Le défi de l’honnêteté

J’ai beaucoup hésité avant d’écrire les derniers articles portant sur mon adultère.  Initialement, alors que j’étais toujours dans le péché, je ne comptais plus écrire et avais littéralement supprimé tout le contenu de ce blog.  Donc, aucune possibilité de récupération, à moins de fouiller dans les archives du web, ce qui aurait nécessité des mois de travail fastidieux.  Mais mon épouse, connaissant mes humeurs instables, avait fait une copie de sauvegarde sur son ordinateur quelques jours avant que je ne commette l’irréparable, si bien que tous mes articles ont pu être restaurés en quelques clics de souris.  De plus, elle avait alors renouvelé mon nom de domaine parsagrace.net sans me le demander, un geste qui m’a frustré sur le moment mais pour lequel je lui suis maintenant énormément reconnaissant.

Après que Dieu ait mit fin à ma folie le 29 août dernier, je me suis rapidement questionné sur l’avenir de ce blog: Devais-je le laisser sombrer dans l’oubli?  Ou le remettre en ligne sans écrire de nouveaux articles?  Et si je devais écrire à nouveau, devais-je le faire tout-de-suite ou attendre quelques mois?  Et si je devais le faire, comment allais-je aborder mes 5 mois de rébellion?  Je savais que je ne pouvais les passer sous silence.  Mais devais-je seulement  glisser quelques mots sur le sujet ou faire une confession détaillée comme je l’avais fait l’automne dernier?

Une partie de moi était tentée de se taire à jamais.  Toutefois, mon expérience m’a appris que mes saisons d’endurcissement et de désobéissance ont toujours été accompagnées du désir d’annihiler mon blog, alors que mes saisons de ferveur spirituelle ont toujours été accompagnées d’un feu intérieur qui me pousse invariablement à écrire.  Le choix du silence me semblait donc être une idée charnelle, inspirée par l’ennemi.  Satan a toujours tout avantage à ce que les croyants demeurent reclus et bien tranquilles.

Convaincu de devoir poursuivre cette oeuvre, je demandai à Dieu jusqu’où je devais aller avec ma confession.  Invariablement, mon sentiment était que je devais tout dire.  Ma femme partageait la même conviction.  Mais j’avais des réserves puisque mon péché impliquait une autre personne.  Même si j’ai toujours pris soin de ne pas identifier ma maîtresse, quelques personnes savent maintenant qui est cette Thalia dont je parle depuis l’automne, soit parce que nous nous sommes elle et moi confiés à certaines personnes de notre entourage ou parce qu’il y a eu quelques fuites indésirables d’informations.  De plus, son mari connaît maintenant mon nom et peut donc éventuellement tomber sur ce blog.  Donc, la situation était délicate et posait un problème éthique.  Devais-je réellement faire une confession publique complète qui allait exposer ses propres péchés?  Devais-je révéler des détails que son propre mari ignorait peut-être?

Malgré mes réticences, ma conscience ne démordait pas.  J’étais persuadé que je devais aller de l’avant.  Je me suis donc mis à l’écriture, remettant tout entre les mains de Dieu.  Mais d’heure en heure, alors que je rédigeais cette massive confession, je me questionnais toujours sur la pertinence de ma démarche.  Je me suis demandé: « Qui d’autre expose ainsi ses péchés en détails sur la place publique?  Il y a peut-être les vedettes de Hollywood qui voient leur vie intime dévoilée  dans les journaux à potin… mais c’est contre leur gré.  Pourquoi devrais-je me soumettre volontairement à un tel exercice?  Est-ce une forme d’exhibitionniste que je n’ose pas m’avouer?  Le concept entier de ce blog est-il le fruit d’un quelconque délire religieux?  Et le fait de confesser une si profonde déchéance réduira-t-il ce blog à une farce grossière? »

Finalement, mes préoccupations ont pris fin lorsque Dieu m’a rappelé une vérité spirituelle qu’il m’avait déjà montré il y a quelques années mais que j’avais visiblement oublié.  Alors pour ne pas l’oublier à nouveau, cette vérité fera l’objet de cet article.

L’Église est prisonnière du mensonge

D’abord, qu’est-que l’Église?  Ce n’est pas un bâtiment ni une religion.  Ce n’est pas non plus un club, une organisation ou une structure hiérarchique.  Ce n’est pas un ensemble de dogmes et de rituels.  L’Église est un corps:

Vous êtes le corps de Christ, et vous êtes ses membres, chacun pour sa part. (1 Corinthiens 12.27)

Il est la tête du corps de l’Église; il est le commencement, le premier-né d’entre les morts, afin d’être en tout le premier. (Colossiens 1.18)

Par la grâce qui m’a été donnée, je dis à chacun de vous de n’avoir pas de lui-même une trop haute opinion, mais de revêtir des sentiments modestes, selon la mesure de foi que Dieu a départie à chacun. Car, comme nous avons plusieurs membres dans un seul corps, et que tous les membres n’ont pas la même fonction, ainsi, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps en Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres. (Romains 12.3-5)

Dès que nous donnons notre vie à Jésus-Christ, nous nous joignons à son corps.  Nous devenons une cellule vivante qui est appelée à vivre en symbiose avec les autres cellules.  Chacun avec le rôle que Dieu lui a attribué.  Cette image est très forte car elle est totalement différente de ce que représente un club ou une religion.  Nous pouvons faire partie d’un club ou d’une religion sans connaître la personne qui est assise à côté de nous.  Mais si nous sommes la cellule d’un corps, c’est une toute autre histoire.  Nous devons par la force des choses nous ouvrir totalement aux autres car nous ne faisons plus qu’un avec le tout.  Nous sommes liés métaboliquement aux autres, dans une relation d’inter-dépendance.  Nous avons besoin des autres et les autres ont besoin de nous.  Telle est la volonté de Dieu, qui a été exprimée avec force dans cette prière que Jésus a adressé au Père peu de temps avant sa crucifixion:

Ce n’est pas pour eux seulement que je prie [En parlant des onze apôtres], mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole, afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, afin qu’ils soient un comme nous sommes un, – moi en eux, et toi en moi, -afin qu’ils soient parfaitement un, et que le monde connaisse que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé.  (Jean 17.20-23)

Ces mots sont magnifiques.  Jésus désire que tous les membres de l’Église forment un tout, comme lui et le Père forment un tout avec l’Esprit Saint pour former la Trinité.  Mais peu d’entre nous réalisons ce qu’une telle unité implique à un niveau personnel. Car vivre en symbiose avec les autres requiert la mort à soi-même. Tant et aussi longtemps que l’ego subsiste, il ne peut y avoir de véritable communion fraternelle car chacun tente de dissimuler ses faiblesses, de se protéger du jugement des autres, de projeter une image religieuse de soi-même, à la fois par peur et par orgueil.

Humainement, ce réflexe est naturel.  Lorsque nous nous joignons à un groupe, le besoin d’acceptation et d’approbation est très présent alors nous sommes parfois prêts à jouer la comédie pour être acceptés.  Mais lorsque nous nous joignons à la véritable Église de Jésus Christ, à son corps vivant, nous devons cesser toute comédie.  Notre besoin d’acceptation doit être crucifié car il est un obstacle à la communion véritable.

Jésus a été tranchant sur cette nécessité de mourir à soi-même:

Alors Jésus dit à ses disciples: Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera.  (Matthieu 16.24-25)

Le renoncement n’est pas une suggestion mais un prérequis de la vie en Dieu.  Si nous pensons pouvoir porter le nom de Christ tout en conservant notre ego, nous tomberons nécessairement dans le piège du pharisaïsme.  L’ego nous poussera à consacrer tous nos efforts à présenter une image pieuse de nous-même, au détriment de notre réalité intérieure.  Ainsi, lorsque nous constatons que certains péchés ont une emprise dans nos vies, nous éviterons d’en parler afin de ne pas nuire à notre image, ce qui permettra au péché de gagner du terrain en nous et de créer un fossé toujours plus large entre ce que nous prétendons être et ce que nous sommes réellement:

Vous, pharisiens, vous nettoyez le dehors de la coupe et du plat, et à l’intérieur vous êtes pleins de rapine et de méchanceté.  (Luc 11.39)

Pour que l’Église puisse être affranchie de cette culture du mensonge, le seul antidote sera l’honnêteté.  Et cette dernière passera nécessairement par la pleine reconnaissance que l’Église n’est pas un rassemblement de gens parfaits mais de pécheurs sauvés par la grâce de Dieu:

[Jésus] dit: Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. Allez, et apprenez ce que signifie: Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. Car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs.  (Matthieu 9.12-13)

Pour que le malade puisse être soigné par le médecin, il ne peut taire les symptômes qu’il ressent.  Il ne peut se présenter devant le médecin et dire « tout va à merveille! » alors qu’il ressent des douleurs au ventre ou une gêne à respirer.  Cette attitude ne permettra jamais au médecin de diagnostiquer la maladie et d’administrer le traitement nécessaire.  Et pourtant, c’est exactement à quoi ressemble l’attitude religieuse typique.  La majorité d’entre nous se présente à l’église le dimanche matin, serre la main des autres et affiche de grands sourires, alors que la maladie du péché nous ronge de l’intérieur.  Nous frôlons le divorce, nous sommes aux prises avec une dépendance, nous luttons contre une incapacité à pardonner, contre la dépression ou des idées suicidaires, contre des doutes vis-à-vis l’existence de Dieu, etc.  Mais nous nous comparons alors aux autres membres de l’église qui semblent si parfaits et en maîtrise de leur vie et en déduisons que nous sommes défectueux, inadéquats, voire même maudits de Dieu.  Et Satan en profite pour renforcer ce mensonge et nous tenir prisonniers de la honte.

Mon meilleur ami, un frère dans la foi, s’était ouvert il y a quelques années à quelques membres de son église, à propos d’un problème récurrent de péché sexuel.  À son grand désarroi, il n’eut à chaque fois pour réponse qu’un haussement d’épaules, comme si personne ne comprenait ce qui lui arrivait, comme s’il était le seul à vivre cette difficulté.  Mais il avait le sentiment que ses confidents n’étaient pas francs.  Et j’ai également ce sentiment.  Dans plusieurs communautés chrétiennes, l’image extérieure prime sur tout le reste.  Souvent, nous entretenons le sentiment que cette fausse piété préserve non seulement notre propre réputation mais également celle de Dieu, alors que c’est exactement l’opposé qui arrive, car les gens du dehors, ceux qui ne sont pas sauvés, perçoivent instinctivement le vrai du faux.  Ils savent reconnaître si une personne fait semblant, car la sincérité possède un parfum unique et très rare que l’on reconnaît facilement.  Et ce parfum est malheureusement absent de la majorité des églises, si bien que le monde extérieur en vient à considérer le christianisme comme de la pure hypocrisie.

Si nous persistons à mentir sur ce que nous sommes et ainsi à nous isoler du corps de Christ, nous devenons pour ce corps comme une cellule cancéreuse.  Vous savez que le cancer n’est pas une intrusion de l’extérieur, comme un virus ou une bactérie.  Il s’agit d’un dérèglement où nos propres cellules, dont l’ADN est endommagé pour différentes raisons, divergent du rôle qui leur est assigné et se mettent à se multiplier de façon anarchique, devenant ainsi un ennemi des cellules voisines et éventuellement du corps entier.  De la même façon, toute personne qui  tente de conserver son individualisme au sein du corps de Christ,  toute personne qui cherche à rompre l’unité par souci d’auto-préservation, devient un cancer.  Ou du moins une tumeur ou un kyste.  Elle compromet donc sa propre vie spirituelle et celle des autres.

Chacun de nous, qui sommes une cellule du corps de Christ, a en soi ce potentiel de destruction.  À cause de cette mutation de notre ADN spirituel que nous appelons le péché.  Ce qui est extraordinaire, c’est qu’en nous greffant au corps de Christ, nous nous greffons à un écosystème où chacun peut aider son prochain à vaincre ce péché.  Pour poursuivre avec l’analogie du corps, si vous subissez une coupure, un signal est envoyé au corps et les plaquettes sanguines accourent pour coaguler le sang et arrêter l’hémorragie.  De la même façon, le chrétien qui est aux prises avec le péché peut s’adresser à ses frères et soeurs et leur demander conseils, aide et prière.

Confessez donc vos péchés les uns aux autres, et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris. (Jacques 5.16)

La lutte contre le péché n’est alors plus une entreprise personnelle vouée à l’échec.  Elle devient un travail d’équipe.  L’Église devient alors non seulement une communauté mais une famille.  Dans ce contexte, lorsque nous nous adressons à un autre membre de cette famille spirituelle en lui disant « mon frère » ou « ma soeur », ce ne sont plus seulement des mots vides de sens mais une profonde réalité vécue au quotidien.  Nous nous aimons et nous aidons les uns les autres à avancer dans la sainteté:

Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi de Christ.  (Galates 6.2)

Ce que Dieu m’a montré il y a quelques années, c’était qu’il voulait par ce blog offrir un modèle de transparence.  Ce n’est pas le seul ni le meilleur modèle en la matière.  Ce n’est en fait qu’un instrument imparfait, voire même insignifiant, dans l’arsenal utilisé par Dieu pour transformer son Église.  Et je ne suis donc à ce chapitre qu’un serviteur inutile.  Mais Dieu a toujours insisté pour que je me montre tel que je suis, avec mes forces et mes faiblesses.  Je me suis souvent objecté, soulignant à Dieu le fait que la majorité des gens ne confessent pas leurs péchés sur la place publique.  Et dans un contexte normal, une confession aussi large n’est effectivement pas requise ni même souhaitable.  Mais j’ai depuis longtemps la conviction que mon appel particulier est de sacrifier mon anonymat, mon intimité et ma vie privée afin de modeler pour le corps de Christ ce que doit être l’ouverture aux autres, même lorsqu’une telle ouverture implique d’exposer les côtés les plus sombres de ma personnalité et de mettre à mal ma réputation.  Sauf que ma réputation n’a aucune valeur.  Mais la gloire de Dieu, si.  Ce que je suis importe peu.  Mais ce que Dieu révèle de lui-même à travers ma vie, à travers ma rédemption, à travers le pardon de mes fautes et ma sanctification, est d’une valeur inestimable.

Je suis sur terre pour servir et non pour être servi.  Je suis sur terre pour révéler la gloire de Dieu et non la mienne.  Je suis sur terre pour qu’il croisse et que je diminue.  Et c’est dans cette optique que je poursuis l’écriture sur ce blog, avec le désir d’être vrai plus que jamais, de ne pas chercher à être quelque chose alors que je ne suis rien.  Que toute gloire soit rendue à l’Éternel!

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