Chute et rédemption (Des paroles aux actes)

psg 2015-09-17

Le mardi 2 juin, le réveil retentit à 5h00 du matin.  Ce matin-là, je n’eus pas besoin de me faire violence pour me lever.  Car c’était le jour ultime, celui que Thalia et moi avions désigné pour notre rencontre. Dès que j’ouvris les yeux, ce fut la première pensée qui me vint à l’esprit.  Et cette pensée me remplit aussitôt d’euphorie… et de nervosité.  Je fouillai dans mes bagages pour trouver mes calmants puis en avalai un avant de me diriger vers la douche.

Nous logions chez la grand-mère de mon épouse, comme à toutes les fois où nous allions dans la région.  Tout le monde dormait.  Dans le plan que j’avais consciencieusement élaboré, je savais que je devais partir tôt afin qu’aucun imprévu familial ne me retienne et ne cause ainsi du retard pour mon rendez-vous secret qui était fixé à 9h30.  Je me préparai donc promptement et quittai l’appartement en douce vers les six heures du matin.

Thalia et moi avions élaboré chacun de notre côté un plan pour justifier notre absence.  De mon côté, j’avais averti mon épouse à l’avance que je voulais débuter ma période de vacances en prenant un temps pour moi-même.  Je lui ai donc dis que je prendrais le mardi avant-midi pour aller faire de la photographie et aller fouiner éventuellement dans les boutiques d’hommes (électronique, outils, musique…).  Ma femme entretenait toutefois des craintes à cette idée.  La possibilité que je sois toujours en relation avec Thalia lui venait souvent à l’esprit et le fait de me voir partir seul lui apportait son lot d’insécurités.  Mais Thalia lui avait laissé croire via ses statuts Facebook qu’elle était partie en Italie.  Les doutes de mon épouse étaient donc considérablement atténués.  De plus, elle voulait me faire confiance afin d’améliorer notre relation.  Cela me permit donc de partir sans trop de difficultés.

Faire le mal est une chose.  Mais être « ingénieux au mal », pour emprunter les mots de Paul dans Romains 1.30, est une toute autre chose.  Dans le domaine judiciaire, la préméditation est un facteur aggravant.  Car tout le monde peut comprendre que l’être humain peut parfois, dans un moment d’émotion, faire des bêtises qu’il regrette ensuite.  Mais lorsqu’un homme médite le mal, le planifie, puis le met à exécution, nous savons qu’il n’est pas seulement question d’une erreur ou d’un emportement.  Il est question d’un mal pleinement assumé.  Il est question de malice, de perversité.  Et c’est exactement ce choix que Thalia et moi avions fait.

Celui qui médite de faire le mal s’appelle un homme plein de malice.  (Proverbes 24.8)

Au cours des deux mois qui s’étaient écoulés entre le premier courriel de Thalia et ce matin du 2 juin, mes pensées s’étaient tellement obscurcies que j’en étais venu à me persuader que Dieu tolérait nos comportements.  Nous avions l’impression que le destin avait fait en sorte que nos chemins se croisent, que cet « amour » fou devait nécessairement avoir un sens profond, que nos vies étaient assurément faites pour êtres unies à jamais.  Alors nous faisions peu de cas des mensonges que nous devions multiplier à tous les jours pour maintenir cette relation.  Sauf qu’au-delà de ces raisonnements tordus, la vérité demeurait.  Une vérité qui est exprimée avec force dans ce passage de la Bible:

Il y a six choses que hait l’Éternel, et même sept qu’il a en horreur; les yeux hautains, la langue menteuse, les mains qui répandent le sang innocent, le coeur qui médite des projets iniques, les pieds qui se hâtent de courir au mal, le faux témoin qui dit des mensonges, et celui qui excite des querelles entre frères.  (Proverbes 6.16-19)

De cette liste noire, nous étions coupables d’au moins trois péchés.  Nous avions une langue menteuse, nous méditions des projets iniques et nos pieds se hâtaient de courir au mal.  Mais nous nous plaisions à enrober le tout de sucre rose.  Ce que nous faisions en ce matin de juin dégoûtait Dieu mais nous nous plaisions à nommer cela « romance », « amour », « destin »…

Malheur à ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal, qui changent les ténèbres en lumière, et la lumière en ténèbres, qui changent l’amertume en douceur, et la douceur en amertume! Malheur à ceux qui sont sages à leurs yeux, et qui se croient intelligents!  (Ésaïe 5.20-21)

Je pris place dans ma voiture et déposai à mes côtés mon appareil photo ainsi qu’un kit comprenant un savon et du parfum afin de masquer toute fragrance compromettante qui allait nécessairement imprégner ma peau lors de cet adultère.  Je me sentais étrange.  Comme désincarné.  Comme si une partie de moi-même m’observait de l’extérieur et me rappelait que je m’apprêtais à faire quelque chose de grave et de destructeur.  Mais la perspective de connaître enfin l’intimité sexuelle avec celle dont j’étais épris était plus fort que tout.  J’étais dans un état second.  Avant d’embrayer, je pris un autre calmant.

Ma première halte fut dans un restaurant afin d’avoir accès à une zone wi-fi et pouvoir ainsi confirmer à Thalia par texto que le plan se déroulait comme prévu.  Tout fonctionnait également bien de son côté.  Alors que je buvais un café et mangeais mon déjeuner, je pensais au fait que j’allais être dans les bras de ma maîtresse dans moins de trois heures.  Cette pensée m’enivrait totalement.  Plutôt tragique pour un chrétien qui, un an plus tôt, marchait dans la lumière et était plus que jamais décidé à marcher dans la pureté.  Il ne semblait plus me venir à l’esprit que je m’apprêtais à briser un des dix commandements avec le sourire aux lèvres:

Tu ne commettras point d’adultère.  (Exode 20.14)

Après avoir mangé, je passai devant le motel où nous devions nous rencontrer.  Thalia ne devait arriver que plus tard mais je voulais m’assurer de localiser l’endroit.  En voyant le motel, mon coeur se mit à battre la chamade.  Tout cela devenait réel plus que jamais.  J’allais bientôt déshabiller le corps d’une autre femme que la mienne.  La première fois en 18 ans de mariage.  Une intense nervosité s’empara alors à nouveau de moi, malgré les deux calmants que j’avais pris depuis 5h00.  Mon fantasme allait se réaliser mais le passage de la pensée aux actes était extrêmement difficile à gérer.  Je pris donc un troisième calmant.      Ma conscience était affolée mais je la réduisais au silence.

Je partis ensuite prendre des photos afin de pouvoir fournir des preuves à mon épouse que j’avais bel et bien fait une séance photo.  Le temps était frais et pluvieux, si bien que mon alibi ne fonctionnait pas à merveille.  Mais je pus prendre malgré tout quelques bons clichés.

Puis l’heure de la rencontre arriva.  Je me dirigeai vers le motel, garai ma voiture dans le stationnement du motel et attendis.  Je me sentais plutôt bien.  Presque en paix.  Ma conscience semblait avoir abandonné le combat.  Environ cinq minutes plus tard, la voiture de Thalia se gara face à la mienne.   Je sortis de la voiture et allai à sa rencontre.  Nous nous échangeâmes un sourire, passâmes à la réception pour payer, puis je la suivis jusqu’à la chambre.  Nous y sommes entrés et avons refermé la porte derrière nous.

Il se mit tout à coup à la suivre, comme le boeuf qui va à la boucherie, comme un fou qu’on lie pour le châtier, jusqu’à ce qu’une flèche lui perce le foie, comme l’oiseau qui se précipite dans le filet, sans savoir que c’est au prix de sa vie.  (Proverbes 7.22-23)

Le goût du péché

Deux heures et demie plus tard, la porte du motel s’ouvrit à nouveau.  Je dis au revoir à Thalia, partant précipitamment afin de ne pas dépasser l’heure du dîner et éviter ainsi les soupçons.  Je laissai Thalia seule, qui était assise sur le rebord du lit, à moitié vêtue, et refermai la porte entre nous.  À ce moment précis, je trouvai que la scène évoquait un homme qui vient de se payer les services d’une prostituée.  Pourtant, j’étais entré dans cette chambre avec le désir de me donner entièrement à elle.  Mais pendant un bref instant de lucidité, je réalisai que j’avais en fait utilisé cette femme plutôt que de l’avoir aimé.  Et cette pensée me couvrit de honte.

Je pris place dans ma voiture.  Je ne savais pas exactement comment réagir à ce qui venait de se produire.  Je venais de réaliser l’ultime fantasme.  Et honnêtement, ce que je venais d’expérimenter avec Thalia était encore mieux que ce que j’avais imaginé.  Nous étions au diapason sexuellement.  Mais ma conscience était sous le choc.  Les calmants me permettaient d’encaisser plus facilement le contre-coup de mon geste mais je ressentais néanmoins qu’au niveau spirituel, je venais de me heurter profondément.  Une véritable auto-mutilation  de l’âme.

Mais au-delà du mal que je m’étais fait, je venais d’attrister l’Esprit de Dieu qui m’habitait.  Et c’est là que nous touchons à l’un des plus sombres aspects de l’adultère.  Car si ce péché était une grave trahison de mon épouse, il était également et avant tout une trahison de Dieu.  Lorsque je suis né de nouveau, Dieu a établi sa demeure en moi.  Il a fait de mon corps son sanctuaire.  Parce que Jésus-Christ m’a racheté en versant son sang sur le croix, je ne m’appartiens plus.  Mes membres sont ses membres:

Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres de Christ? Prendrai-je donc les membres de Christ, pour en faire les membres d’une prostituée?  (1 Corinthiens 6.15)

Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes? Car vous avez été rachetés à un grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps et dans votre esprit, qui appartiennent à Dieu.  (1 Corinthiens 6.19-20)

En ce 2 juin, j’ai donc prostitué le corps qui appartenait à Dieu.  J’ai utilisé ce qui était destiné à la sainteté pour en faire un instrument de péché.  Et le fait que cet acte fut accompagné de sentiments ne lui conférait aucune vertu et n’atténuait nullement la gravité de ma faute.

Sur le chemin du retour, d’intenses émotions bouillonnaient en moi.  Des larmes tentaient de frayer leur chemin vers la surface, mais je ne pus émettre que quelques sanglots saccadés.   Malgré la gravité de ce que je venais de faire, mon coeur de pierre semblait vouloir tout garder à l’intérieur.  Puis l’ennemi vint « à mon secours », me rassurant et me disant que depuis le temps que je rêvais de ce moment, il était ridicule de tout gâcher avec une vaine culpabilité.  Je devais plutôt assumer pleinement et apprécier ce qui venait de m’arriver.

Ma femme remarqua dès mon retour que j’avais l’air triste et tourmenté.  Je mis cela sur le compte de la fatigue et sur le fait que le temps pluvieux ne m’avait pas permis de faire la séance photo que j’avais planifié depuis plusieurs jours.  Je déployais des efforts surhumains pour masquer mon déchirement intérieur mais n’y arrivais pas.  Je passai une bonne partie de la journée à sommeiller sur le divan, tentant de chasser ce sombre sentiment qui m’envahissait.

Et j’ai trouvé plus amère que la mort la femme dont le coeur est un piège et un filet, et dont les mains sont des liens.  (Ecclésiaste 7.26)

Je me sentais totalement isolé.  Dieu me semblait irréel.  J’étais déconnecté de ma femme et de mes enfants.  J’étais perdu dans un monde parallèle à la réalité.  Je n’étais plus conscient de la pluie qui tombait sur mon front ou du vent qui soufflait dans mon cou.  La seule chose qui me restait, ma seule réalité, c’était Thalia.

Dès que j’eus l’occasion de lui écrire, elle me dit qu’elle avait passé l’après-midi à pleurer.  Je n’osai pas lui demander pourquoi.  Je savais que j’étais parti précipitamment alors peut-être s’était-elle sentie abandonnée?  Ou peut-être vivait-elle simplement les mêmes déchirements que moi?  Elle précisa toutefois qu’elle ne regrettait pas ce que nous avions fait.  Je lui dis la même chose.  Mais ce n’était pas exact.  Du regret?  Difficile à dire.  Mais une détresse spirituelle?  Assurément.

Une fois le choc de l’adultère passé, le désir de répéter l’expérience apparut malgré tout en moi. Les sentiments amoureux et les désirs physiques semblaient avoir un effet sédatif sur ma conscience.  Cette fois, me disais-je, je prendrai tout mon temps et je m’assurerai de ne pas laisser Thalia de façon précipitée.  Je parlai du concept à Thalia, qui en avait également envie.  Le projet était toutefois audacieux car il était risqué de s’absenter de façon suspecte deux fois consécutives.  Mais le désir de fusionner à nouveau l’emportait sur le risque.

Le nouveau rendez-vous fut fixé exactement une semaine après le premier, soit le 9 juin à la même heure et au même endroit.  Le scénario se répéta donc, mais cette fois d’une façon un peu différente.  J’avais averti Thalia qu’il pourrait y avoir un délai car mon épouse voulait que j’attende son réveil avant que je parte.  Mon départ en catimini de la semaine précédente lui avait causé beaucoup d’inquiétudes et elle voulait que nous déjeunions tout le monde ensemble avant que je quitte l’appartement.  Nous nous sommes donc  assis à la table en famille ce matin-là.  Le fait de devoir regarder ma femme et mes enfants déjeuner juste avant que j’aille commettre à nouveau l’adultère avait quelque chose de particulièrement troublant.  Je me sentais odieux.  Mais déjà, mon coeur s’était endurci au point que ma propre turpitude ne m’atteignait presque plus.

Mais ils refusèrent d’être attentifs, ils eurent l’épaule rebelle, et ils endurcirent leurs oreilles pour ne pas entendre. Ils rendirent leur coeur dur comme le diamant, pour ne pas écouter la loi et les paroles que l’Éternel des armées leur adressait par son esprit…  (Zacharie  7.11-12)

L’endurcissement du coeur est un piège terrible qui est pourtant sous-estimé des chrétiens.  Rappelons-nous qu’après avoir commis l’adultère avec Bethsabée, le roi David en vint à assassiner le mari de cette dernière.  Nous parlons pourtant ici de David, l’homme selon le coeur de Dieu.  Comment un homme d’une telle stature a-t-il pu en venir au meurtre?  En ce 9 juin, j’avais la réponse: il suffit de commettre un premier acte de rébellion contre Dieu.  Ce faisant, nous nous voyons dans l’obligation d’endurcir notre coeur afin de ne pas être troublé par notre conscience.  La conscience parle alors plus fort.  Nous endurcissons donc davantage notre coeur.  Et ainsi de suite, jusqu’à ce que le coeur devienne aussi dur que le diamant.  Le diamant est une pierre extrêmement dure.  On s’en sert afin de fabriquer des mèches qui percent l’acier.  Lorsque le coeur atteint ce niveau de dureté, nous pouvons donc entretenir des pensées et commettre des gestes qui dépassent l’entendement.

C’est pourquoi, selon ce que dit le Saint Esprit: Aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos coeurs, comme lors de la révolte, le jour de la tentation dans le désert, où vos pères me tentèrent, pour m’éprouver, et ils virent mes oeuvres pendant quarante ans. Aussi je fus irrité contre cette génération, et je dis: Ils ont toujours un coeur qui s’égare. Ils n’ont pas connu mes voies. Je jurai donc dans ma colère: Ils n’entreront pas dans mon repos!

Prenez garde, frère, que quelqu’un de vous n’ait un coeur mauvais et incrédule, au point de se détourner du Dieu vivant. Mais exhortez-vous les uns les autres chaque jour, aussi longtemps qu’on peut dire: Aujourd’hui! afin qu’aucun de vous ne s’endurcisse par la séduction du péché. (Hébreux 3.7-13)

C’est donc avec ce coeur endurci, mauvais et incrédule que j’embrassai ma femme et parti rejoindre Thalia au motel.  Cette fois, je n’eus pas besoin de calmants pour rencontrer ma maîtresse, ma conscience étant beaucoup moins bruyante que la première fois.  Je n’avalai un comprimé que trois heures plus tard, au moment de quitter les lieux, afin de dissimuler ma nervosité et m’assurer que mon esprit demeurait bien tranquille tout au fond de moi.

Cette fois, mon retour au bercail ne se fit pas sans heurts.  Mon épouse s’attendait à me voir arriver pour le dîner mais je n’apparus à nouveau qu’en début d’après-midi.  Je n’eus même pas le temps d’entrer dans l’appartement qu’elle me demanda de l’accompagner dans la voiture.  Nous nous rendîmes dans un quartier industriel afin de nous y stationner.  Mon épouse était en état de panique et pleurait.  Je la rassurai, lui disant que je m’étais promené dans un sentier boisé et que je n’avais pas vu le temps passer.  Je savais que mon absence prolongée pouvait provoquer cette réaction alors j’avais déjà mes réponses toutes préparées.  L’excuse de la promenade en forêt allait même m’être utile plus tard si ma femme remarquait les égratignures que Thalia m’avait laissée en souvenir dans le bas du dos…

Ma femme me demanda alors si elle pouvait me sentir.  Je lui répondis par l’affirmative sans hésiter.  Elle sentit mes mains, mes bras, mes épaules, mon cou… mais rien ne lui indiquait que j’avais touché une autre femme puisque je m’étais soigneusement lavé dans la douche avant de quitter le motel.  Elle finit par se calmer à mesure que je la rassurais.  Je me montrai compatissant et tendre avec elle et ses doutes se dissipèrent presque complètement.  Nous retournâmes rejoindre les autres en expliquant que tout était sous contrôle, que ce n’était qu’un malentendu.

J’étais soulagé et même fier de m’être si bien sorti de cette impasse.  Mais j’étais aussi troublé de maîtriser aussi bien le mensonge.  Suite à cette discussion avec ma femme, j’eus un de ces nombreux moments où, malgré tout mon endurcissement, Dieu me permettait d’entrevoir comment lui me voyait.

Car tu n’es point un Dieu qui prenne plaisir au mal; le méchant n’a pas sa demeure auprès de toi. Les insensés ne subsistent pas devant tes yeux; tu hais tous ceux qui commettent l’iniquité.  Tu fais périr les menteurs; l’Éternel abhorre les hommes de sang et de fraude.  (Psaumes 5.4-6)

Malgré tout, alors que je venais de tromper ma femme et de lui mentir, j’entretenais ce dangereux sentiment que Dieu tolérait mon péché parce que ce dernier était enveloppé de romance.  Mais dans les faits, il ne me faisait grâce qu’en vertu des mérites du sang de Jésus versé sur la croix pour payer le prix de ma méchanceté.  Si ce n’était de ce sacrifice, Dieu m’aurait fait périr.  Car Dieu abhorre les hommes de fraude.  Il les déteste.  Il ne s’est jamais dit, en regardant Thalia et moi: « Oh, comme ils sont mignons, ces deux tourtereaux. »  Jamais.

Dieu est un juste juge, Dieu s’irrite en tout temps.  Si le méchant ne se convertit pas, il aiguise son glaive, il bande son arc, et il vise;  il dirige sur lui des traits meurtriers, il rend ses flèches brûlantes.  Voici, le méchant prépare le mal, il conçoit l’iniquité, et il enfante le néant.  Il ouvre une fosse, il la creuse, et il tombe dans la fosse qu’il a faite.  Son iniquité retombe sur sa tête, et sa violence redescend sur son front.  (Psaumes 7.11-16)

Je ne peux m’empêcher ici de penser aux graves conséquences de mon égoïsme.  Jésus Christ est mort pour moi et j’ai placé ma foi en lui.  Je sais que je suis pardonné pour ce que j’ai fait.  J’en ai la certitude absolue.  Mais qu’en est-il de Thalia, qui n’a pas cette foi en Christ?  Envers elle comme envers toute autre personne, j’étais appelé en ce 8 septembre 2014 à témoigner l’amour de Dieu.  Mais je l’ai plutôt entraîné dans les affres de l’adultère.  Au lieu de l’exposer à la grâce de Dieu, je l’ai donc placée dans la ligne de tir du Dieu vivant.  Et à moins qu’elle ne se repente et découvre la foi en Jésus , elle n’a rien pour se défendre contre ses traits meurtriers.  Je suis donc criminellement responsable de cet adultère.  Et ce ne sont pas que des mots.

Dernière rencontre

C’est à la fin de cette même semaine que nous devions retourner à la maison.  La dimension criminelle de l’adultère que je viens d’aborder était toutefois totalement absente de mon esprit. J’étais toujours en plein délire.  La dernière journée avant notre départ, je dis donc à ma femme que j’allais faire une « sortie de gars » avec Isaac, notre fils de 6 ans.  Je lui dis que j’allais l’amener au parc et éventuellement aller au Mcdonald’s.  Mais je ne lui précisai pas lequel car mon plan secret était d’aller rejoindre Thalia dans le restaurant Mcdonald’s de sa ville, un trajet d’environ 50 minutes.

Lorsque j’approchai de Montréal, Isaac remarqua les grattes-ciel et me dit: « Papa?  On s’en va à Montréal? »  Naïvement, je croyais que Isaac était trop petit pour se rendre compte que nous n’étions plus dans la région de Saint-Hyacinthe.  Mais je me trompais.  Alors je lui dis que ça ressemblait à Montréal mais que ce n’était pas le cas.  Mais lui n’était pas dupe et tandis que nous passions sous différents viaducs et échangeurs, il insista et m’expliqua pourquoi nous étions bel et bien près de Montréal.  Irrité, je l’interrompis sèchement et lui dis fermement que nous n’allions pas à Montréal.  Je ne pouvais pas prendre le risque que mon fils vende la mèche une fois de retour à la maison.  Mon péché m’amenait donc à m’enfoncer toujours plus dans le mensonge.  Et maintenant, je mentais ouvertement à mon propre fils.

Une fois arrivé au restaurant, Isaac partit jouer dans l’ère de jeux et j’attendis l’arrivée de Thalia.  Nous nous rencontrâmes pendant un bref moment.  Juste le temps de discuter un peu.  Nous avions tous les deux envie de plus, mais ni le temps ni les circonstances ne le permettaient.  Je devais déjà repartir pour la maison afin de ne pas éveiller de nouveaux soupçons.  Nous nous sommes donc dis au revoir.  Nous ignorions que c’était la dernière fois que nous allions nous voir.

Retour à la maison

Une fois notre séjour en ville terminé, le chemin du retour fut tendu.  Ma femme ressentait l’énorme distance qui nous séparait.  De plus, je commençai à lui faire part de mon désir de me rapprocher de la ville, plutôt que de déménager en campagne comme nous l’avions toujours voulu.  Ce revirement inattendu de ma part entraîna un conflit majeur car ma femme était évidemment terrorisée à l’idée que nous nous rapprochions de celle qui avait été ma maîtresse pendant l’automne, d’autant plus que je semblais totalement insensible à ses inquiétudes.

De retour à la maison, je ne désirais plus de cette réalité qui était la mienne. L’intimité sexuelle que je venais de connaître avec Thalia m’avait aliéné de ma propre conscience et m’avait rapproché plus que jamais de cette femme et maintenant je ne voulais plus que d’elle.  Mais que faire?  Elle n’était pas MA femme.  Elle était mariée.  La situation semblait toujours sans issue.

Alors que je poursuivais impunément  cette double vie, Dieu déployait en arrière-plan le stratagème qu’il utilise souvent contre ses enfants rebelles: il appesantissait sa main sur moi (Psaumes 32.4).  Malgré tous mes efforts de rationalisation, mon infidélité me rendait de plus en plus misérable.  Les moments où je discutais avec Thalia étaient à peu près mes seuls moments de bonheur, ce qui en disait long sur la nature addictive et dépendante de notre relation.  Je multipliais donc ces moments de discussion autant que je le pouvais.  Car dès que j’étais à l’écart de Facebook, je sentais mon esprit agoniser.  J’expliquais ce sentiment en me disant que je m’ennuyais d’elle.  Et il y avait une part de cela… mais il y avait aussi ma conscience qui me triturait dès qu’elle en avait l’occasion.

Vers la fin de juin, j’eus donc une discussion en soirée avec Thalia à propos de notre avenir.  Je lui dis que je ne pourrais  pas survivre à cette double vie encore très longtemps.  Elle me dit que c’était difficile pour elle également.  La seule solution possible était de faire éventuellement le grand saut, d’abandonner notre mariage.  Mais Thalia craignait pour la garde de ses enfants.  Le contexte islamique dans lequel elle se trouvait lui faisait craindre que son mari lui refuse de voir ses enfants pour cause d’adultère ou qu’il parte avec eux au Moyen-Orient.  Et je ne voulais pas non plus qu’elle prenne de risques à ce niveau.  Elle devait donc s’informer au niveau légal afin de bien mesurer les risques et protéger ses enfants.  Mais je lui dis que nous devions trouver rapidement une issue car je pourrais difficilement maintenir cette vie de mensonge au-delà de décembre.  Elle me demanda « Et si ce n’est pas possible? ».  Je lui répondis que nous allions devoir couper les ponts, jusqu’au jour où elle serait disponible.  Thalia était à ce moment aussi à cran que moi et elle me répondit alors: « Vaut mieux en finir tout de suite ».   Elle quitta brusquement la conversation et se déconnecta de Facebook.

Un pas de plus vers le précipice

Je passai la fin de cette soirée dans la colère et la tristesse.  Je ne pouvais concevoir qu’après tout ce que nous avions vécu ensemble, après avoir connu jusqu’à l’intimité sexuelle, nous en arrivions à une fin aussi soudaine, sans plus d’explications.  Toutefois, je reçus dès le lendemain un courriel de Thalia alors que j’étais au travail.  Elle me demandait si je comptais tout confesser à mon épouse.  Elle se doutait bien qu’advenant une telle confession, mon épouse risquait de tout dire à son mari.  Thalia voulait donc se tenir prête au chaos qu’un tel scénario provoquerait dans sa vie de couple.  Je lui répondis alors que je ne comptais rien dire, que ce que nous avions vécu était strictement entre elle et moi et que je l’aimais toujours.  Je lui expliquai que je ne pouvais tout simplement pas continuer de vivre une double vie.  Et pour la première fois, je lui déclarai ouvertement et sans ambiguïté qu’au fond, mon réel désir était de faire ma vie avec elle, de l’épouser, de partager son quotidien, d’avoir un enfant avec elle.

Jusqu’à ce moment, je n’avais jamais exprimé mes intentions de façon aussi claire et directe.  Principalement parce que je ne me les étais jamais avoué à moi-même.  J’avais toujours été dans une zone grise à ce sujet.  Ma conscience m’empêchait d’assumer pleinement un tel désir.  Thalia me répondit alors que si c’était vraiment ce que je désirais, nous devions en discuter.  À partir de ce moment, notre relation prit une toute autre direction.  La possibilité de refaire notre vie ensemble devint tout à coup le seul scénario viable.  Nous savions que nous ne pouvions pas vivre indéfiniment une vie secrète.  Et nous avions réalisé pendant les quelques heures de rupture précédentes que la séparation était toujours aussi insupportable.  Nous devions donc assumer une fois pour toutes nos rêves et faire en sorte qu’ils se réalisent.  Dans les jours suivants, les pensées se mirent à courir à une vitesse vertigineuse dans nos têtes.  Pour la première fois, nous envisagions concrètement de quitter nos familles.  Cette possibilité comportait toutefois d’énormes problèmes, notamment au niveau logistique, financier… et éthique.  Mais qu’à cela ne tienne, nous étions maintenant prêts à tout.  J’étais persuadé que Thalia était la femme de ma vie.  Et elle était persuadée que j’étais l’homme de sa vie.  Rien ni personne n’allait nous empêcher de nous aimer, disions-nous.

Phase 2

Sachant que je devais maintenant préparer le terrain pour un divorce, je mis en branle ce que j’appelai la « phase 2 ».  Cette phase consistait à « être moi-même » avec ma femme.  Autrement dit, j’allais vivre ma vie en fonction de moi-même et exiger de mon épouse qu’elle s’adapte.  Cette vicieuse stratégie avait pour but de provoquer les conflits et de pousser ma femme à ne plus vouloir de moi.  Encore une fois, je marchais en ennemi de la sagesse de Dieu:

Ne médite pas le mal contre ton prochain, lorsqu’il demeure tranquillement près de toi. Ne conteste pas sans motif avec quelqu’un, lorsqu’il ne t’a point fait de mal.  (Proverbes 3.29-30)

Le 15 juin, j’avais déjà annoncé à mon épouse que je ne voulais désormais plus d’enfants avec elle. Cette nouvelle l’avait dévastée, d’autant plus qu’elle faisait justement des démarches dans cette période pour tester sa fertilité car elle désirait ardemment un autre enfant.  Mais cette fois, j’allai plus loin en commençant à utiliser systématiquement un contraceptif lors de nos relations sexuelles.  Ce geste servait la cause de la phase 2 et évitait du même coup que Dieu me mette des bâtons dans les roues en permettant subitement que ma femme devienne enceinte alors que je songeais à l’abandonner.

L’homme pervers, l’homme inique, marche la fausseté dans la bouche; il cligne des yeux, parle du pied, fait des signes avec les doigts; la perversité est dans son coeur, il médite le mal en tout temps, il excite des querelles.  (Proverbes 6.12-14)

Mon plan fonctionna encore mieux que je ne l’espérais.  Un peu trop, même.  Je prévoyais en effet que ma nouvelle attitude pousse ma femme à bout après quelques mois, ce qui allait donner à Thalia le temps de préparer le terrain de son côté également.  Mais en quelques jours seulement, les conflits devinrent désastreux et au bout d’un certain temps, Mélanie en vint à me dire à quelques reprises, dans des accès de colère, qu’elle ne m’aimait plus et qu’elle voulait divorcer.  Mais à chaque fois, Dieu la ramenait à l’ordre et lui rappelait cette certitude qu’il avait placé en elle à l’automne, c’est à dire qu’il avait la situation entre les mains.

Rappelons-nous que mon épouse venait de traverser une année extrêmement pénible.  D’abord, la découverte de mon infidélité le 25 septembre de l’an dernier.  Puis les multiples  promesses brisées.  Les conflits monstre.  Les envies répétées de s’enlever la vie.  L’intervention de la police.  La visite des services sociaux.  Puis mon attitude qui s’était mise à changer inexplicablement à partir d’avril après que je me sois réconcilié avec ma maîtresse.  Et maintenant que nous étions revenus de la ville, ce n’était plus seulement mon attitude mais ma personnalité entière qui n’était plus la même.  Mes propres filles ne me reconnaissaient plus.  Je manifestais une parfaite indifférence vis-à-vis Dieu.  Je continuais certes de prier avant les repas, d’écouter des sermons de temps à autres le soir.  Mais tout le monde voyait bien que plus rien ne me touchait.  Des sermons qui m’auraient autrefois embrasé d’une passion dévorante pour Dieu me laissaient de marbre.   Mon regard était de plus en plus terne et vide.  Plus je me rebellais et plus le Seigneur appesantissait sa main sur moi:

Mon coeur est agité, ma force m’abandonne, et la lumière de mes yeux n’est plus même avec moi. Mes amis et mes connaissances s’éloignent de ma plaie, et mes proches se tiennent à l’écart.   (Psaumes 38.10-11)

Ma femme constatait que je présentais tous les signes de l’homme qu’elle avait connu autrefois alors qu’il était aux tréfonds de la dépendance.  Mais elle n’avait aucune preuve à sa disposition.  J’étais devenu un maître menteur.  Je dissimulais tout consciencieusement.  Le doute la rongeait mais elle n’avait aucun moyen d’en vérifier le fondement.  Et après la relation adultère de l’année précédente, une telle situation représentait une véritable torture mentale pour elle.  Le mois de juillet fut donc un enfer.  Les conflits étaient incessants et le sujet du divorce revenait constamment.  Et pendant ce temps nos enfants subissaient, impuissants, les conséquences de ma méchanceté.

Mercredi 26 juillet, ma famille et moi sommes allés visiter mon père et son épouse, qui étaient en visite à Cap-Chat, à deux heures de route de chez nous.  Ça faisait des années que je ne l’avais pas vu.  Tandis que nous étions tous les deux à l’extérieur, à l’écart des autres, nous nous sommes allumés une cigarette (je ne fume habituellement pas mais pour l’occasion, j’avais envie de le faire).  Mon père avait entendu parler entre les branches de ce qui s’était  passé à l’automne dernier.  Je lui confirmai l’histoire et en profitai pour lui révéler que si officiellement c’était terminé, officieusement ce ne l’était pas.  J’avais déjà prévu en parler à mon père.  J’avais besoin de m’ouvrir à quelqu’un et je lui faisais confiance.   Puis je savais qu’en faisant cet aveu à un athée, j’allais probablement obtenir des conseils ou du moins une réaction qui allait me conforter dans mes choix.  Et de fait, mon père prit la nouvelle avec philosophie, expliquant qu’il voyait tout d’une façon anthropologique.  C’était exactement le genre de réponse que je voulais entendre.  Je ne croyais pas comme lui que nous n’étions que des singes pensants mais pour l’occasion, son paradigme de la vie humaine me plaisait bien.

Si la réaction initiale de mon père était parfaitement rationnelle et justifiait mon péché, sa propre conscience se manifesta toutefois dans l’heure suivant mes aveux.  Mon père profita d’un autre moment à l’écart des autres pour ajouter qu’il avait oublié de me dire de faire attention à l’aspect des enfants.  Il me confessa alors qu’il avait éprouvé énormément de culpabilité lorsqu’il avait quitté ma mère alors que j’étais haut comme trois pommes.  Il ajouta que même aujourd’hui, il ressentait encore de la culpabilité.  Cet aveu me toucha et me troubla en même temps.  J’étais en quelque sorte touché d’apprendre que mon père n’avait toujours pas fait la paix complètement vis-à-vis sa décision de l’époque.  Mais j’étais troublé qu’un athée puisse éprouver une culpabilité aussi tenace.  J’étais conscient de l’intelligence de mon père.  Je connaissais son intellect redoutable.  Je me dis alors: « Mon père ne croit pas en Dieu.  Il n’a donc aucune référence morale absolue.  Il a donc à sa disposition des tas d’arguments naturalistes pour expliquer et excuser le fait de quitter son enfant.  Et pourtant, après des décennies, il n’a toujours pas réussi à se défaire entièrement de la culpabilité de l’avoir fait.  Alors si moi, qui suis chrétien, je quitte en pleine connaissance de cause ma femme et mes TROIS enfants, sachant parfaitement que ce n’est pas la volonté de Dieu, comment vais-je survivre à cela?  Comment vais-je arriver à composer avec cette culpabilité? »  La question contenait en elle-même la réponse.

Confusion en crescendo

Depuis des mois, ma femme se réfugiait en Dieu pour trouver la force de survivre à ce mariage difficile.  Mais l’effondrement de sa propre estime la rendait extrêmement vulnérable et chaque manifestation d’indifférence de ma part la dévastait.  Alors qu’elle s’attendait à ce que je l’aide à surmonter les souffrances causées par la trahison de l’automne dernier, je semblais résolu à faire exactement l’inverse.  J’étais totalement insensible à son sort et tout mon discours gravitait autour de moi-même et de mes droits et libertés.  Sauf que vers le début du mois d’août, la phase 2 de mon plan commença à battre de l’aile lorsque Dieu entreprit un changement majeur dans le coeur de mon épouse.  Il la releva, lui redonna de l’assurance, lui confirma sa valeur, et l’aida à reprendre le contrôle de ses émotions et à réagir à mes péchés d’une façon sainte.  Évidemment, cela me déconcertait.  J’essayais de créer un environnement propice au divorce mais elle se mit à répondre à mes viles machinations par un amour de plus en plus inconditionnel.  Elle était en train de saccager littéralement toutes mes justifications pour le divorce.  Et mon sentiment de culpabilité s’en trouvait décuplé.  En étant fidèle à la volonté de Dieu, ma femme démontrait ainsi la véracité de ce passage:

Ne vous vengez point vous-mêmes, bien-aimés, mais laissez agir la colère; car il est écrit: A moi la vengeance, à moi la rétribution, dit le Seigneur. Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger; s’il a soif, donne-lui à boire; car en agissant ainsi, ce sont des charbons ardents que tu amasseras sur sa tête. Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien.  (Romains 12.19-21)

Sa bonté me faisait effectivement ressentir ces charbons ardents qui s’amassaient sur ma tête: je me sentais de plus en plus ignoble et avais de plus en plus envie de laisser tomber ma relation adultère.   En plein désarroi, je tentai de me donner bonne conscience en proposant à Thalia que nous demeurions chastes en paroles et en action avant notre mariage.  Elle accepta mais sembla se demander ce qui se passait avec moi.  Et je me le demandais aussi.

Mardi le 18 août au matin, ma famille partit à nouveau pour la ville.  Mais cette fois, je restai à la maison.  Même si j’avais l’opportunité d’accompagner ma famille et de me retrouver à nouveau dans la région où habitait Thalia, je savais que je n’aurais cette fois aucune chance de m’esquiver en solo comme en juin pour la rencontrer.  Ma femme était trop terrorisée à l’idée que notre vie ne soit qu’une immense mise en scène qui cachait dans les faits une relation avec Thalia.  J’avais tellement changé que ses doutes se transformaient de plus en plus en certitudes.

Lorsque je me retrouvai seul à la maison le 18 août après ma journée de travail, je m’achetai une caisse de 20 bières.  Je prévoyais  en boire de temps à autres pendant l’absence de la famille.  J’en bus trois le premier soir et rechutai dans la pornographie.  La nuit, je me retrouvai seul au lit avec des attaques d’angoisses.  Je me sentais immensément seul et sentais que ma relation avec Thalia n’allait nulle part, que le jour où elle serait disponible était trop lointain, plus que je ne pouvais le supporter.  De plus, ma rechute de porno me faisait pressentir que je m’enfonçais de plus en plus.  Elle révélait mon changement de coeur.  La vie merveilleuse, passionnante et romantique que je promettais à Thalia était probablement un leurre.  J’allais tout simplement la faire souffrir de mes dysfonctions comme j’avais fait souffrir ma propre femme.  De plus, l’absence de Dieu me faisait agoniser.  Je ne trouvais plus sa face.  J’étais totalement perdu.  Plus que jamais, je pouvais m’identifier à ces malédictions prononcées par Dieu contre ceux qui désobéissent à sa voix:

… tu ne seras pas tranquille, et tu n’auras pas un lieu de repos pour la plante de tes pieds. L’Éternel rendra ton coeur agité, tes yeux languissants, ton âme souffrante. Ta vie sera comme en suspens devant toi, tu trembleras la nuit et le jour, tu douteras de ton existence. Dans l’effroi qui remplira ton coeur et en présence de ce que tes yeux verront, tu diras le matin: Puisse le soir être là! et tu diras le soir: Puisse le matin être là! (Deutéronome 28.65-67)

À l’automne, Dieu m’avait délivré du piège de l’ennemi.    Il était intervenu de façon spectaculaire à maintes reprises, déjouant mes secrets, révélant tout à ma femme.  Mais cette fois, c’était le silence total.  Dieu semblait m’avoir laissé à mon sort afin que je goûte pleinement au fruit de ma folie.

Dans toutes leurs détresses ils n’ont pas été sans secours, et l’ange qui est devant sa face les a sauvés; il les a lui-même rachetés, dans son amour et sa miséricorde, et constamment il les a soutenus et portés, aux anciens jours. Mais ils ont été rebelles, ils ont attristé son esprit saint; et il est devenu leur ennemi, il a combattu contre eux.  (Ésaïe 63.9-10)

Au cours de cette nuit, désireux de mettre fin à mes tourments, je dévoilai mes doutes existentiels à Thalia et lui écrivis qu’il valait mieux mettre un terme à notre histoire, que je n’en pouvais tout simplement plus.  Lorsque je me réveillai au matin, je n’obtins aucune réponse.  Thalia était disparue de Facebook.  Je me levai, à la fois horrifié de ce que je venais de faire et soulagé de l’avoir fait.  Je vidai les 17 bières restantes dans l’évier, réalisant que l’alcool avait plus que jamais un effet malsain sur moi.  Puis j’allai dans la présence de Dieu, espérant obtenir une quelconque récompense pour mon geste d’obéissance.  Mais lorsque je m’assis en prière, je ne ressentis absolument rien.  Je croyais pourtant que mes actions allaient mettre fin à la guerre froide qui me séparait de mon Créateur.  Mais lui attendait autre chose que des actions.  Il attendait un changement de coeur.  Et ce changement n’était pas encore arrivé.  Une fois de plus, j’avais renoncé à cette relation par dépit, parce que je voulais arrêter de souffrir.  Mais Dieu ne voulait pas seulement un choix CONTRE le péché.  Il voulait un choix POUR Dieu.  La vie chrétienne n’est pas une vulgaire poignée d’observances et d’interdictions qui, si nous les respectons, nous assureront la vie éternelle.  Elle est une relation d’amour avec notre Père des cieux.  Une relation qui doit être plus importante que toute autre chose.  Et à ce moment précis de l’histoire, mon coeur n’en était pas là.  J’étais toujours malade « d’amour » pour Thalia.  Et ce pseudo-amour idolâtre me cachait la face de Dieu.  Il me tuait à petit feu.

Le mal était doux à sa bouche, il le cachait sous sa langue, il le savourait sans l’abandonner, il le retenait au milieu de son palais; mais sa nourriture se transformera dans ses entrailles, elle deviendra dans son corps un venin d’aspic. (Job 20.12-14)

Malgré tout, la journée au bureau de ce mercredi 19 août se passa relativement bien.  Je savais avoir fait le bon choix, même si je l’avais fait pour des raisons égoïstes.  Le soir venu, je commençai à préparer une nouvelle mouture de ce blog, qui ne devait plus aborder spécifiquement le sujet de la dépendance sexuelle mais de la vie de famille, de la paternité et de la vie chrétienne en général.  Un aveugle qui aspirait à devenir un guide.

Le lendemain, 20 août, mon humeur sombra à nouveau dans le désespoir.  C’était le jour de ma fête et je la passai dans un profond isolement.  Ma relation avec Dieu n’était toujours pas rétablie.  J’étais aliéné de ma famille et maintenant loin de Thalia.  De plus, étant obsédé par l’idée de la tristesse que je venais de lui occasionner en la larguant sans préavis, je me suis mis à me détester.  La nuit de ma fête fut donc extrêmement sombre.  Je ne dormis que de façon sporadique.  Si bien que le vendredi matin, 21 août, après d’intenses tergiversations, je me dis que je devais tenter le tout pour le tout et tenter de reconquérir le coeur de ma maîtresse.  Puisque Dieu semblait m’avoir laissé à mon sort, j’étais devenu misérable et mon seul réconfort était la possibilité que je puisse renouer avec celle qui avait bouleversé mon existence presque un an auparavant.  Avec beaucoup de réserves, Thalia consentit à me donner une dernière chance.  Elle ne pouvait plus supporter davantage de montagnes russes émotionnelles et m’avertit que si je lui faisais le coup une autre fois, c’était fini à jamais.  Je déployai alors une immense énergie à rétablir la relation, à lui faire la romance, allant jusqu’à passer la  nuit suivante sans dormir afin de lui confectionner une vidéo à la fois drôle et romantique.

Dans les jours suivants, ma mère m’appela pour prendre de mes nouvelles.  Elle savait que j’avais eu une aventure sentimentale à l’automne.  Mais elle  ne savait pas que j’avais renoué avec ma maîtresse.  Je décidai donc de le lui avouer.  J’étais réticent à le faire car elle n’avait jamais vraiment aimé ma femme et j’avais donc toujours eu comme principe, tout au long de mon mariage, de ne jamais lui mettre sous la dent quoi que ce soit qui pourrait justifier son esprit critique.  Mais puisque le divorce était dans l’air, je devais bien commencer à préparer le terrain.  Je lui dis donc que j’étais toujours en amour fou avec cette autre femme et qu’il n’était pas impossible que je termine ma vie avec elle.  J’eu le sentiment que ma mère, à l’autre bout du fil, éprouvait une sorte de plaisir coupable en entendant mes propos.

Jeudi le 27 août au soir, ma famille revint à la maison.  Ma femme remarqua que j’étais incroyablement distant, malgré son absence de presque 10 jours.  Je lui avais fait un bref câlin à son arrivée puis m’étais affairé à ranger les bagages et emplettes en l’évitant constamment.  Et une fois au lit, je me refusai à elle, prétextant être trop fatigué de ma journée. Elle percevait donc clairement qu’elle ne m’avait pas manqué.  Et plus que jamais, ses doutes sur la possibilité d’une liaison entre Thalia et moi semblaient fondés.  Ma femme se demandait même si ma maîtresse n’avait pas parcouru les 1000 kilomètres nécessaires pour venir me rejoindre pendant son absence.  Mais elle n’avait toujours aucune preuve tangible pour confirmer ses craintes d’une relation secrète.  Seulement une multiplication d’indices très troublants.  Sauf que la situation allait changer dès le lendemain.

Avec du recul…
19 juillet 2016

Nous sommes sur le point de terminer cette série alors que cet avant-dernier texte nous permet d’apprécier la nature réelle de l’adultère.  Si le péché se montrait au départ comme une aventure imprégnée de mystère et de romance, son aboutissement nous montre maintenant sa véritable nature, celle que je refusais de voir et d’admettre depuis le début.  En quelques mois, ma maîtresse et moi sommes passés d’une prétendue histoire d’amour à une scène de sexe dans une chambre de motel à bas prix.  Puis de là, nous en sommes venus à vouloir divorcer et avons utilisé des ruses mesquines et perverses pour provoquer la rupture.  L’infidélité n’était donc pas ce qu’elle disait être.  Ses promesses de bonheur ne servaient qu’à dissimuler son désir d’anéantissement.  Elle portait en elle un parfum de mort.

C’est pour cette raison que Dieu déteste le péché et qu’il damne les pécheurs.  En dépit de ses plus séduisantes prétentions, le péché est toujours un acte destructeur.  Il est la maladie pernicieuse et implacable qui ronge l’âme et le corps.  Il est le poison qui assombrit la création de Dieu, qui cause les déchirements, les querelles, les mensonges, les trahisons.  Comme j’ai été dupe, en ce matin du 8 septembre 2014, de croire que je venais de trouver un péché à part des autres, un péché qui allait m’apporter du bonheur.  Je n’ai finalement jamais goûté au bonheur promis.  J’ai n’ai expérimenté qu’une succession de plaisirs coupables qui m’ont mené à un chaos intérieur et à une détresse inimaginables.

Pourtant, ma maîtresse croyait sincèrement m’aimer.  Elle croyait même m’aimer plus que ma femme ne m’aimait.  Elle croyait me comprendre mieux.  Elle croyait avoir découvert le « Moi » que personne d’autre n’avait découvert.  Elle croyait donc être un bienfait dans ma vie.  Elle ignorait totalement qu’en réalité, elle m’empoisonnait.  Elle n’était pas mon ultime bienfait mais mon ultime malédiction.  Non pas à cause de ce qu’elle était mais de ce qu’elle me faisait.  Son « amour » portait les mêmes fruits que la haine.  Sa passion me détruisait.  Ses paroles suaves et ses compliments criblaient ma personnalité jusqu’à la mort, pour ne laisser vivre qu’un ego disproportionné et narcissique.

En considérant le grave état spirituel dans lequel je me trouvais à la fin du présent article, je m’étonne encore de penser à la bonté de Dieu qui a daigné me secourir en dépit de tout.  Encore une fois, nous voyons que lorsque Dieu nous sauve, il ne le fait pas parce que nous suscitons en lui de l’amour.  Au contraire, notre nature est si corrompue que la seule chose que nous suscitons en lui est la colère et le jugement.  Ainsi, le salut est un acte de pure miséricorde.  Et lorsqu’un enfant de Dieu plonge dans les affres du péché, c’est encore par pure miséricorde que le divin berger laisse ses 99 brebis pour aller chercher celle qui est perdue.

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