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Les 10 vérités qui suivent sont des vérités cardinales qui sont si importantes que je serais littéralement prêt à mourir pour chacune d’elles. Je les ai reconnues comme étant des vérités et non seulement des opinions à force de réflexion, d’expériences personnelles et d’interactions avec ma propre conscience. Toutefois, je ne crois pas que l’appréhension initiale de ces 10 vérités soit attribuable ultimement à ma propre intelligence mais plutôt à la bonté de Dieu envers moi.  Sans le secours providentiel de Dieu, mes raisonnements s’appuieraient effectivement sur des prémisses subjectives irrémédiablement conditionnées par le péché qui habite en moi, ce qui me priverait de toute sagesse.

Je disais en moi-même: Les jours parleront, le grand nombre des années enseignera la sagesse. Mais en réalité, dans l’homme, c’est l’esprit, le souffle du Tout Puissant, qui donne l’intelligence; (Job 32.7-8)

La première de ces 10 vérités est l’existence-même de la vérité. Je suis conscient que mon lectorat étant majoritairement chrétien, ce premier point ne devrait pas nécessiter de discussion. Mais puisque nous vivons dans une société relativiste qui remet  continuellement en cause l’existence et/ou l’objectivité de la vérité, je crois important d’établir ce fondement avant d’aller plus loin. Le relativisme ambiant est devenu en effet si dominant, voire agressif, qu’un homme de Dieu peut voir ses propres convictions être minées par l’effet de cette influence. Si par exemple vous vous aventurez à verbaliser publiquement vos certitudes quant à l’existence de Dieu ou à prononcer un jugement moral sur quoi que ce soit, vous obtiendrez en retour des réactions parfois très émotionnelles, accompagnées de clichés tels que :

  • Personne ne possède la vérité;
  • Crois-tu posséder la vérité? (Équivalent du premier énoncé mais sous forme de question rhétorique, habituellement posée sur un ton de reproche);
  • Toute vérité est relative (Une autre variante du premier énoncé, qui n’affirme pas explicitement que personne ne possède la vérité mais que cette dernière est tributaire de nos perceptions personnelles, ce qui revient essentiellement au même);
  • Chacun a sa propre vérité (Une déclaration qui ne nie pas l’existence de la vérité mais qui semble la confondre avec une opinion. Il serait donc plus juste de dire « Chacun a sa propre opinion »);
  • Tout se vaut (La plus radicale des affirmations relativistes, puisque ses implications logiques mènent au nihilisme, où rien n’a de vérité, de sens ou d’importance.)

Avec un minimum d’honnêteté intellectuelle, il sera très facile de réfuter ces affirmations et de démontrer rationnellement que la vérité existe et qu’il est possible de la posséder.  Toutefois, certains lecteurs seront incapables malgré tout d’admettre les conclusions qui s’imposent et s’accrocheront désespérément à leur relativisme.  Dans de tels cas, il est à suspecter que le blocage ne se situe pas au niveau de l’intellect mais de la conscience, car chacun sait intuitivement que la vérité ne comporte pas seulement des implications philosophiques mais aussi existentielles. Admettre une chose vraie, c’est s’exposer à ses implications pratiques, c’est devenir redevable face à cette vérité et vivre en conséquence, sans quoi nous nous trouvons en contradiction avec nos propres convictions, une situation qui est intenable pour tout être humain. Si donc un homme chérit une sphère de sa vie qui a des implications morales (comme par exemple un mode de vie adultère), il va de soi qu’un tel homme sera réfractaire à toute notion de vérité objective susceptible de remettre en question son mode de vie, même si la somme de tous les arguments rationnels possibles lui sont présentés. Oh! comme il serait merveilleux que l’homme chérisse la vérité plus que les gratifications de ce monde! Cette objectivité lui conférerait une énorme noblesse. Mais c’est l’inverse qui se vérifie habituellement en chacun de nous. Sans l’aide de Dieu, nous plaçons volontiers le plaisir au-dessus de la vérité et structurons notre philosophie de la vie en conséquence. D’où ce délicieux proverbe biblique :

Ce n’est pas à l’intelligence que l’insensé prend plaisir, c’est à la manifestation de ses pensées. (Proverbes 18.2)

Ce qui suit ne s’adresse donc pas au lecteur qui est prêt à sacrifier sa raison au profit de ses passions charnelles. Il s’adresse à celui qui a reçu l’amour de la vérité (2 Timothée 2.10) ou du moins qui est disposé à le recevoir et qui a le courage de régler sa vie en conséquence. Comme le disait souvent Jésus à son auditoire : « Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. »

Qu’est-ce que la vérité?

Simplement définie, la vérité est une connaissance qui correspond à la réalité.

Pour que cette connaissance soit possible, il existe différents outils mis à notre disposition. Ces outils vont des plus simples aux plus complexes, des plus concrets aux plus abstraits, dépendamment du type de vérité dont il est question. Pour le besoin de cet exposé, je vais diviser le tout en trois grandes catégories : Les vérités du premier, deuxième et troisième degré.

Les vérités du premier degré

Les vérités du premier degré sont celles qui correspondent à une réalité matérielle qui peut être vérifiée par soi-même de façon empirique.

Prenons par exemple une pomme. Vous la prenez dans votre main, la regardez, la touchez, ressentez sa texture, humez son odeur.  Vous la croquez puis observez la chair blanche qui s’oxyde lentement au contact de l’air. Vous pouvez ainsi établir avec certitude qu’il s’agit d’une pomme.  Si alors vous dites : « Ceci est une pomme », vous venez d’énoncer une vérité.

Déjà à ce point-ci, nous venons d’établir qu’il est absurde de dire de façon catégorique que personne ne possède la vérité. Nous venons de démontrer qu’il est possible de la posséder, dans la mesure où nous avons pu la vérifier nous-même de façon empirique. Il n’y a donc pas de quoi en faire tout un plat.  Si donc vous affirmez « Ceci est une pomme » et qu’une personne vous réponde « Crois-tu posséder la vérité? » en vous regardant comme si vous veniez de blasphémer contre le dieu du relativisme, vous réalisez alors qu’une telle réaction est un signe d’ignorance, de mauvaise foi ou de cynisme… mais certainement pas un signe de profondeur philosophique. La réalité de cette pomme est établie, confirmant la vérité de votre affirmation.  Et il ne s’agit pas simplement de VOTRE vérité mais de LA vérité.  Cette vérité n’est pas relative mais absolue.

Bien entendu, même devant une telle évidence, certains peuvent toujours jouer avec les mots et les concepts. Avant d’être chrétien, j’étais un avide lecteur de littérature nouvel-âge alors je suis parfaitement conscient qu’il est possible de nier l’existence de la pomme. Nous pouvons d’abord arguer que la pomme n’existe pas matériellement mais qu’elle est formée d’énergie, ce qui n’est pas scientifiquement faux. De là, nous pouvons plonger dans les spéculations métaphysiques et affirmer que cette énergie est en fait une manifestation de l’essence divine (dont nous faisons partie) qui s’est cristallisé sous la forme d’un objet.  L’existence de cette pomme n’est donc pas une réalité objective mais une projection mentale de notre propre divinité qui s’est bernée elle-même en succombant aux illusions d’un monde dualiste qui oppose matière et esprit.  Sous cet angle, l’ultime sagesse n’est donc pas de reconnaître l’existence la pomme mais plutôt de croire qu’elle fait partie du Māyā, de la nature illusoire du monde.

Si vous n’êtes pas amateur de religion, il est également possible de mettre en doute l’existence de la pomme en ayant recours à des arguments purement philosophiques.  Kant, par exemple, a soutenu la thèse selon laquelle nous ne connaissons pas la réalité telle qu’elle est en elle-même, indépendamment de nous.  Nous ne la connaissons que par l’intermédiaire de notre faculté de connaître.  Ainsi, nous ne sommes jamais en contact direct avec la réalité mais avec notre représentation de cette dernière.  Je peux admettre que cet argument peut s’avérer valide dans une certaine mesure lorsqu’il est question de réalités abstraites (exemple: la notion de justice, qui comporte une marge de subjectivité) mais il ne peut s’appliquer à toute réalité (exemple: l’existence de la pomme, qui est purement objective), sans quoi nous perdons tout repère et dérivons vers un relativisme absolu, vers un scepticisme qui nous pousse à considérer, comme le célèbre penseur David Hume, que la connaissance n’est qu’une forme de croyance, ou comme Jacques Derrida, que le langage est incapable de signifier ou de présenter la réalité.  Et c’est malheureusement dans ce relativisme radical que la philosophie postmoderne s’est enlisée.  Plus préoccupant encore, ce relativisme a débordé des universités pour imprégner la politique, la culture et la pensée populaire, avec toutes les aberrations idéologiques que cela entraîne.

Tout relativiser, que ce soit sur la base d’arguments spirituels ou philosophiques, est certainement un exercice fascinant pour ceux qui aiment jongler avec les concepts abstraits. Mais cette relativisation est extrêmement dangereuse si elle nous séduit au point que nous en venons à construire un paradigme de l’existence qui ne correspond pas à l’expérience du réel. Si tel est le cas, nous ne devenons pas sages mais fous. Et je ne parle pas ici de folie dans le sens figuratif mais médical du terme. Une psychose est par définition une perte de contact avec la réalité. Si une philosophie vous amène à nier mentalement ce qui est observable empiriquement, vous avez laissé votre raison s’égarer. Si vous rejetez tout repère objectif mesurable afin d’embrasser un concept philosophique abstrait, vous avez commis un suicide intellectuel.

Prenez garde que personne ne fasse de vous sa proie par la philosophie et par une vaine tromperie, s’appuyant sur la tradition des hommes, sur les rudiments du monde, et non sur Christ. (Colossiens 2.8)

Les vérités du deuxième degré

Les vérités du deuxième degré sont celles qui correspondent à une réalité matérielle qui ne peut être vérifiée que de façon déductive.

Prenons à nouveau l’exemple de la pomme. Lorsque vous avez affirmé : « Ceci est une pomme », vous avez énoncé une vérité appuyée sur l’expérience directe fournie par vos cinq sens.

Maintenant, si je vous dis: « Cette pomme est nutritive », nous abordons un autre degré de vérité. Vous ne pouvez vérifier sur-le-champ, par l’expérience directe, la véracité d’un tel énoncé.  Dès lors, sa validation dépend de sources externes. Cela ne signifie pas que la vérité vous soit inaccessible mais qu’il faudra fournir plus d’efforts et utiliser d’autres outils que vos cinq sens pour l’appréhender.  Vous aurez à recueillir des données à partir desquelles vous aurez à tirer des conclusions.  Notons que cette façon d’appréhender la vérité implique nécessairement une certaine mesure de « foi » puisque vous aurez à juger favorablement de la crédibilité des informations reçues, ainsi qu’un minimum de raisonnement, afin de traiter l’information de façon logique, cohérente et objective.

Si donc je vous dis que la pomme est nutritive, vous aurez peut-être recours en premier lieu à votre mémoire afin de récupérer des souvenirs rattachés au sujet.   Vous aurez peut-être l’image de votre grand-mère qui vous disait souvent: « Une pomme par jour éloigne le médecin pour toujours ». Vous vous rappellerez aussi les nombreux articles et émissions de télé qui ont vanté au fil des années les mérites de la pomme et des fruits en général. Déjà, vous aurez une bonne idée de la validité de l’énoncé.  Vous aurez une impression générale favorable ou non.  Toutefois, si vous désirez en venir à une absolue certitude, vous aurez naturellement à chercher un peu plus loin.

Si vous désirez connaître la valeur nutritive de la pomme, vous pourrez jeter par exemple un œil sur le sac d’où elle a été tirée et consulter le tableau nutritif de la pomme. Présumant que ces informations sont régies par des lois gouvernementales, vous pourrez considérer que ces informations sont assez fiables. Si toutefois vous êtes de nature sceptique, vous aurez peut-être envie de consulter des ouvrages de référence en la matière à la bibliothèque ou aller vérifier sur Internet. Si cela ne suffit pas à vous convaincre, vous pouvez toujours entamer des démarches pour visiter un laboratoire ou interroger un chimiste afin de vous assurer que la méthode scientifique utilisée pour obtenir cette information est valable. Et si êtes toujours dans le doute, vous pouvez étudier en chimie afin de pouvoir observer et identifier vous-mêmes les nutriments de la pomme et ainsi faire de cette vérité du deuxième degré une vérité qui se rapproche un peu plus du premier degré.

Déjà, nous pouvons convenir que les vérité du deuxième degré posent des défis qui n’étaient pas présents lorsqu’il s’agissait seulement de déterminer s’il s’agissait d’une pomme.  Puisque nous travaillons à partir d’informations et non de faits expérimentés, il y a nécessairement une marge de subjectivité et d’erreur potentielle, autant dans l’information elle-même que dans notre façon de la traiter.  Mais si nous possédons suffisamment d’informations provenant de sources suffisamment crédibles, nous pouvons en arriver néanmoins à une conviction qui se rapproche du premier degré.  C’est à ce niveau que beaucoup de gens succombent au piège du scepticisme et prétendent que la vérité nous est inaccessible.  Mais leurs prétentions ne sont que philosophiques.  Lorsque nous observons leur vie, nous réalisons qu’ils adhèrent eux-mêmes à une surabondance de vérités de deuxième degré.  Car tout homme raisonnable doit nécessairement s’en accommoder.  Nos convictions ne peuvent se fonder uniquement sur ce que nous expérimentons nous-mêmes de façon empirique, sans quoi nous serions condamnés à l’ignorance.  La science, par exemple, ne pourrait évoluer si elle avait à contre-vérifier chaque découverte passée afin de ne jamais s’appuyer sur des vérités de deuxième degré.  La philosophie elle-même serait lourdement handicapée si le philosophe ne pouvait se référer à des sources externes à lui-même.

Toutes les sphères de la vie humaine reposent largement sur des vérités de deuxième degré.  Par exemple, si un homme est accusé de meurtre, un juge ne sera jamais en mesure de rendre un jugement sur la base de sa propre expérience empirique de la réalité du crime (puisqu’il n’en as pas été témoin), mais seulement sur la base d’indices, de pièces à conviction et de témoignages.  Et pourtant, ces informations suffiront généralement à établir la vérité.  En faisant appel à la raison, ce juge sera en mesure de déterminer si l’accusé est coupable de meurtre.  Cette approche de la vérité est en fait si efficace que dans certains cas, l’accusé sera même reconnu coupable de meurtre avec préméditation, ce qui implique que la méthode de déduction suffit non seulement à établir les faits mais à établir les intentions du coupable.

Un relativiste pourrait contester cette approche.  Mais il y a fort à parier que si un tel relativiste serait victime d’un crime odieux, qu’il se présenterait en cour avec des preuves solides, mais que le juge rejetterait la cause sous prétexte qu’il ne peut rendre de jugement juste sur la base d’informations étrangères à sa propre expérience directe de la réalité, ce relativiste serait absolument outré et accuserait le juge de malhonnêteté intellectuelle.  Voyez-vous, la philosophie peut faire progresser l’intelligence.  Mais lorsque la philosophie mène à un tel double standard, où une théorie est valable dans les livres mais s’avère absurde dans son application pratique, cette philosophie n’est rien d’autre qu’une navrante ignorance parée d’un vocabulaire grandiloquent.

Personne ne peut rejeter ou relativiser systématiquement la vérité sous prétexte qu’elle est du deuxième degré. Prenons par exemple l’atome. Croyez-vous que l’atome existe? Si c’est le cas, c’est que vous avez intégré intellectuellement une vérité de deuxième degré. En effet, vous n’avez jamais pu observer un atome de vos propres yeux. Encore mieux, vous n’avez jamais pu voir une photo d’atome mais seulement des illustrations. La raison en est bien simple : l’atome n’a jamais été photographié (du moins, à ce jour). Il n’est qu’un modèle théorique. Mais puisque la physique nucléaire qui est fondée sur ce modèle fonctionne, nous pouvons croire raisonnablement que l’atome existe.  Et cette croyance va plus loin que la simple opinion.  Elle est élevée au rang de fait établi, de réalité, de vérité.

En somme, les vérités du deuxième degré, même si elles comportent une part d’erreur potentielle dont l’ampleur varie d’une situation à une autre, peuvent faire l’objet d’une ferme conviction, dans la mesure où nous disposons d’informations adéquates et d’une saine raison.

Pour les vérités du troisième degré, qui concernent le domaine spirituel et moral, nous attendrons au prochain article puisqu’elles nécessitent une étude plus attentive, d’autant plus que les 9 autres vérités abordées dans cette série s’inscrivent dans cette catégorie.  Il sera donc important d’établir l’existence et la validité de ce type de vérités avant d’aller plus loin.

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