Autopsie d’un dialogue avec un athée (partie 2: L’importance cruciale des présuppositions)

PSG 2017-12-24Tout être rationnel fonde sa pensée et son discours sur un ensemble de convictions fondamentales. Ces convictions sont des idées maîtresses qu’il juge vraies (à tort ou à raison) et à partir desquelles il élaborera toute sa pensée et sa vision de l’existence. En philosophie, ces idées sont appelées des « postulats ». Dans la discipline de l’apologétique chrétienne, on les appelle couramment des « PRÉSUPPOSITIONS ». C’est-à-dire qu’avant-même d’aborder une discussion, nous supposons a priori que ces idées sont vraies et fondées.

Voici quelques exemples de présuppositions :

  • Dieu existe
  • Dieu n’existe pas
  • L’humanité est une race créée par un Dieu souverain
  • L’humanité est une expérience de laboratoire initiée par des extra-terrestres.

Comme on peut le deviner, adhérer à l’une ou à l’autre de ces présuppositions aura un énorme impact sur tout raisonnement subséquent. Avant d’entrer dans un débat, il est donc important dans un premier temps de reconnaître l’existence des présuppositions mais aussi d’admettre que nous en avons tous. Les présuppositions sont normales et nécessaires car elles offrent les assises indispensables à un discours cohérent. Avant d’argumenter sur quelque sujet que ce soit, il est souhaitable de tenir des choses pour vraies et sûres, sans quoi nous ne pourrions aller nulle part intellectuellement. Les présuppositions sont en quelque sorte la matière première de tout discours rationnel. Elles sont les constantes qui permettent de résoudre une équation.

Si les présuppositions sont à ce point nécessaires, il va de soi cependant qu’elles ne sont pas toujours vraies. Il est donc souhaitable d’avoir un esprit critique face à nos propres convictions et de garder l’esprit ouvert en toute temps. Il est aussi important de prendre garde aux deux formes d’excès auxquels succombent la plupart des gens:

La première forme d’excès est celle du dogmatisme rigide. Cette attitude nous amène à refuser toute pensée critique face à nos présuppositions. Compte tenu que nous sommes humainement faillibles, cette rigidité est évidemment néfaste et ridicule car elle empêche de remettre en question nos convictions potentiellement erronées ou d’accorder le moindre crédit aux présuppositions potentiellement véridiques de notre interlocuteur. Cet attachement présomptueux et naïf à nos propres présuppositions jette à la poubelle toute forme d’épistémologie valable et se contente de dire « Si je le crois, c’est que c’est vrai. »

L’autre forme d’excès est celle d’un relativisme cynique. Cette attitude nous amène à douter systématiquement de toutes nos présuppositions, même de celles qui sont les plus avérées et raisonnables. Ce genre d’excès peut amener un homme à douter même de son existence physique, de la validité de ses processus mentaux et de bien d’autres choses. Un tel relativisme constitue souvent une véritable friandise pour les philosophes mais il devient rapidement un handicap et même un danger dans son application pratique. Une civilisation ne peut survivre longtemps sans convictions. Le relativisme poussé à l’extrême s’apparente à de la démence et provoque la ruine de l’intellect plutôt que son épanouissement.

Discuter avec un individu qui verse de façon significative dans l’un ou l’autre de ces excès met toujours la patience à rude épreuve. Car dans le premier cas, notre interlocuteur est tellement borné qu’il serait préférable d’adresser notre discours à un champ de tulipes (au moins, les fleurs agitées par le vent pourraient nous donner le sentiment que notre auditoire hoche la tête et écoute donc quelque-chose).  Dans le deuxième cas, il est difficile d’obtenir un terrain d’entente commun puisque notre interlocuteur remet tout en question, y compris parfois les règles-mêmes de la logique. La discussion devient alors rapidement futile et stérile.

L’homme qui aspire à une quelconque stature intellectuelle doit donc naviguer entre ces deux extrêmes.  Il doit posséder suffisamment d’assurance pour assumer pleinement ses présuppositions mais démontrer du même coup assez d’ouverture pour être prêt à reconsidérer certaines de ses profondes convictions.  Pour arriver à un tel équilibre, j’estime qu’il y a deux clés importantes: L’humilité et l’amour de la vérité. Et puisque ces vertus ne sont pas naturelles pour aucun de nous, la grâce de Dieu est nécessaire pour qu’elles soient manifestées.

L’humilité permet d’admettre que nous sommes faillibles, que nous nous sommes souvent trompés par le passé et que nous nous tromperons donc fort probablement encore dans le futur. L’humilité permet de combattre ce sentiment ridicule d’omniscience qui s’accroche si facilement à chacun de nous et qui nous empêche de prêter l’oreille à ce que notre interlocuteur tente d’apporter. Lorsqu’une personne humble constate qu’une personne lui a fait la juste démonstration de son erreur, elle ne tentera pas de préserver à tout prix son ego mais admettra son erreur afin d’ajuster et raffiner sa perception de la réalité.

L’amour de la vérité est fortement tributaire de l’humilité et permet à un homme de placer la vérité au-dessus de toute autre priorité. Face à la démonstration d’un fait, un tel homme sera prêt à remettre en question ses présuppositions les plus chères afin de demeurer cohérent et conséquent. L’amour de la vérité est une qualité essentielle, autant dans le domaine de la science que de la religion. Sans cet amour de la vérité, une myriade de préjugés se placeront entre l’individu et son expérience de la réalité, le condamnant à l’ignorance et à l’aveuglement.

L’apologétique présuppositionnaliste

L’apologétique chrétienne est la défense rationnelle de notre foi. Cette discipline peut avoir recours à différentes approches, dont celles du présuppositionnalisme. Une telle approche s’attarde aux présuppositions de notre interlocuteur, aux fondements-même de sa pensée et de son discours. Plutôt que d’adhérer d’emblée aux postulats de l’autre, le chrétien cultivera un esprit critique vis-à-vis ces postulats et s’assurera d’assumer pleinement ses propres postulats. Voici un exemple classique d’approche présuppositionnaliste qui est souvent utilisé par le pasteur et apologète Voddie Baucham:

Admettons par exemple que vous entamez une conversation avec un athée sur un sujet donné (ex: l’origine de la vie). Cet athée ouvre le bal en posant cette condition: « Mettons de côté la Bible pour un moment et discutons de ce sujet d’un point de vue scientifique ». Pour plusieurs d’entre nous, cette condition peut sembler raisonnable.  Car après tout, vous avez affaire à un athée alors quel serait le but de lui citer un livre auquel il ne croit pas? Et c’est ici que nous faisons erreur.

Lorsqu’un chrétien dialogue avec un athée, chacun d’eux opère à partir de ses propres présuppositions:

Pour l’athée, Dieu n’existe pas, la Bible est le fruit de l’imagination humaine et la science est l’ultime autorité, à la lumière de laquelle tout doit être interprété et compris.

Pour le chrétien, Dieu existe, la Bible est la Parole révélée de Dieu et cette Parole est l’ultime autorité, à la lumière de laquelle tout doit être interprété et compris.

Ainsi, lorsque l’athée vous dit: « Mettons de côté la Bible pour un moment », ce qu’il dit en réalité est: « renonce à tes propres présuppositions et adhère aux miennes. »  Bref, ce que l’athée demande est de remettre vos propres armes avant d’engager le combat. La Bible est pourtant la Parole de Dieu.  L’apôtre Paul nous rappelle qu’elle est « est vivante et efficace, plus tranchante qu’une épée quelconque à deux tranchants, pénétrante jusqu’à partager âme et esprit, jointures et moelles; elle juge les sentiments et les pensées du coeur. » (Hébreux 4:12) Elle est « inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice. (2 Timothée 3:16) Pourquoi alors faire une telle concession à votre adversaire et agir comme si la Parole de Dieu n’était en fait que peu de chose, un élément facultatif que vous pouvez écarter du revers de la main pour le besoin de la discussion?  Elle  est au contraire le fondement de votre rhétorique, la source de toutes vos prémisses.  C’est elle qui vous donne la sagesse et la connaissance.  Si vous acceptez d’y renoncer, vous admettez ipso facto votre défaite. Vous démontrez que la parole révélée de Dieu ne revêt pas pour vous une autorité au moins égale, sinon supérieure, à celle de la science.

Ce qui précède implique par contre un prérequis important. Vous devez être persuadé vous-même de l’inspiration divine des Saintes Écritures et de leur infaillibilité. Et c’est du devoir de chaque chrétien d’en arriver à cette conviction, non pas simplement parce que cela vous a été inculqué mais parce que vous avez sérieusement réfléchi à la question. Si vous n’avez pas cette conviction, vous serez démuni face au discours de l’athée. Il vous traînera de force dans son propre paradigme de l’existence et ne fera qu’une bouchée de vous. Il vous imposera ses propres présuppositions et réduira facilement à néant vos objections. Et c’est souvent ce qui arrive dans une discussion entre un chrétien et un athée. L’athée assume pleinement ses propres postulats. Mais le chrétien entretient des doutes sur la validité et la crédibilité des siens. Vous devez donc déterminer une fois pour toutes si vos présuppositions sont valables. Vous devez déterminer si la Bible est la Parole de Dieu. Si vous ne pouvez y arriver, inutile de vous qualifier obstinément de « chrétien » et d’engager un dialogue au nom du christianisme.  Votre incrédulité vous disqualifie automatiquement.  La foi en la Parole est indissociable de la foi chrétienne. Ne songez donc pas à choisir l’un et rejeter l’autre. Changez plutôt de religion, sans quoi vous ne serez qu’un poids pour l’Église plutôt qu’une lumière pour le monde.

Mais si au contraire vous en arrivez à la pleine conviction que la Bible est la Parole de Dieu, vous avez à votre disposition un texte qui fait autorité au-dessus de toute autre chose. Ça ne signifie pas que vous mettez de côté la science. Le christianisme et la science sont au contraire parfaitement compatibles. Mais le chrétien ne laisse pas la science définir à elle seule la réalité car la réalité est beaucoup plus complexe que ce que l’on peut voir et toucher. Le chrétien s’assure que la science est assujettie à la Parole de Dieu et non l’inverse.

Dans le débat qui suit, vous aurez un exemple d’apologétique présuppositionaliste. Vous aurez d’un côté un athée qui ne jure que par la science et qui exige donc inlassablement des « preuves » de Dieu.  De l’autre côté, vous aurez un chrétien qui opère à partir d’un ensemble de présuppositions bibliques qu’il assume sans s’en excuser. Le débat sera commenté au fur et à mesure, afin que vous puissiez remarquer l’importance de ces présuppositions et leur impact sur la discussion.

La raison pour laquelle je peux m’adresser à un athée en lui citant la Bible sans hésiter  s’explique par le fait que la Bible est selon moi la vérité infaillible.  De la première à la dernière page.  Je dois admettre qu’à une certaine époque de mon cheminement chrétien, cette conviction reposait surtout sur des raisons pragmatiques.  Je me disais alors que si je remettais en cause l’infaillibilité biblique, tout ce qui se trouvait dans la Bible pouvait être potentiellement faux. Et de là, ma vie ne disposait plus d’aucun fondement solide. Et je pouvais constater de mes propres yeux les sérieuses dérives morales et théologiques auxquelles s’exposaient tous ceux qui remettaient en cause la perfection de la Parole de Dieu.  Puis au cours des dernières années, m’intéressant à l’apologétique, j’ai réalisé que la Bible était en réalité d’une fiabilité historique remarquable, d’une solidité théologique et philosophique indiscutable, d’une justesse prophétique sans égal. J’ai pu aussi observer l’effet transformateur des Saintes Écritures sur ma propre vie et sur la vie de tous ceux qui en font le fondement de leur vie. Bref, j’ai eu à ma disposition suffisamment de preuves pour la reconnaître comme mon autorité ultime. Il m’arrive encore parfois d’avoir des questions et même des doutes. Mais toutes mes questions et mes doutes finissent toujours par être largement supplantés par la somme astronomique d’arguments qui plaident en faveur des Saintes Écritures  Donc même si ma foi est encore imparfaite, elle demeure néanmoins fermement ancrée dans la Parole révélée de Dieu.  Suffisamment pour que j’en fasse le fondement de ma vie et mon tremplin vers l’au-delà.  Suffisamment pour que je sois prêt à me livrer à la mort – par la grâce de Dieu – plutôt que de renier sa véracité.

 

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