courriel mais elle n’y répondit pas.  Elle avait elle aussi fait son bout de cheminement intérieur et avait traversé les pires étapes du deuil.  Elle savait que répondre représentait un énorme danger et elle ne voulait pas souffrir à nouveau.  La semaine entière s’écoula donc dans un silence interminable.  Je ne savais pas ce que Thalia pensait ou ressentait.  Je pressentais que son silence avait pour but de se protéger.  Mais je craignais qu’elle me haïsse et me méprise.  Le dimanche 8 mars, je rédigeai l’article 28 jours, qui a également été retiré depuis, où je précisai « Je travaille les 12 étapes, particulièrement les huitièmes et neuvièmes étapes, qui consistent à faire amende honorable auprès de ceux et celles que j’ai lésés à cause de ma dépendance.  À chaque fois que Dieu me pousse à demander pardon, je le fais promptement. »  Ce commentaire avait une double fonction.  Si Thalia me détestait, il me donnait au moins l’impression de sauver la face en expliquant que mon courriel de la semaine précédente n’était pas une rechute mais une authentique démarche spirituelle.  Et si elle m’aimait, cette précision allait peut-être l’aider à vaincre ses réserves et l’encourager à me répondre.  Le lendemain, elle m’écrivit.  Était-ce mon article qui avait eu l’effet escompté?  Je l’ignorais mais peu importe… j’étais extrêmement soulagé qu’elle brise le silence.  Elle me dit qu’elle ne m’en voulait pas, avec le ton le plus détaché possible.  Nous nous sommes échangés quelques courriels au style quasi-protocolaire.  Je tentais de déceler des signes d’ouverture de sa part mais elle avait les deux pieds sur le frein, sachant que nous étions en zone de danger et qu’il en fallait peu pour qu’un dérapage survienne.  Lorsque la discussion prit fin, nous retournâmes chacun dans notre silence.

Voilà!  C’était fait!  J’avais demandé pardon.  J’avais complété ma démarche « spirituelle ».  Mais la semaine suivante allait démontrer  que mes intentions n’étaient pas aussi anodines.  Je commençais à éprouver un énorme sentiment de frustration.  Je sentais ma chair trépigner.  J’étais soulagé d’avoir demandé pardon à Thalia mais une partie de moi n’acceptait pas que nos échanges aient pris fin aussi simplement.  Toutefois, je n’avais plus aucune justification pour lui écrire à nouveau.  Alors j’acceptai la situation par la force des choses et mon deuil poursuivit son cours naturel.  Je commençai à admettre que c’était peut-être terminé pour de bon, qu’elle s’était désintéressée de moi.  Je me rapprochai donc de plus en plus de ma femme, revint de plus en plus à la réalité de mon rôle d’époux et de père.

Aucune profonde repentance ne s’était donc encore produite.  L’esprit d’adultère qui m’habitait était simplement en mode Mise en veille, espérant secrètement qu’un « miracle » arrive un jour.  À preuve, j’avais mis en place en janvier des filtres dans ma boîte de courriels afin que tout message de Thalia soit automatiquement transféré vers la boîte de courriel de mon épouse puis soit supprimé définitivement. Lorsque j’écrivis à Thalia au début mars, je désactivai ces filtres et ne les remit plus en place par la suite.  Il m’arrivait parfois de rentrer au travail le matin et de les réactiver, sachant que c’était la bonne chose à faire.  Mais ces bonnes dispositions ne duraient jamais longtemps et  je désactivais les filtres à nouveau après un jour ou deux.   Au fond, au lieu de prendre le leadership de la situation comme devait le faire un homme de Dieu, je laissais en quelque sorte le sort de cette relation adultère entre les mains de ma maîtresse.  Si elle flanchait, alors je flancherais aussi.

« Miracle » de Pâques

Dans la période de Pâques, alors que je discutais au téléphone avec un client, une notification apparut à l’écran.  Je venais de recevoir un courriel de Thalia qui me souhaitait de joyeuses Pâques.  Je crois que c’était le jeudi 2 avril, juste avant le début du congé de Pâques.  À la vue de cette notification, une joie intense m’envahit et le rythme de mon coeur s’accéléra.  Je me déconnectai aussitôt des lignes téléphoniques car je n’arrivais plus à penser à autre chose.  Je réfléchis à une réponse qui n’allait pas trahir outre mesure mon enthousiasme.  Car après tout, son courriel était très minimaliste.  Nous étions loin de la déclaration d’amour.  Mais je me doutais de ses intentions.  Le simple fait qu’elle ait brisé le silence à son tour en disait long.

Au retour du congé de Pâques, le 7 avril, nous reprîmes les échanges.  Je lui dit que j’avais cherché dans le calendrier des fêtes musulmanes et que j’allais à mon tour avoir un prétexte pour lui écrire le 16 mai suivant pour lui souhaiter un bon Lailat al Miraj. Mais en réalité, je n’avais pas l’intention d’attendre aussi longtemps pour lui écrire à nouveau.  Je voulais simplement la faire sourire et lui manifester mon intérêt.  Puis je fis d’autres recherches et lui écrivit que si elle, en tant que musulmane, me souhaitait ses meilleurs voeux pour une fête chrétienne, elle ne se formaliserait pas que je lui souhaite mes meilleurs voeux pour une fête juive, ce qui me permettrait de lui réécrire plutôt le 16 avril, à l’occasion du  Yom Ha’Shoah.  C’est ainsi que de fil en aiguille, au gré des conversations, à travers différentes blagues et sous-entendus, chacun de nous baissa la garde, réalisant que rien n’était mort entre nous.  Dans la semaine du 13 au 17 avril, nos sous-entendus perdaient en subtilité et les sentiments faisaient à nouveau surface de façon de plus en plus évidente.  Mais Thalia avait peur de ces émotions.  Et à raison.  Elle savait que par le passé, cette folie s’était toujours soldée par de profondes douleurs et par le rejet.  Lorsqu’elle se surprit, le 17 avril, à prendre des photos du parc où nous nous étions embrassés à l’automne et à me les envoyer par courriel, elle se ravisa aussitôt et me dit qu’elle se détestait d’avoir fait cela et qu’il fallait cesser de s’écrire.  Dans mon égoïsme et mon aveuglement, ce n’était pas ce que je voulais.  Mais je savais qu’elle avait raison.  Nous nous sommes alors fait nos adieux.  Et nous nous sommes dit qu’au moins cette fois nous le faisions dans la paix, en admettant nos véritables sentiments mais en reconnaissant que cette relation était impossible.

En tant que disciple de Christ, j’avais alors l’occasion de reprendre le contrôle de la situation.  Nous venions de rompre en bons termes.  Nous nous étions fait des adieux lyriques et poétiques, dignes d’un roman.  D’un point de vue humain, c’était le scénario idéal.  Mais ces deux semaines à discuter à nouveau avec elle m’avaient remplis d’une telle joie.  Une joie coupable mais tout de même…  Il me semblait alors plus facile de supporter cette  culpabilité que de poursuivre les étapes difficiles du deuil.

Le lendemain, ma famille et moi allions pour quelques jours en ville.  Pur hasard, du fait que nous avions des rendez-vous médicaux dans la ville de Québec.  Nous avons donc passé la fin de semaine à Saint-Hyacinthe, à moins de 60 kilomètres du lieu ou habitait Thalia.  Quelques jours avant notre départ, j’avais créé un nouveau compte Facebook afin d’avoir accès au profil de Thalia, que je n’avais pas visité depuis décembre.   Une fois à Saint-Hyacinthe, je lui écrivis pour la première fois à partir de ce compte, afin de lui dire que j’étais à 40 minutes de route de chez elle et que je ressentais les battements de son coeur.  C’était le samedi 18 avril.  Il n’en fallut pas plus pour que la passion et la romance s’empare à nouveau de nous deux.  Les adieux de la veille partirent en fumée.  Et tout cela par ma propre faute.  À partir de ce moment précis, nous étions à nouveau accrochés.  Et cette fois plus solidement que jamais.

Il y a certains passages de la Parole de Dieu que nous avons l’habitude de lire et d’appliquer aux autres parce qu’ils traitent des gens particulièrement corrompus.  Le passage suivant en fait partie.  Mais cette fois-ci, il ne semblait pas s’adresser aux inconvertis mais bien à ma propre conscience coupable:

Ils ont les yeux pleins d’adultère et insatiables de péché; ils amorcent les âmes mal affermies; ils ont le coeur exercé à la cupidité; ce sont des enfants de malédiction. Après avoir quitté le droit chemin, ils se sont égarés en suivant la voie de Balaam, fils de Bosor, qui aima le salaire de l’iniquité, mais qui fut repris pour sa transgression (…).

Ces gens-là sont des fontaines sans eau, des nuées que chasse un tourbillon: l’obscurité des ténèbres leur est réservée. Avec des discours enflés de vanité, ils amorcent par les convoitises de la chair, par les dissolutions, ceux qui viennent à peine d’échapper aux hommes qui vivent dans l’égarement; ils leur promettent la liberté, quand ils sont eux-mêmes esclaves de la corruption, car chacun est esclave de ce qui a triomphé de lui.

En effet, si, après s’être retirés des souillures du monde, par la connaissance du Seigneur et Sauveur Jésus Christ, ils s’y engagent de nouveau et sont vaincus, leur dernière condition est pire que la première. Car mieux valait pour eux n’avoir pas connu la voie de la justice, que de se détourner, après l’avoir connue, du saint commandement qui leur avait été donné.

Il leur est arrivé ce que dit un proverbe vrai: Le chien est retourné à ce qu’il avait vomi, et la truie lavée s’est vautrée dans le bourbier.   (2 Pierre 2.12-22)

En retournant de mon propre gré dans cette relation adultère, je retournais dans les souillures du monde.  Et je souillais la femme que je prétendais aimer.  Et comme le dit l’apôtre Pierre, ma condition était pire qu’auparavant.  Car si vivre dans les ténèbres est une grave erreur, retourner vers les ténèbres après avoir connu la lumière est encore plus grave.  Et cela nous expose à un esclavage encore plus grand.  Et c’est effectivement ce qui est arrivé; à partir de cette fin de semaine, le cycle du mensonge reprit de plus belle.  J’étais sans cesse à l’affût des zones wi-fi dans les lieux publics, m’enfermais dans les toilettes des restaurants pour vérifier mon compte Facebook et envoyer quelques messages texte à la volée.  Je mentais et dissimulais sans cesse.  Je ne profitais plus de mon séjour à l’extérieur avec ma famille.  J’avais seulement hâte d’être de retour à la maison pour pouvoir parler librement à ma maîtresse.  J’étais à nouveau dans mon univers parallèle tissé d’illusions.  Un univers que je nommais amour mais qui avait toutes les caractéristiques d’une profonde dépendance.

De la rechute au dérapage

De retour à la maison, je repris ma routine de l’automne précédent qui consistait à discuter avec Thalia dès le matin à mon lever.  Mon temps de prière était ainsi remplacé par un temps de texto avec elle.  Même si j’avais voulu prier, je n’aurais pu le faire.  Car Dieu avait détourné sa face de moi.  Il attendait que je me repente.  Mais j’étais à 1000 lieux de la repentance.  Cette femme était devenue une idole et je n’avais jamais assez d’elle.  Tous les matins, je discutais avec elle jusqu’à ce que la pile de mon cellulaire soit à plat ou que l’un de nous soit contraint de quitter le conversation pour vaquer à ses obligations familiales.  Puis je remontais du salon, généralement peu de temps avant le début du boulot.  Une de mes filles en vint à demander à mon épouse: « Est-ce que papa prie vraiment le matin? » car elle voyait un changement dans ce que je dégageais.  Le matin, lorsque je termine un véritable temps de prière dans la présence de Dieu, je suis rempli de sa paix et mon regard est totalement différent.  L’onction de Dieu sur moi est palpable.  Mais depuis que j’avais remplacé ma dévotion à Dieu par ma dévotion à Thalia, mon regard était de plus en plus terne.  J’étais de plus en plus anxieux et irritable.  Mais cela ne m’empêchait pas de m’enfoncer de plus en plus profondément dans cette relation malsaine, dépendante et adultère.  Même si ma personnalité se métamorphosait au fil du temps, je m’accrochais solidement à Thalia.  J’avais failli la perdre et étais maintenant résolu à ne plus jamais faire la même « erreur ».   Je me disais et lui disais qu’elle était la femme de ma vie.  Le reste n’avait pas d’importance.  Et elle entretenais le même discours de son côté.

Pendant le mois de mai, Thalia et moi avons admis du bout des lèvres que nous cherchions des motifs suffisants pour divorcer.   Depuis septembre, notre relation avait en effet nourrit un sentiment d’insatisfaction envers nos conjoints respectifs.  Et maintenant que nous étions à nouveau accrochés l’un à l’autre, la perspective de divorcer et de refaire notre vie à deux commençait à faire son chemin dans nos esprits.  Mais un tel scénario était quelque chose d’énorme, plus que ce que nous pouvions assumer pour le moment.

Néanmoins, un autre désir grandissait simultanément en nous, celui de nous rencontrer à nouveau en chair et en os.  Depuis l’automne, nos contacts étaient exclusivement virtuels et la situation nous accablait.  Les derniers souvenirs que nous avions l’un de l’autre étaient ceux du 19 septembre, de notre dernier baiser, de nos derniers adieux.  Il était donc clair qu’il fallait trouver un moyen de nous rencontrer dès que ma famille et moi retournerions en ville.  Et de fait, un autre voyage de deux semaines était prévu à la fin mai.  C’était l’occasion rêvée.

Thalia et moi avons alors commencé à discuter de cette rencontre.  Au début, il était question de se voir dans un parc afin de pouvoir s’échanger à nouveau des baisers, de se créer de nouveaux souvenirs.  Mais à mesure que nous approchions du mois de juin, la dimension charnelle de notre relation gagnait rapidement du terrain.  Les divers échanges textes que nous avions prenaient souvent une tournure très sexuelle et la tension montait d’un cran à chaque jour.  Au moment où nous pensions avoir atteint le paroxysme du désir que l’on pouvait éprouver pour l’autre, ce désir grimpait d’avantage, jusqu’à en devenir insupportable.  Nous étions parfois préoccupés par la place énorme que prenait le sexe dans nos échanges quotidien.  Thalia était préoccupée parce qu’il s’agissait d’une dimension de sa personnalité qu’elle disait ignorer.  Et moi, au contraire, parce qu’il s’agissait d’une dimension de ma personnalité que je connaissais trop bien. Nous craignions que cette omniprésence du sexe indique que nous ne vivions qu’une aventure passionnelle plutôt que de l’amour véritable.  Quoiqu’il en soit, il devint bientôt évident que notre rencontre de juin ne pouvait se réduire qu’à un baiser.  Nous voulions connaître l’intimité sexuelle.  Et lorsque cet aveu fut fait, le jour de notre rencontre devint une pensée obsessive de part et d’autre.  Nous voulions faire UN.  C’était notre rêve ultime.  Nous en discutions tout le temps.  Et nos plans furent élaborés en conséquence.

Le 28 mai au midi, ma famille et moi quittions la maison pour le début de nos deux semaines de vacances en ville.  Alors que nous prenions tous place dans la mini-fourgonnette, ma femme et mes enfants étaient excités à l’idée de ce trajet qui allait nous mener à notre première escale dans un hôtel de la ville de Québec.  Ce trajet marquait pour eux le début de moments heureux en famille.  Mais pour moi, ce trajet avait une toute autre signification.  Alors que je prenais place derrière le volant et démarrais le moteur, je savais que je me dirigeais vers la réalisation de mon fantasme.  Et j’étais totalement euphorique à cette idée.  Peut-être aurais-je dû lire et méditer plus souvent les paroles du roi Salomon:

… la connaissance fera les délices de ton âme; la réflexion veillera sur toi, l’intelligence te gardera, pour te délivrer de la voie du mal, (…) Pour te délivrer de la femme étrangère, de l’étrangère qui emploie des paroles doucereuses, qui abandonne l’ami de sa jeunesse, et qui oublie l’alliance de son Dieu; car sa maison penche vers la mort, et sa route mène chez les morts: aucun de ceux qui vont à elle ne revient, et ne retrouve les sentiers de la vie.  (Proverbes  2:10-12,16-19)

Avec du recul…
16 juillet 2016

L’an dernier, mon père m’écrivait que rien de ce que j’avais expérimenté avec Thalia n’était causé par le diable.  Conformément à sa vision naturaliste du monde, il était évident pour lui que cet adultère n’était qu’une manifestation de ma nature humaine.  Afin qu’il ne se méprenne pas au sujet de mes convictions, je lui confirmai que je prenais l’entière responsabilité de ce que j’avais fait.  Satan n’était effectivement pas la cause de ma chute.  MOI, Jean jr. Landry, avais délibérément choisi de désobéir à Dieu.

Cela étant établi, le diable avait-il une part à jouer dans toute cette histoire?  Si nous analysons les événements d’une façon biblique, il est évident que oui.  Peut-être pas le diable lui-même, car je ne suis pas assez important pour qu’il s’occupe de moi personnellement, mais certainement l’un de ses associés.  Un esprit impur était donc à l’oeuvre en moi, non pas en tant que cause mais en tant qu’agent du péché.

Le péché est un acte de notre volonté propre.  Il ne peut donc être mis sur le compte d’un esprit, ce qui serait une tentative de justification ridicule, comme le démontre très bien l’histoire de Ève (Genèse 3.13,16).  Toutefois, cet acte de volonté est précédé par un fil de pensées qui est susceptible d’être influencé par un agent externe.  Et c’est à ce niveau que les esprits impurs ont un rôle à jouer.  Lorsque Adam et Ève ont succombé à la tentation, Satan n’a pas forcé leur main à arracher le fruit de l’arbre.  Il ne leur a pas enfoncé non plus le fruit dans le gosier.  Il n’avait pas ce pouvoir.  Nos ancêtres étaient donc pleinement responsables de ce geste et c’est pourquoi ils ont payé de leur vie pour avoir ainsi défié la volonté de Dieu.  Mais avant que l’irréparable ne soit commis, il y a eu une succession de pensées où l’ennemi a pu exercer son influence.  Et il en va ainsi de tous les péchés.

Selon la vision naturaliste de l’homme, où le monde n’est que purement matériel, chacune de nos pensées est le résultat de notre programmation environnementale.  Tout est prédéterminé.  Nous n’avons pas de réel contrôle sur nos pensées et nos actions.  Comment pourrait-il en être autrement si notre cerveau n’est qu’un ordinateur qui ingère et restitue de l’information?  Il ne peut y avoir un MOI distinct de nos activités cérébrales.  Mais selon la vision biblique de l’homme, où notre monde possède une dimension spirituelle, nos pensées n’apparaissent pas de façon aléatoire au gré de nos instincts préprogrammés.  Nous avons un esprit libre qui transcende notre réalité corporelle.  Et les pensées issues de cet esprit sont influencées non seulement par notre nature profonde et unique mais par des agents externes tels que l’Esprit Saint d’une part et les esprits impurs d’autre part.  Nos pensées ne sont donc pas que de vulgaires influx électro-biochimiques.  Elles sont avant tout une réalité spirituelle qui est souvent partagée entre la vérité et le mensonge, entre le bien et le mal.  Et c’est donc sur ce terrain de bataille que Satan possède du pouvoir et qu’il livre les plus violentes batailles.

Dans le cas présent, nous pouvons dégager plusieurs mensonges et justifications qui ont permis à l’adultère de reprendre vie en dépit des nombreuses semaines de silence précédentes et du travail que Dieu avait fait en moi.  Ces mensonges venaient du père du mensonge (Jean 8.44) et j’ai décidé, dans mon libre arbitre, d’acquiescer à ces mensonges plutôt que d’acquiescer à la vérité révélée par Dieu dans sa Parole.  C’est de cette façon que le diable a contribué à ce long dérapage.  Il m’a fourni les arguments nécessaires pour que je rationalise le péché.  Concrètement, voici de quelle façon cela s’est produit:

  1. La vérité révélée par Dieu déclare que l’adultère est une abomination.  Satan a plutôt suggéré qu’il s’agissait d’une relation orchestrée par le destin, qu’il s’agissait d’une grande histoire d’amour.   Mensonge.
  2. La vérité révélée par Dieu déclare que l’homme irrésolu, celui dont l’esprit est divisé, doit se repentir.  Satan a plutôt suggéré que mes déchirements intérieurs étaient le signe que cette relation était plus forte que tout et qu’il était vain d’y résister.  Mensonge.
  3. La vérité révélée par Dieu déclare que nous devons confesser nos péchés les uns aux autres afin de mettre en lumière nos faiblesses, ce qui permet à notre prochain de nous apporter son aide et d’intercéder pour nous.  Satan a plutôt suggéré qu’il était préférable de ne rien dire à propos de mon combat spirituel, qu’il ne fallait pas faire de vagues, que j’allais m’en sortir comme un grand.  Mensonge.
  4. La vérité révélée par Dieu déclare que nous devons fuir l’impudicité.  Satan a plutôt suggéré qu’il serait juste et bon de n’écrire qu’un tout petit courriel de réconciliation à celle qui avait pourtant été pour moi une grave occasion de chute.  Mensonge.
  5. La vérité révélée par Dieu déclare qu’aujourd’hui est le jour du salut, que nous ne devons jamais différer l’obéissance.  Satan a plutôt suggéré que j’aurais amplement le temps plus tard de me repentir, que je pouvais bien jouer un peu avec le feu.  Mensonge.
  6. La vérité révélée par Dieu déclare que la femme adultère devient tôt ou tard amère comme l’absinthe.  Satan a plutôt suggéré qu’elle était la femme de ma vie et que j’allais trouver le bonheur à ses côtés.  Mensonge.

Il ne s’agit là que de quelques exemples où Satan m’a fourni les arguments qui m’ont permis de rationaliser le péché et de marcher de compromis en compromis.  Et comme d’habitude, il s’y est pris de façon progressive afin de ne pas alarmer ma conscience.  Remarquez que l’ennemi n’a pas commencé d’entrée de jeu avec une proposition d’adultère déchaîné.  Il a commencé par des pensées.  Puis un courriel.  Juste un petit courriel.  Après tout, quelques mots ne peuvent faire de mal à personne, non?  Et voilà qu’en peu de temps, à force d’ignorer la sagesse de Dieu, je me suis retrouvé comme cet homme décrit dans le livre des proverbes, courant bêtement vers sa propre destruction, comme un boeuf qui va à la boucherie (Proverbes 7.22).  À ce stade, j’étais déjà si aveuglé que j’avais éclipsé de ma conscience une réalité encore plus terrible: je ne me contentais pas de courir à ma propre perte mais je m’apprêtais à sacrifier ma propre famille afin de m’emparer des mirages que Satan me présentait.

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