Autopsie d’un dialogue avec un athée (partie 3: l’argument de l’horloger)

PSG 2017-12-24Comme mentionné en introduction, cette série d’article découle d’un débat survenu après que mon épouse eut publié sur Facebook un lien faisant la promotion du documentaire «The Atheist Delusion». Aujourd’hui, le temps est venu d’entamer l’analyse de ce débat. Pour le besoin de cet article et des suivants, toutes les interventions seront numérotées ( [1], [2], [3], etc) afin que nous puissions nous y référer plus facilement.

Nous nous attarderons d’abord à la toute première intervention de notre ami Jack. Suite au partage de la vidéo portant sur l’illusion de l’athéisme, Jack s’objecte ainsi à la vidéo:

Jack – [1] C’est bourré de sophismes, le plus évident étant celui du ‘watchmaker’. La vidéo est basée entièrement sur une erreur de logique et de raisonnement.  https://www.huffingtonpost.com/david-a-schwartz/intelligent-design-watchmaker_b_1730878.html

« The God Delusion » repose effectivement sur l’argument de l’horloger (watchmaker), – ou argument de l’architecte. On attribue cet argument au théologien William Paley, qui l’a articulé de la façon suivante:

« Si en traversant un désert, je marche sur une pierre, et que je me demande comment cette pierre se trouve là, je pourrais en rendre compte d’une manière passablement satisfaisante, en disant que de tout temps cette pierre a été dans ce lieu. […] Supposons qu’au lieu d’une pierre, j’eusse trouvé une montre, la réponse qu’elle a été de tout temps dans le même endroit ne serait pas admissible. Cependant, pourquoi cette différence ? Pourquoi la même réponse n’est elle pas applicable ? Parce qu’a l’examen de cette machine je découvre, ce que je n’avais pas pu découvrir dans la pierre, à savoir : que ses diverses parties sont faites les unes pour les autres, et dans un certain but ; que ce but est le mouvement, et que ce mouvement tend à nous indiquer les heures. […] Une fois le mécanisme saisi, la conséquence des faits me parait évidente. Il faut que cette machine ait été faite par un ouvrier : il faut qu’il ait existé un ouvrier, ou plusieurs, qui aient eu en vue le résultat que j’observe, lorsqu’ils ont fabriqué cette montre.»

Cet argument, qui est parfaitement valide d’un point de vue logique, remonte en fait bien avant Paley. Dans la Bible, l’apôtre Paul l’énonce lui-même d’une autre façon lorsqu’il parle de la réponse des peuples païens face à la création de Dieu:

La colère de Dieu se révèle du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui retiennent injustement la vérité captive, car ce qu’on peut connaître de Dieu est manifeste pour eux, Dieu le leur ayant fait connaître. En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’oeil, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables, puisque ayant connu Dieu, ils ne l’ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont point rendu grâces; mais ils se sont égarés dans leurs pensées, et leur coeur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres. Se vantant d’être sages, ils sont devenus fous; (Romains  1:18-22)

Non seulement le passage précédent confirme le raisonnement de Paley, mais il nous permet d’établir quelques présuppositions très importantes pour nous, qui sommes chrétiens. D’abord, puisque la Bible est la parole révélée de Dieu (ce qui est en soi l’une de nos présuppositions fondamentales, tel que vu dans l’article précédent), nous pouvons établir que:

  1. Dieu lui-même considère l’argument de l’horloger comme étant valide et allant de soi: car ce qu’on peut connaître de Dieu est manifeste pour eux (…)  les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient comme à l’oeil, depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages.
  2. Ne pas voir la puissance et la divinité de Dieu dans ses ouvrages est donc, pour tout homme doté de la faculté de raisonner, un choix délibéré. Ce n’est pas que l’athée n’arrive pas à comprendre la vérité, mais plutôt qu’il « retient la vérité captive ». C’est un refus de faire face à la réalité, un problème de dissonance cognitive, où le sujet préfère compromettre ses raisonnements plutôt que d’admettre une réalité qui est « manifeste » et « se voit comme à l’oeil ». C’est pourquoi l’apôtre Paul dit qu’ils se sont égarés dans leurs pensées et sont devenus fous. Évidemment, on ne parle pas ici de folie dans le sens clinique du terme mais dans le sens biblique, là où l’homme n’utilise pas son intelligence pour atteindre la sagesse mais se trompe plutôt lui-même par des raisonnements tordus.
  3. Puisque ce refus de la réalité est intentionnel, il représente une faute morale et provoque donc la colère de Dieu. L’athéisme n’est pas un choix innocent mais un acte de rébellion face à la vérité et ultimement face à son propre Créateur.  Ce choix est donc inexcusable.

En résumé:

  1. L’existence d’un Créateur est manifeste lorsque nous observons le monde créé;
  2. Ne pas voir Dieu dans la création est un acte délibéré;
  3. Cet acte étant délibéré, il est immoral et provoque la colère de Dieu.

Ces présuppositions sont très importantes et me serviront de fondement tout au long de la discussion avec Jack. Car je ne vais évidemment pas m’évertuer à convaincre Jack de l’existence de Dieu alors que la Bible me dit que l’athée SAIT que Dieu existe mais qu’il retient la vérité captive. Cela étant établi, je sais que l’athéisme est un choix plus ou moins conscient, selon chaque personne qui adhère à cette position. Je vais donc être bon joueur et prendre le temps d’argumenter pendant un certain temps, dans l’espoir de voir apparaître une certaine ouverture intellectuelle de sa part.

L’argument de l’horloger est-il un sophisme?

Bien que nous avons établi bibliquement et philosophiquement que l’argument de l’horloger est valide, Jack le qualifie de « sophisme ».

Le terme « sophisme » ajoute une touche de sophistication à une conversation et Jack l’utilisera à profusion tout au long du débat. Toutefois, ce terme doit toujours être utilisé de façon très parcimonieuse, compte tenu de sa signification.  Un sophisme est en effet un raisonnement erroné qui est utilisé avec l’intention de tromper (à ne pas confondre avec un paralogisme, qui est également un raisonnement erroné mais émis de bonne foi). Jack accuse donc l’argument de l’horloger d’être non seulement erroné mais également d’être destiné à tromper. Encore faut-il maintenant qu’il prouve ses dires. Car il ne suffit pas d’étiqueter un raisonnement de sophisme pour qu’il en devienne un. Il faut démontrer d’une part ses failles logiques et d’autre part l’intention malicieuse de l’autre, ce qui n’est pas une mince affaire.

En guise de démonstration, Jack partage un lien vers un article en anglais paru dans le Huffington Post qui est supposé réfuter l’argument de l’horloger.

Ironiquement, l’auteur de cet article se livre lui-même à des erreurs de raisonnement flagrantes dans son effort de réfutation. Voyons d’abord ce qu’il dit:

  • Si vous regardez une montre par terre et que vous vous dites: « Oh, cet objet doit avoir été conçu intentionnellement », à quoi comparez-vous cette montre pour formuler un tel jugement? Compareriez-vous cette montre au sol, aux arbres, à l’herbe, aux animaux ou peut-être au ciel?
  • Si la montre vous semble conçue intentionnellement en la comparant à son environnement, la seule conclusion logique que nous pouvons en tirer est que son environnement n’a pas été conçu intentionnellement. Si nous étions incapables de différencier la montre de son environnement, nous la considérerions comme étant un objet naturel, au même titre qu’une roche ou un arbre.
  • Si donc nous disons que la vie a été conçue intentionnellement, avec quoi la comparons-nous? Tout ce qui n’est pas vivant? D’accord, mais dans ce cas nous aurions à maintenir que tout ce qui n’est pas vivant n’a pas été conçu intentionnellement.
  • Mais supposons maintenant que nous affirmons que l’univers entier a été conçu intentionnellement… le problème est que nous n’avons pas d’autre univers avec lequel nous pouvons comparer le nôtre. Et c’est là que réside tout le problème. Nous ne pouvons avoir l’expérience que d’un seul univers et à moins d’avoir l’opportunité d’examiner d’autres univers (s’ils existent, bien sûr), nous ne pouvons affirmer avec une quelconque certitude que notre univers a été conçu intentionnellement. 
  • Ainsi, sans même avoir recours à des arguments scientifiques denses et complexes pour réfuter l’analogie de l’horloger, nous pouvons voir aisément que cet argument se réfute lui-même.

Notons au passage que ce qui précède est un argument qui a été développé par le philosophe David Hume et non par l’auteur de l’article lui-même. Maintenant, identifions les erreurs:

Première erreur: La première erreur n’est pas une erreur formelle mais plutôt une présupposition non fondée. Dans ses prémisses, l’auteur pose en effet la question suivante: Si vous regardez une montre par terre et que vous vous dites: « Oh, cet objet doit avoir été conçu intentionnellement », à quoi comparez-vous cette montre pour formuler un tel jugement?  Ici, l’auteur présuppose que notre jugement s’appuie sur une comparaison, ce qui n’est pas le cas. Nous se sommes pas en mesure de voir un dessein intelligent dans la montre parce que nous la comparons à son environnement mais simplement parce qu’elle présente des caractéristiques qui démontrent à notre raison qu’elle n’est pas le fruit du hasard.

Oui mais, dirons certains, l’argument de l’horloger utilisé par Paley n’est-il pas justement entièrement fondé sur une comparaison? Oui, mais la comparaison utilisée par Paley ne sert pas à formuler notre jugement sur l’origine de la montre mais plutôt à le valider, ce qui est très différent. Lorsque nous voyons une montre ou tout autre objet fabriqué de main d’homme, nous ne nous disons jamais: « Hum…. comparons un moment cet objet avec son environnement afin de déterminer s’il est le fruit d’une intelligence ». Faites vous-même l’expérience. Prenez n’importe-quel objet fabriqué se trouvant dans votre environnement, comme par exemple l’écran sur lequel vous lisez ce texte, et demandez-vous si cet objet est le fruit du hasard. En fait, vous n’avez même pas à vous poser la question car vous le savez à l’instant-même que vous le voyez. Et même si vous sondez les millisecondes qui ont suivi votre premier contact visuel avec cet objet, vous ne trouverez aucun mécanisme de comparaison. Car en réalité, Dieu vous a doté de facultés rationnelles qui vous permettent de déceler l’intelligence derrière un objet. C’est pourquoi il s’attend à ce que vous appréhendiez l’intelligence divine derrière la création. Si toutefois quelqu’un remet en doute votre conviction à propos de cet objet, l’un de vos premiers réflexes sera, comme Paley, de comparer cet objet à un objet inerte et informe tel qu’un rocher. Mais, répétons-le, cette comparaison ne sert qu’à valider notre jugement et non à l’informer.

Deuxième erreur: Cette fois-ci, nous plongeons en plein paralogisme. Alors que Paley compare la montre à un objet inerte et sans forme qui ne témoigne à priori d’aucune intention ou intelligence (soit une roche), l’auteur modifie subtilement la comparaison afin qu’elle puisse soutenir son argument:

« Compareriez-vous cette montre au sol, aux arbres, à l’herbe, aux animaux ou peut-être au ciel?  Si la montre vous semble conçue intentionnellement en la comparant à son environnement, la seule conclusion logique que nous pouvons en tirer est que son environnement n’a pas été conçu intentionnellement. »

Ici, nous passons de la roche invoquée par Paley à des être vivants extrêmement complexes (arbres, herbe, animaux), ce que Paley n’a évidemment pas fait dans son raisonnement. Pire encore, l’auteur passe finalement à une généralisation extrême en comparant la montre à son environnement tout entier, ce qui s’éloigne encore plus de l’argument de Paley. Une fois cela fait, il ne lui reste plus qu’à mettre en pièce le faux argument qu’il vient de créer.

Troisième erreur: Alors que l’auteur vient de commettre des erreurs d’argumentation majeures, il conclut en prétendant que nous pouvons voir aisément, à la lumière de ce raisonnement, que l’argument de l’horloger se réfute lui-même et qu’il n’est donc pas nécessaire de faire appel à des arguments scientifiques complexes.

D’abord, le seul argument qui se réfute aisément est celui que l’auteur a créé lui-même en déformant à sa convenance l’argument valide de Paley. Ensuite, cette allusion à de prétendus arguments scientifiques « complexes » et « denses » est risible puisqu’il n’existe en réalité aucun argument scientifique qui réfute l’argument de l’horloger. Par définition, la science est une discipline qui sert à comprendre le fonctionnement du monde physique. Elle est donc inapte à se prononcer sur des questions métaphysiques telles que l’existence de Dieu. Elle ne peut que jeter de la lumière sur des faits.  Et à partir de ces faits, il appartient aux philosophes et aux théologiens d’en arriver à leurs propres conclusions. Cette supposée rivalité entre la science et la religion est donc un leurre car la science et la religion ne sont pas plus en opposition que la biologie et la danse du ballet.  Il ne s’agit que de disciplines distinctes poursuivant des objectifs distincts.

Honnêteté intellectuelle

L’argument de Hume que nous venons de voir est une parfaite démonstration de ce que l’apôtre Paul décrit dans le passage cité plus haut: « ils se sont égarés dans leurs pensées, et leur coeur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres. Se vantant d’être sages, ils sont devenus fous ».

Je peux admettre que jusqu’à un certain point, les extravagances intellectuelles des philosophes tels que Hume peuvent être impressionnantes et avoir une apparence de sagesse. Lorsqu’un homme remet tout en question et refuse même de s’appuyer sur sa propre intelligence lorsque vient le temps, par exemple, de déterminer si une montre est le produit du hasard ou d’une intelligence, nous pouvons avoir le sentiment d’assister à un effort philosophique louable. Néanmoins, nos convictions chrétiennes nous permettent d’affirmer sans hésiter qu’il s’agit d’un égarement mental. Et si nous sommes honnêtes envers nous-mêmes, cet égarement devient évident lorsque nous cessons de nous livrer à ces petits jeux intellectuels mesquins et que nous soumettons ces théories au test de la réalité.

Admettons simplement que vous ayez un enfant et que ce dernier revient un jour d’une excursion en forêt en portant au poignet une montre Bulova qui vaut des milliers de dollars. Préoccupé, vous lui demandez où il a pris cette montre. Ce dernier vous sert l’explication suivante:

« J’étais en train de marcher dans les bois, quand j’ai ressenti quelque-chose à mon poignet.  J’ai regardé et oh surprise!  J’ai vu cette montre! »

Irrité, vous le pressez de vous donner la vraie explication. Face à votre incrédulité et à votre étroitesse philosophique évidente, votre enfant se justifie ainsi:

« Je comprends que tu vois cette montre à mon poignet et que tu te dis « Oh,  cette montre doit avoir été placée là intentionnellement ».  Mais à quoi compares-tu le port de cette montre pour formuler un tel jugement? »

À cette étape de la conversion, votre irritation se transforme en profonde vexation car cet enfant vous prend visiblement pour un idiot. Vous savez qu’une montre ne peut se retrouver spontanément au poignet d’une personne. Certes, le geste de mettre une montre est relativement simple… mais ce geste requiert néanmoins une intention. Et vous n’avez pas besoin de comparer le port de la montre à quoi que ce soit d’autre pour vous en convaincre. Votre intelligence seule suffit à parvenir à un tel constat.

Voilà pourquoi il est important de toujours arrimer la philosophie à la réalité, sans quoi elle peut conduire aux pires inepties. Car comment pouvez-vous douter qu’une montre puisse se retrouver par enchantement au poignet d’un enfant tout en étant capable d’admettre philosophiquement que l’assemblage de la montre elle-même puisse être le fruit du hasard? Réfléchir ainsi serait absurde et dans la réalité du quotidien, personne ne le fait. Mais lorsque vient le temps de considérer Dieu dans ses ouvrages, l’homme est néanmoins capable de s’égarer à ce point dans ses raisonnements. Il peut observer l’ADN humain, l’orchestration de l’univers, la conscience, la musique, la poésie, l’amour… et dire sans broncher que tout cela est le fruit du pur hasard.

Dans les débats, l’athée aime se présenter comme le défenseur de la raison et dépeindra généralement le théisme comme une méprisable superstition. Après avoir assisté à de multiples débats et avoir été impliqué dans certains d’entre eux, j’ai pu remarquer à quel point les athées sont attachés à cette vision flatteuse et présomptueuse d’eux-mêmes. Vous serez d’ailleurs en mesure d’observer ce phénomène dans le présent débat.  Pourtant, lorsque nous soumettons la pensée athée à une analyse rigoureuse, nous réalisons que l’athéisme présente des erreurs de raisonnement flagrantes et repose sur une quantité impressionnante de postulats qui ne sont pas plus fondés que les postulats du christianisme. C’est pourquoi il est très important de ne pas se laisser troubler par l’intimidation à laquelle se livrent de plus en plus couramment les athées dans leurs discussions avec les croyants. L’athéisme n’est absolument pas le défenseur de la raison.  Et encore moins de la science. L’athéisme n’est qu’une position philosophique, une interprétation de la réalité. Cette interprétation mérite certes d’être entendue et évaluée. Mais elle ne mérite aucunement d’être présentée comme la seule option respectable intellectuellement.

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